24 Mai 2019
LA CLASSE OUVRIERE A L’AVANT-GARDE DU COMBAT PATRIOTIQUE

Plus proches qu’ils ne croient du trotskisme et de son nihilisme national avéré, certains pseudo-léninistes actuels refusent de distinguer le patriotisme populaire, ce meilleur ami de l’internationalisme prolétarien, du nationalisme xénophobe, cet exutoire permanent du supranationalisme euro-atlantique. Ces dogmatiques invétérés vont jusqu’à opposer la classe ouvrière à la nation : selon eux, le « saut fédéral européen » cher à E. Macron nuirait « seulement » au monde du travail, laissant intacte la nation française, que ces doctrinaires confondent généralement avec son pire ennemi: l’impérialisme « français »1, autre nom du capital financier qui pille quantité de pays du Sud (notamment africains), pour mondialiser les profits du CAC-40, vend notre pays à la découpe : industries, pêcheries, agriculture paysanne, services publics « à la française », Sécurité sociale, retraites par répartition, tout y passe ! Mais comment la politique antisociale qui déstabilise la classe ouvrière et le monde du travail, colonne vertébrale de notre peuple, pourrait-elle ne pas, par ce fait même, désosser la nation française ? Et comment ne pas saisir à l’inverse que l’euro-dissolution galopante de la nation, que le MEDEF appelle cyniquement de ses vœux dans son manifeste Besoin d’aire2, constitue l’axe principal d’une stratégie de classe qui vise à extirper les avancées sociales, culturelles et démocratiques que deux siècles de luttes ouvrières, républicaines et antifascistes avaient imposées à l’Etat-nation français, si bourgeois et capitaliste qu’il fût resté dans son essence ? Les communistes doivent au contraire prendre toute la mesure de la « défaisance » de notre pays, en voie de dissolution et de fascisation accélérée dans l’acide de la « construction » euro-atlantique : cette prise de conscience décomplexée est urgente si l’on veut qu’émerge à temps une stratégie fédératrice et authentiquement léniniste. Sans cette prise de conscience, impossible de faire de la classe travailleuse l’aile marchante d’un large rassemblement antifasciste, patriotique et populaire tourné contre le MEDEF et l’UE-OTAN et rouvrant concrètement au peuple français la voie de la révolution socialiste.
1 – Les aveugles politiques sont inaptes à éclairer la reconstruction de la stratégie communiste
Si l’on consent à faire un peu d’histoire contemporaine, il faudrait remonter au début des années 1970 où la grande bourgeoisie hexagonale, épouvantée par la grève de masse de Mai 1968, a vite activé le vieux réflexe antinational des « élites » réactionnaires de toute époque : celui des contre-révolutionnaires « français » de 1792 s’engageant dans les armées de la Coalition monarchique européenne pour combattre les Soldats de l’An II, celui de Thiers, écrasant la Commune de Paris avec l’aide militaire, dûment sollicitée et accordée, du chancelier Bismarck ; celui des Laval et autre Pétain effectuant ce que notre camarade Annie Lacroix-Riz nomme le « choix de la défaite » dans le but avoué d’étrangler la « Gueuse » (= la République) et de mater le Front populaire. Dans les années 1970-1980, on vit de même les gouvernants français successifs, de Giscard à Mitterrand, courtiser de plus en plus la RFA voisine (où la social-démocratie tenait fermement la classe ouvrière dans les filets de la « cogestion » capital-travail) et précipiter la désindustrialisation méthodiquement menée du pays (mines, sidérurgie, textile, machine-outil…). Tout cela s’est effectué à l’issue d’un partage impérialiste (dénoncé à l’époque par L’Huma) attribuant à la France les transports transeuropéens, la haute banque et le tourisme, mais remettant à la RFA les clés de la puissance industrielle continentale3. Plus d’industrie française, plus de classe ouvrière rouge, votant PCF et syndiquée à la CGT, comme c’était le cas majoritairement depuis 1936, et plus encore, depuis 1945, voilà une de clés de l’aggiornamento capitaliste franco-allemand engagé dès le début des années 1970… Même choix éradicateur visant, au nom de l’extension de la Communauté européenne à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce (1979), à déclasser massivement les paysans et viticulteurs du « rouge Midi ».

En un mot, la perspective de disloquer la nation pour paralyser l’ennemi de classe ouvrier et paysan, et pour ce faire, détruire la nation populaire et ses conditions d’existence, n’a jamais effrayé la grande bourgeoisie dont les coffres-forts et le maintien à tout prix de son pouvoir de classe, ont toujours prévalu sur l’intérêt national, voire sur l’existence même de la nation, comme Jacques Duclos, chef de file du PCF clandestin sous l’Occupation, ne cesse d’y revenir dans ses Mémoires. Pour mesurer l’actualité de cette ligne antinationale, il suffit de rappeler la sortie quasi-négationniste proférée en 2007 par Denis Kessler, ex-étoile du maoïsme devenu idéologue du MEDEF : dans un éditorial de « Challenge », il sommait carrément Sarkozy, tout juste élu, de « démanteler le programme du CNR », ce fâcheux « compromis entre gaullistes et communistes »mis en place à l’époque maudite « où l’Armée rouge campait à quelques centaines de kilomètres de Paris »4. Souvenons-nous qu’à l’inverse, la classe ouvrière était« seule demeurée fidèle, dans sa masse, à la France profanée », comme l’avait reconnu honnêtement François Mauriac : cet écrivain gaulliste évoquait alors la grande Grève patriotique des Mineurs du Nord-Pas-de-Calais en Mai-juin 1941 et, plus généralement, à ces milliers d’ouvriers, de paysans, d’artisans FTPF et de FTP-MOI qui « montaient des mines et descendaient des collines » à l’appel du PCF et qui, torturés puis collés au mur par Hitler et Vichy, « criaient la France en s’abattant », selon le mot poignant d’Aragon.
Mais pour revenir à la période récente, comment ne pas voir combien la casse de la nation, et du même coup, la dévastation néolibérale des conquis sociaux, laïques et démocratiques qui lui sont liés, bat son plein au pays d’E. Macron ? Comment s’aveugler au point de ne pas recenser dans toute leur cohérence antisociale et antinationale…
Bref, si l’on se souvient de la définition que le marxisme-léninisme (Lénine, Staline, Dimitrov, Thorez, Politzer…) a toujours donnée du fait national, on constate que notre pays, de plus en plus saccagé dans ses dimensions territoriale, économique, linguistique et institutionnelle, ressemble de plus en plus à un « couteau sans manche dont on a perdu la lame » ! Or, cette décomposition française ne provient pas de la « force des choses » : elle résulte au contraire d’une politique de casse et de classe qui veut irréversiblement soumettre notre peuple, jugé incurablement frondeur (et ce n’est pas le soulèvement des Gilets jaunes qui peut convaincre Neuilly et Le Touquet du contraire…), à l’hégémonie duelle, à la fois complice et rivale, de l’Oncle Sam et de la Grande Allemagne « réunifiée » par la contre-révolution ; avec en toile de fond la nouvelle Sainte-Alliance, négatrice de Stalingrad, d’Octobre 17 mais aussi de la Révolution jacobine qu’est l’UE de Maastricht érigée sur les ruines de l’Europe socialiste et de l’URSS…
2 – Face à la défaisance nationale, les vrais communistes, les syndicalistes de classe et le monde du travail doivent « devenir la nation » (Manifeste du Parti communiste) pour faire la révolution. Et vice-versa…
Partant des faits massifs et patents que nous ne faisons que résumer, le PRCF10 met en œuvre et actualise les principes léninistes de l’Internationale communiste et de son congrès novateur de 193511 pour faire de la classe travailleuse la force dirigeante d’une large alliance visant à isoler le grand capital destructeur de la nation, pour impulser, à l’avantage du camp populaire, un vaste affrontement de classes jetant concrètement, et sur les bases sociopolitiques les plus larges possible, les bases de la révolution socialiste en France. Tout se tient dans cette politique à la fois révolutionnaire et rassembleuse qui, à la cohérence antinationale, antisociale, fascisante, belliciste, impérialiste des gouvernements maastrichtiens successifs, oppose la contre-cohérence d’une ligne ouvrière, populaire et patriotique d’élargissement de la souveraineté nationale, des conquis sociaux et de la démocratie populaire de masse jusqu’à l’avènement révolutionnaire de la démocratie socialiste12, hasta el socialismo siempre, dirions-nous pour pasticher Ernesto Guevara ; et c’est ce que symbolisent notamment…
Tout cela implique également la reconstruction des outils politiques et sociaux dont la cohérence stratégique ne peut souffrir aucune atténuation, qu’elle soit droitière ou gauchisante.
La politique du PRCF est donc d’une totale cohérence, à égale distance de l’opportunisme de droite comme du gauchisme sectaire, du révisionnisme comme du pseudo-purisme révolutionnaire : en un mot, elle est fidèle à l’esprit du léninisme, qui n’a jamais consisté à « coller » aux courants dominants (droite nationaliste, « gauches » européistes…) sous prétexte d’unir, ni à s’isoler à plaisir pour travestir son attentisme en posture « héroïque ». Une stratégie qui, en un mot, vise à donner à la classe ouvrière une « ligne de masse » lui permettant de fédérer le peuple français, d’isoler le capital monopoliste, de défendre avec esprit de conséquence, « jusqu’au socialisme toujours », les libertés démocratiques, la souveraineté des nations, la coopération internationale, la paix, l’environnement et les lumières : en un mot, le progrès humain.
Une citation utile pour finir :
« La question européenne a relancé les débats, au sein de la gauche radicale, sur l’internationalisme. S’est progressivement affirmé en son sein la nécessité de repenser un internationalisme concret, refusant l’alternative ruineuse entre le nationalisme raciste porté par l’extrême droite et l’internationalisme du capital incarné par l’UE, mais renonçant également aux facilités d’un internationalisme abstrait. Celui-ci postule notamment que seraient résolues, en raison même de l’internationalisation du capitalisme, les questions stratégiques de l’articulation des espaces – locaux, nationaux et internationaux – dans la définition d’un projet de rupture anticapitaliste, et de l’appartenance nationale du prolétariat.»
Isabelle Garo, philosophe.
1 Les guillemets parce que les dirigeants du CAC 40, qui sont le cœur de cet impérialisme, sont de moins en moins ancrés en France. Le Monde, Le Figaro, etc. ont révélé qu’ils vivent le plus souvent à New-York, qu’ils parlent anglais à leurs enfants, et que plus de la moitié des actions du CAC-40 appartient à des investisseurs américains du type fonds de pension. Or, ce CAC-40 qui rafle l’essentiel du CICE et du « pacte de responsabilité » ne paie en France que 8% d’impôts alors que les PME paient 30%.
2 … qui fait l’éloge des « Etats-Unis d’Europe », de l’ « Union transatlantique », du tout-anglais, de la « reconfiguration » du territoire national transformé en mosaïque d’Euro-régions, des « euro-régions transfrontalières », etc.
3 Aujourd’hui, la RFA produit autant à elle seule, sur le plan industriel, que l’ensemble des autres pays européens dont plusieurs ne sont d’ailleurs que des sous-traitants ou des réserves de main-d’œuvre de Berlin (quasi-totalité des pays de l’Est, en voie de décomposition nationale quasi irréversible pour certains d’entre eux : Bulgarie, Roumanie, micro-Etats issus de la Yougoslavie…). Or la plus-value ne se crée qu’en apparence dans l’échange, ses sources profondes sont dans la production et l’exploitation du travail salarié. L’épisode-clé de cette désindustrialisation très « politique » fut la fermeture par Rocard de Renault-Billancourt, l’usine qui produisait l’essentiel de la machine-outil française, et qui avait servi d’état-major à la grève ouvrière de 1968. Pour affaiblir la classe ouvrière militante, Mitterrand et Rocard n’y allèrent pas de main morte : la CGT fut décapitée à Billancourt et plus de 40 000 délégués syndicaux prirent la porte sous Mitterrand sans que le PCF, engoncé dans les accords électoraux mortifères avec le PS, puisse ou veuille organiser une résistance conséquente.
4 Challenges, éditorial de novembre 2007.
5 Dont la privatisation sur directive européenne fut engagée par Jospin avec le soutien des ministres PCF Buffet, Gayssot et Demessine…
6 … Dont l’alliance millénaire avec le pouvoir capétien permit à notre pays d’émerger de la féodalité avant de devenir un des socles de la reconstruction républicaine.
7 La Libre pensée dénonce les projets macronistes de révision de la loi laïque de 1905. A l’arrière-plan, l’UE, qui veut obtenir la reconnaissance des « racines chrétiennes de l’Europe » et qui veut officialiser le « dialogue institutionnel des Etats avec les Eglises ».
8 Très différents des « service d’intérêt économique général » (SIEG) dont parlent les traités européens.
9 ce qui ne signifie nullement tomber dans les rets de la collaboration de classes avec la bourgeoisie, mais tout au contraire, penser son combat de classe comme une lutte fédératrice portant l’aspiration au « commun » contre la classe capitaliste opposée avec acharnement à tout l’héritage progressiste de notre pays
10 Dont la majorité du secrétariat national est directement ou familialement liée, soit dit en passant, à la résistance patriotique et/ou à la résistance communiste internationale : antifascistes italiens ou républicains espagnols notamment)
11 C’est au 7ème congrès de l’I.C. que fut adoptée la ligne du front populaire antifasciste, populaire et patriotique ; inspiré pour une part de l’expérience française du front populaire naissant, le rapport Dimitrov tirait les leçons de la défaite du PC d’Allemagne et largement inspirée de l’expérience du Front populaire.
12 Inséparable de la dictature du prolétariat.
13 Cf le magnifique film La Marseillaise que réalisa Jean Renoir et qu’avait commandité la CGT à l’époque du Front populaire.
14 Un affrontement national et sans doute, international : car les autres travailleurs d’Europe ne resteront sûrement pas spectateurs !
15 Qui rassemblent chaque année des centaines, voire des milliers de militants, notamment des jeunes, sur ce plateau qui fut un haut lieu de la Résistance armée.
16 Le trop fameux « article 50 » des traités européens, qui est cher à la fois à Theresa May et à François Asselineau. On voit le résultat avec l’enlisement programmé du Brexit…
17 Il n’est que de voir comment le RN a renié la sortie franche de l’euro sous la pression du camp bourgeois et de Dupont-Aignan. La raison profonde de cette évolution de la droite est que l’époque des fusions monopolistes à l’échelle nationale est passée depuis longtemps. C’est à l’échelle européenne ou mondiale que fusionnent désormais les trusts « français ».