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SUR LA CÉRÉMONIE DE LA COUPE DU MONDE DE RUGBY À XV 2023

Suite à cet événement qui a beaucoup fait parler, notre camarade William a souhaité donner son point de vue personnel sur cet événement. Si nous pouvons partager ou ne pas partager certains points de l'analyse, le texte a le mérite d'apporter une réflexion intéressante. Il est en tout cas nécessaire de remarquer l'utilisation nauséabonde de cette ouverture par tous les médias d'extrême droite type CNEWS, VALEURS ACTUELLES ou JDD, qui ont manipulé cette cérémonie pour leur narratif de guerre culturelle. Ce qui démontre encore le besoin urgent de mener vraiment à fond une bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle comme le défend le PRCF ainsi que la JRCF.

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https://www.cnews.fr/sport/2023-09-14/coupe-du-monde-de-rugby-le-coup-de-gueule-de-jean-dujardin-contre-les-critiques-sur

https://www.cnews.fr/sport/2023-09-14/coupe-du-monde-de-rugby-le-coup-de-gueule-de-jean-dujardin-contre-les-critiques-sur

 

 

Le 8 septembre dernier, c'était le lancement de la Coupe du monde de rugby à XV 2023 (étonnamment baptisée « Rugby World Cup », bien qu'organisée en France). En tant que marxistes, nous devrions revenir un moment sur cette lamentable cérémonie d’ouverture de coupe du monde qui, d'après une commentatrice de TF1, devait être une « déclaration d’amour à la France ». Une France dont l’essence s’est révélée être l’artisanat, la boulangerie et la charcuterie, ainsi que les spectacles et la mode des beaux quartiers parisiens des années 50, c'est-à-dire une France petite-bourgeoise arriérée et fantasmée qui, en fin de compte, est à peu près similaire à celle imaginée par le régime pétainiste à son époque. Non pas que le pétainisme ait directement inspiré les organisateurs de cette cérémonie d’ouverture, ou que ces mêmes organisateurs aient consciemment voulu propager une idéologie fasciste, mais cette essentialisation d’un pays sans cesse ramené à un passé fantasmé est un trait caractéristique des idéologies fascistes, et en l'occurrence, il s'agit là d'un symptôme parmi tant d’autres de la fascisation de notre pays. Il n’y aurait peut-être pas lieu de s’attarder sur cette cérémonie si elle n’était qu’un accident, si elle ne s’inscrivait pas dans un contexte plus global de fascisation qui rend inenvisageable l'idée de considérer cet événement comme un simple accident, et non comme la manifestation flagrante, pour tout observateur politiquement averti, d’un processus de fond qui se déploie depuis au moins une vingtaine d’années, et qui, si l'on ne fait rien, risque de parvenir à son terme dans un avenir proche. Mais malheureusement, tel est bien le cas.

 

Outre l'aspect symptomatique de la fascisation que revêt cette cérémonie, celle-ci révèle combien le rugby à XV est en proie à la rapacité capitaliste. Il est vrai qu’on considère souvent ce sport comme relativement épargné. Or, si la rentabilité capitaliste se fait plus discrète dans le rugby que dans le football, où la course aux profits se manifeste de façon exacerbée, il n’en demeure pas moins que le rugby à XV fait partie des sports les plus médiatisés et de ceux dans lesquels les enjeux économiques sont les plus importants.[1] A titre indicatif, 15,4 millions de téléspectateurs ont regardé le match d’ouverture France/Nouvelle-Zélande[2], ce qui a permis à TF1 de dominer largement ses concurrents durant cette soirée en prenant à elle seule 64,5 % de part du marché[3], et de réaliser le record d’audiences de l’année 2023[4], ainsi que le record d’audiences pour une ouverture de coupe du monde de rugby à XV[5]. Pour ce qui est des retombées économiques de cette coupe du monde, ce sont 2,4 milliards d’euros qui sont attendus[6].

 

Mis à part ces enjeux économiques, il y a aussi des motivations politiques et idéologiques, comme l’explique clairement Atout France, l’agence de développement touristique de la France :

 

« Avec près de 600 000 visiteurs internationaux attendus et une diffusion dans 209 pays, cette compétition sportive majeure sera la vitrine de l’art de vivre à la française, constituant un symbole d’unité, d’ouverture au monde, un facteur puissant de changement et d’innovation dans de multiples domaines : agir pour la durabilité, soutenir la formation et l’emploi, respecter et protéger l’environnement, promouvoir l’inclusion.[7] »

 

A partir de là, on saisit aisément un des objectifs visés par cette cérémonie d’ouverture : propager dans le monde l’idéologie bourgeoise à travers son particularisme national français, avec, à la clé, des bénéfices économiques et politiques à plus ou moins long terme. Et visiblement, les organisateurs ont considéré que le meilleur moyen de séduire les autres pays serait de recourir aux représentations caricaturales et stéréotypiques de la France qui ont été construites par la bourgeoisie française elle-même dans le but de « faire rayonner » la France à l’étranger. C'est la logique même du capitalisme, qui se manifeste ici de manière claire et évidente, qui conduit la bourgeoisie à voiler le réel dans son propre intérêt, au lieu de le dévoiler, par exemple, en réalisant une cérémonie qui donnerait une nouvelle image de la France, plus réaliste et plus progressiste, mais certainement moins profitable à la bourgeoisie française. Avec cette cérémonie, nous assistons à une manifestation supplémentaire du caractère régressif et obscurantiste du capitalisme impérialiste. Celui-ci se montre désormais incapable de promouvoir autre chose que les préjugés, l’ignorance et la bêtise contre le savoir, la raison et l’intelligence.

 

Idéologie capitaliste qui déforme le réel dans l’intérêt de la bourgeoisie et la fascisation accélérée du pays sont les deux principaux éléments politiques à retenir de cette cérémonie. Et ceux-ci dévoilent, une fois de plus, le caractère profondément réactionnaire, obscurantiste et fascisant d'une société capitaliste en phase terminale. Cela montre, en outre, que le sport n'est pas épargné par la rapacité d'une bourgeoisie soucieuse de s'emparer de la moindre potentielle source de profit, et de conserver son pouvoir, en apparence inébranlable. Cela montre aussi que tous ces discours grandiloquents sur les belles valeurs du sport, que les grandes compétitions sportives hyper-médiatisées sont censées promouvoir, ne sont, au fond, que des mensonges destinés à travestir la réalité. La vérité est que ces belles valeurs sportives sont aliénées par la logique capitaliste. La fraternité est aliénée par une compétition aux enjeux économiques et politiques, la santé de l’esprit et du corps est aliénée par le surentraînement et le dopage que ces enjeux impliquent, le loisir est aliéné par ces mêmes enjeux qui font du sport une source de profits et non de joie et d’émancipation humaine.

 

C’est pourquoi nous, communistes, ne devons pas avoir une conception unilatérale des choses. Certes, le sport est potentiellement un facteur d’émancipation humaine. Néanmoins, il ne peut l’être réellement qu’à condition qu’il soit lui-même émancipé de la tutelle bourgeoise. Par conséquent, nous devons nous réapproprier l'héritage théorique et pratique de la FSGT du Front populaire en défendant un sport de loisir amateur, bénévole et accessible à tous, qui jouerait un rôle d’éducation des masses, et qui romprait avec l'idéologie et les pratiques capitalistes. Ainsi devrions-nous méditer ces mots du socialiste et antifasciste Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Loisirs et aux Sports durant la période du Front populaire, qui a milité en faveur d'un sport de loisir pour les travailleurs et contre la perversion capitaliste et fasciste du sport :

 

« Si nous avons à faire un effort commun dans le domaine sportif, comme dans bien d’autres, c’est un effort de moralité. J’ai écouté avec grand intérêt M. Temple qui a fait apparaître les dangers redoutables du développement du sport professionnel. Hélas ! lorsqu’on accepte qu’un geste humain qui, par nature doit être désintéressé, devienne la source de profits importants, la juste mesure est très difficile à déterminer. Je crois que le jour où l’on a admis que le jeu sur le stade pouvait être l’occasion de profits importants, on a fortement atteint la moralité du sport. Aussi, de toutes mes forces et quelles que soient les critiques, parfois sévères, dont mon action pourra être l’objet, je m’opposerai au développement du sport professionnel dans notre pays. Je détiens au Parlement la charge de servir les intérêts de toute la jeunesse française, et non de créer un nouveau spectacle de cirque.[8] »

 

William-JRCF

 

[1] Ce qui n’est pas le cas du rugby à XIII, et cela pour des raisons historiques profondes : rugby à XIII et rugby à XV se sont développés séparément, dans une opposition de classes entre prolétaires et bourgeois, à partir de la question de la compensation des heures de travail perdues par les joueurs. La fédération anglaise de rugby a scissionné sur cette question en 1895, en ce qui deviendra, plus tard, la fédération anglaise de rugby à XV et la fédération anglaise de rugby à XIII. Le futur rugby à XV était le rugby qui s’opposait à la compensation des heures de travail perdues afin d’écarter les ouvriers de ce sport, tandis que le futur rugby à XIII était le rugby qui payait les joueurs en guise de compensation des heures de travail perdues, précisément pour permettre aux ouvriers de jouer. Depuis, la bourgeoisie n’a cessé de mettre en avant le rugby à XV contre le rugby à XIII, allant jusqu’à interdire ce dernier à certaines périodes de l’histoire, notamment pendant le régime de Vichy. La scission du rugby en deux genres est donc une manifestation au sein du sport de la lutte des classes.

 

[2] https://www.ozap.com/actu/audiences-15-4-millions-de-telespectateurs-devant-le-match-france-nouvelle-zelande-en-ouverture-de-la-coupe-du-monde-de-rugby-sur-tf1/636685

 

[3]

Idem.

 

[4] https://www.huffingtonpost.fr/sport/article/coupe-du-monde-de-rugby-en-audiences-le-xv-de-france-fait-deja-mieux-que-les-footballeurs-francais_222843.html

 

[5]

Idem.

 

[6] « Selon une étude du cabinet de conseil et d’audit Deloitte réalisée pour la Fédération française de rugby, l'impact économique total de la coupe du monde de rugby 2023 pourrait s'élever à 2,4 milliards d'euros, dont 916 millions d’euros d’impact visiteurs. L'étude repose sur une hypothèse de fréquentation étrangère de 450 000 personnes basée sur le total de visiteurs étrangers lors de la précédente coupe du monde de rugby organisée en France, celle de 2007, soit 350 000 personnes. A titre de comparaison, cette dernière avait généré 540 millions d’euros de retombées économiques », https://www.atout-france.fr/content/coupe-du-monde-de-rugby-2023#:~:text=de%20retomb%C3%A9es%20%C3%A9conomiques.-,Les%20retomb%C3%A9es%20%C3%A9conomiques,'euros%20d'impact%20visiteurs.

 

[7]

Ibid.

 

[8] Discours du 3 décembre 1937, à la tribune de la Chambre des Députés.

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