3 Mai 2020
Riposte du PRCF aux campagnes macronistes en faveur d’un prétendu « gouvernement d’unité nationale ».
Largement discrédité, voire haï, en raison de ses contre-réformes sociales incessantes, de sa répression du mouvement social et de sa gestion calamiteuse, voire criminelle, de la crise sanitaire, le pouvoir macronien tente d’élargir son assise en s’agrégeant un maximum de forces politiques et syndicales « raisonnables ». Après avoir appelé sans grand écho à l’« union sacrée » dans la « guerre » contre le COVID-19, la Macronie et ses innombrables officines médiatiques serinent la petite musique d’un futur « gouvernement d’union nationale » chargé d’organiser le « jour d’après ». Au moment où la glaciale Muriel Pénicaud se saisit de l’état de choc sanitaire pour dépecer la législation sur les congés annuels et sur les heures sup, où le MEDEF exige la suppression des jours fériés et où la réouverture des écoles est lancée dans des conditions d’improvisation irresponsable, Philippe et Macron exploitent la référence aux « Jours heureux »* et au CNR pour promouvoir l’idée d’un gouvernement d’union nationale appliquant une politique dont, en réalité, les acquis populaires et l’indépendance nationale ont tout à redouter. Il y a dans cette usurpation du CNR une escroquerie politique que les militants du PRCF, dont plus d’un fondateur est organiquement lié à l’épopée de la Résistance, ont le devoir de dénoncer sans attendre.

Au cœur de l’Occupation nazie, c’est en effet le PCF clandestin qui prit l’initiative de la lutte armée et qui mit en place le Front national pour l’indépendance et la liberté de la France, dont dépendaient les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF) ; il fut le premier effort héroïque pour fédérer des forces diverses de la Résistance combattante sur le sol de la patrie. Encore ce Front national de glorieuse mémoire, qui fut quelque temps présidé par un évêque, était-il clairement délimité : s’il incluait en principe tous ceux, communistes et non communistes, qui voulaient chasser l’Occupant, il n’en excluait pas moins les valets vichystes de Hitler, c’est-à-dire l’extrême droite antisémite et les représentants des trusts « français » tous largement compromis dans la « collaboration » avec le Reich. Par la suite, le PCF aida Jean Moulin à mettre en place le CNR qui devait, principalement, fédérer la France libre gaulliste, principalement agissante depuis Londres et Alger, et les diverses forces de la Résistance armée combattant en France même, au premier rang desquels les FTPF et aussi les unités de guérilla urbaine des FTP de la Main-d’œuvre Immigrée (FTP-MOI)*, directement commandées par le PCF clandestin. Là encore l’ouverture politique était très large puisque le CNR allait finalement intégrer, non seulement les communistes et les gaullistes mais la CGT et la CFTC, ainsi que les partis politiques MRP et la SFIO (tout au moins ceux de ses dirigeants qui n’avaient pas voté les pleins pouvoirs à Pétain). Si l’on relève bien dans le CNR la présence marginale d’un royaliste qui, à son honneur, avait préféré défendre la France avec les républicains que la trahir avec les dirigeants de l’Action « française », on constate surtout que le CNR, loin de « regrouper tout le monde » comme il est souvent dit mensongèrement, excluait le grand patronat – totalement compromis dans la collaboration – et l’extrême droite, pilier de « l’Etat français » pétainiste. Faut-il rappeler que c’est de cette lie politique fasciste et antinationale qu’est largement issu le parti lepéniste qui a longtemps usurpé l’appellation du « Front national »…
Déjà en 1940, quand le PCF avait voté les crédits de guerre contre Hitler (sous les huées des députés munichois !) et quand, par la suite, par l’entremise du philosophe Georges Politzer, la direction du Parti interdit avait transmis au président du Conseil d’alors un plan militaire complet pour défendre Paris, le PCF savait pleinement prendre ses responsabilités patriotiques à l’instar des Sans Culottes de 1793 ou des Communards de 1871 ; mais cette union antihitlérienne proposée par Politzer n’en était que plus clairement tournée contre la « cinquième Colonne », c’est-à-dire contre les nuées de traîtres infiltrés à tous les niveaux de l’ appareil économique et politique de l’Etat et des monopoles capitalistes pour préparer, très en amont de 1940, ce que l’historienne Annie Lacroix-Riz a justement nommé le « choix de la défaite ».
Pour prendre un autre exemple plus récent et plus pacifique de ce que signifie pour des communistes une alliance patriotique de bon aloi, quand les dirigeants, encore majoritairement léninistes, du PCF en appelèrent en 1975, lors du 21ème congrès extraordinaire du PCF, à l’« union du peuple de France » (appelée aussi l’« union de la nation laborieuse »), ce fut là encore sur un contenu clair ; il s’agissait d’une part d’élargir l’alliance autour du programme commun PCF/PS aux gaullistes de gauche et aux chrétiens laïques, d’autre part de contenir la tentative de Mitterrand de marginaliser le PCF pour vider le programme commun de ses contenus antimonopolistes, rogner les nationalisations et « sanctuariser » l’appartenance de la France à l’OTAN et à l’Europe supranationale…
En un mot, dans toute société divisée en classes, l’ « union nationale » ne peut être que deux choses totalement antagoniques :
Ces deux « unions nationales » aux contenus de classe symétriques sont diamétralement opposées aussi sur le plan de leurs visées morale et anthropologique respectives : alors que l’ « union nationale » illusoire portée par l’oligarchie n’est rien d’autre que la forme idéologique fascisante, xénophobe et potentiellement belliqueuse de la ruineuse collaboration des classes où excelle Laurent Berger (pour le malheur des travailleurs !), l’union du peuple de France telle que la conçoivent les communistes dans la droite ligne des principes formulés au 7ème congrès de l’Internationale communiste, vise à placer le monde du travail au cœur de la construction nationale, donc à rouvrir en grand la voie de la transformation socialiste et communiste de la France sans cesser de tendre la main à toute nation éprise de liberté, d’égalité et de fraternité. Dans cet esprit, pour éviter de prêter la main à des nationalistes réactionnaires et racistes, le PRCF parle de Front de Résistance Antifasciste, Patriotique, Populaire et Ecologiste ; à l’intérieur de ce F.R.A.P.P.E., la classe travailleuse soutenue par les reconstructeurs du parti communiste de combat devra prendre appui sur une solide Alliance pour une Gauche Antifasciste, Patriotique, Populaire et Ecologiste (A.G.A.P.P.E.).
Voilà dans quelle direction pourrait se forger une authentique union du peuple de France scellant l’unité de combat du monde du travail et des couches moyennes non pas AVEC mais CONTRE l’oligarchie qui détruit notre pays et n’a d’autre souci que de le transformer en plate-forme pour la course mondiale au profit maximal. Bref, l’union de la nation laborieuse doit se forger avec ceux qui veulent sauver et reconstruire la nation dans l’union fraternelle avec les autres peuples : et cela impliquera de sortir par la porte à gauche de l’euro, ce collier étrangleur passé au cou des peuples pour assurer l’hégémonie du Mark, de sortir de l’UE, ce carcan impérialiste conçu pour mener la guerre sociale contre les travailleurs, sortir de l’OTAN, cette machine à mondialiser les règlements de comptes états-uniens avec la Chine, l’Iran et la Russie.
Et bien entendu, si l’on veut que cette union du peuple de France débouche sur la restauration d’un pays libre, dans lequel les expressions « bonheur commun » et « Jours heureux » puissent redevenir des axes de lutte concrets, une reconstruction nationale allant jusqu’à son terme progressiste doit en finir avec toute forme d’exploitation (comment devenir le concitoyen fraternel de mon exploiteur ?) et avec toute forme d’oppression impérialiste (comment devenir le frère d’un État que j’opprime ou qui m’opprime ?). La question sera donc posée tôt ou tard à chaque patriote véritable de choisir alors entre son attachement à la France et son degré d’arrimage personnel au mode d’exploitation capitaliste. Bienvenue s’il s’en trouve, au bourgeois dans le cœur duquel le patriotisme parlerait plus haut que les cours du CAC-40… Quant à la classe ouvrière de France, parce que rien de fondamental ne l’oppose aux autres ouvriers du monde et parce qu’elle n’a que faire d’exploiter quiconque chez elle ou ailleurs, elle est objectivement située en position d’avant-garde sociale de la lutte patriotique et de la lutte pour l’internationalisme prolétarien ; l’ont montré les référendums de 1992 et de 2005 où l’écrasante majorité des ouvriers et des employés a voté non au Traité de Maëstricht, puis à la constitution européenne…
Voilà pourquoi, le 1er mai prochain, les militants du PRCF diront cent fois non à toute forme d’union sacrée avec le MEDEF, avec Macron, avec cette UE de mort qui a fait du continent le plus riche du monde l’épicentre d’un massacre sanitaire ; mille fois oui en revanche à l’union sacrée derrière les travailleurs et les soignants de terrain qui méritent le meilleur pour nous soigner et nous approvisionner tout en se protégeant eux-mêmes ; mille fois oui à la Fédération syndicale mondiale qui appelle à internationaliser les luttes pour le progrès social, la paix et la démocratie; et mille fois non à la fausse union du boa constrictor et du petit lapin appelée « dialogue social » ; car ce pseudo dialogue n’a d’autre objet, derrière les grimaces de Berger, de Pénicaud et de la C.E.S., que de parfumer à l’eau de rose la marée noire antisociale que nous prépare la crise structurelle, soi-disant « sanitaire », du capitalisme-impérialisme-exterminisme mondial !

Voilà aussi pourquoi, à l’approche du 29 mai 2020, 15ème anniversaire du Non français à la constitution européenne, le PRCF appelle tous les vrais communistes, tous les syndicalistes de lutte, tous les patriotes républicains, à rejeter le mensonge social-maastrichtien et écolo-impérialiste, d’une soi-disant « nouvelle UE de paix, de progrès social et de liberté » que colportent les faux communistes, les faux socialistes, les alter-européistes et le syndicalisme confédéral euro-formaté. Militons pour une sortie par la gauche du carcan mortel de l’UE/OTAN, et combattons l’ultra-droite pseudo-patriote qui n’est que le flanc-garde de l’UE anticommuniste, fascisante, germano-atlantique et grossièrement anti-ouvrière.
* tel était l’intitulé du programme du Conseil National de la Résistance (CNR) publié le 15 mars1944…
**En fait de collaboration de classes éhontée, les « ministres communistes et écologistes » Buffet, Gayssot, Bocquet, Voynet, appuyés par Robert Hue (chef de file du PCF) et par Alain Bocquet (président des députés « communistes ») ont soutenu de 1997 à 2002 un gouvernement maastrichtien de privatisation du secteur public (France Télécom, Air France, Caisses d’Epargne, SNECMA…), de casse du lycée (réforme Allègre), de mise en place de l’euro, et ils n’ont même pas protesté quand Jospin a envoyé l’aviation française bombarder Belgrade sous le commandement de l’OTAN…
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Que serait une union du peuple de France digne de ce nom ? - INITIATIVE COMMUNISTE
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