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Les travailleurs uberisés sont-ils indépendants ?

Les travailleurs uberisés sont-ils indépendants ?

Indépendant se dit d’une chose qui ne dépend pas de telle personne ou de telle chose, qui ne lui est pas subordonnée. Le terme s’utilise aussi pour une personne étant, ou se prétendant, seul maître de sa personne.

Être indépendant, cela plaît à beaucoup de monde, surtout au travail : pas de patron tyrannique. On est maître de soi. On fait ce qu’on veut et on le fait tout seul, un peu comme ce self-made man que l’on voit dans les films et les séries télés. C’est pour atteindre ce statut que certains jeunes travailleurs se sont engagés dans ces nouveaux travaux à la tâche, comme les « juicers » (rechargeur de trottinettes), livreurs à vélos ou bien sûr les célèbres chauffeurs Uber.

Pourtant, d’après des jugements récents, on peut se questionner sur la qualité d’indépendant dans ce cas précis…

En janvier 2019, après l’arrêt de la Cour de cassation du 28 novembre 2018 sur l’entreprise Take Eat Easy, la Cour d’appel de Paris a requalifié le contrat de prestation de service d’un indépendant en contrat de travail. Le juge, qui n’est pas lié par la dénomination du contrat donnée par les parties, a renversé la présomption de non-salariat. Rappelons que les juges français peuvent démontrer l’existence d’un contrat de travail par faisceau d’indice. Or, quels étaient les faisceaux d’indices en l’espèce ? Le chauffeur VTC ne pouvait pas choisir librement l’organisation de son activité (un comble pour un « indépendant ») ; il ne pouvait pas constituer sa clientèle propre ; fixer ses tarifs lui-même ; les prestations étaient effectuées sous surveillance GPS ; le chauffeur devait suivre les directives de la société (qui rappelons-le encore, n’est pas censée au niveau du droit servir d’employeur au chauffeur) à l’égard des clients tels que fixés par contrat. Enfin si les prestations étaient mal exécutées, la société se gardait le droit de désactiver l’application.

Tout cela a permis de déduire la réalité d’un lien de subordination du chauffeur à la plateforme.

Nous voyons bien que le travailleur uberisé n’est pas indépendant. Le mythe sur lequel vit Uber est bien un mythe : en réalité, ils ne sont pas libres mais au contraire deux fois plus exploités ! Ces travailleurs n’étant pas salariés ils ne bénéficient pas des conquis sociaux (droit au chômage, droit aux congés payés, etc), ni même de syndicat fort ayant dans certains secteurs une vieille tradition de l’action collective, et peuvent se faire retirer beaucoup plus simplement leur moyen de subsistance (l’application) par la simple volonté de l’entreprise que n’importe quel salarié normal.

Ceux qui gagnent vraiment, ce sont les entreprises comme Uber car ils augmentent leurs profits grâce à une main d’œuvre corvéable, qui prend en charges tout les risques, dont elle ne doit pas s’assurer de la sécurité, auquel elle ne doit pas d’argent mis à part le paiement de la tâche. Bref, c’est un exemple typique d’exploitation du travail par le capitalisme.

En conclusion, jeunes travailleurs de chez Uber et Deliveroo, ne vous faites pas avoir par le rêve d’indépendance que l’on vous vend, car c’est du vent. Retrouvez le goût de la lutte collective pour obtenir de véritables droits.

Tous ensemble et en même temps !

 

Liens :

https://www.humanite.fr/les-jobs-pourris-du-nouveau-monde-670705

https://newssummedup.com/summary/Opinion-%7C-Uber-et-le-travailleur-ind%C3%A9pendant-subordonn%C3%A9-0dh1r1

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