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JRCF

Sortir de l'anticommunisme : la Pologne populaire

  Nous avons appris quelques semaines auparavant la relaxe de nos camarades du Parti communiste polonais, poursuivis par les tribunaux pour soi-disante propagande totalitaire, en réalité la simple écriture d'un article à caractère scientifique sur la Pologne communiste dans leur journal.

  Rappelons que cela n'arrête pas la fascisation de la Pologne, comme le démontre les menaces sur le droit à l'avortement, la réforme de la justice, le retour de l'intégrisme religieux, le fait que les groupes d'extrême-droite puissent faire ce qui leur plaît, tandis qu'on réprime les opposants. 

  Cette fascisation est fondamentalement liée à l'anticommunisme du pouvoir, qui  se sert littéralement des arguments anticommunistes pour un pan de sa politique régressive, et à la tentative d'effacer l'histoire communiste de la Pologne. Pourtant, malgré cela il existe une légende dorée sur la Pologne populaire que le gouvernement fascisant polonais n'arrive pas à enlever.

  Vous trouverez ici un petit résumé du livre de Monika Karbowska sur la Pologne populaire, puis son intervention à la Librairie tropiques. Ensuite, le fameux texte de la camarade Beata Karon sur l'industrie de la Pologne populaire (texte qui a été l'objet des poursuites citées plus haut). Enfin, un petit aperçu par nos camarades du site Initiative communiste de l'anticommunisme dans les... livres de voyages !

SUR LE LIVRE DE LA POLOGNE POPULAIRE À L'HIVER CAPITALISTE DE MONIKA KARBOWSKA

Monika Karbowska est diplômée en Histoire des relations internationales à l'Université de Paris-1 Panthéon Sorbonne. Française et polonaise, elle milite pour la reconstruction d'une nouvelle Pologne populaire et pour une "autre" Europe, ainsi que pour un monde de paix.  Son livre sorti aux Editions Delga est un recueil d'articles écrit au cours des vingt dernières années. On e peut partager toutes les vues de l'auteur, mais son ouvrage est important sur plusieurs points.

1) Il raconte la Pologne populaire, à la fois dans ses succès (réforme agricole, école publique, accès à la culture, relations internationales) que dans ses échecs (la perpétuation des inégalités hommes-femmes avec son lot de conception mysogine, l'usage de la répression et la fossilisation des élites). Simplement elle aborde d'un point de vue critique tous ses éléments et les remets dans leur contexte, ce qui permet de mieux comprendre l'histoire de ce pays dont le communisme a été imposé par l'extérieur. Elle fera découvrir aussi pour ceux qui ne sont pas familier avec l'histoire polonaise des passages intéressants sur le développement du communisme en Pologne (révolution quasi-autogestionnaire de 1956 notamment).

2) L'ouvrage permet aussi de découvrir le point de vue critique d'une jeune partisante de Solidarnosc durant la fin des années 80, ayant rencontré certains des futurs représentants de la Pologne capitaliste, ayant participé à ce mouvement, puis ayant vu son pays basculé dans le capitalisme le plus sauvage.

3) Un article nous décrypte la fameuse directive Bolkestein sur les travailleurs détachés dans ses applications concrètes, en particulier pour les travailleurs polonais.

4) Le rôle mortifère des Fondations allemandes, liés au partis politiques allemands et donnant les informations récoltées aux services de renseignement allemand, est mis en avant. Ces institutions sont là pour faire exercer l'ingérence idéologique allemande (y compris celle de Die Linke, la Fondation Rosa Luxemburg, sic). Elles ont joué notamment un grand rôle dans les pays arabes, dans la Pologne et dans la fameuse révolution colorée (tendance brune) du Maidan ukrainien. 

Tout le livre, sans épargner certains aspects de la Pologne populaire, rappelle les méfaits de la mondialisation et du retour des réactionnaires cléricaux au pouvoir. N'oublions pas aussi la répression des opposants qui a lieu actuellement, comme Mateusz Piskorski, enfermé depuis deux ans sans véritable motif ni procès, ainsi que nos camarades du KPP qui risquent la prison pour avoir osé exprimer leurs idées ! 

La Pologne Populaire et son industrie - article de Beata Karon, Parti Communiste Polonais KPP

 

„L’industrialisation de la Pologne Populaire et ses conséquences sociales”
Au cours des 25 dernières années l’image des réalisations économiques de la Pologne des années 1944-1989 a été délibérément falsifiée afin de justifier des intérêts politiques. Un exemple frappant de cette manipulation est la fameuse phrase prononcée au début des années 90 par Jan Krzysztof Bielecki, alors premier ministre, que „les communistes ont plus détruit l’économie polonaise que l’occupation hitlérienne”. L’année dernière le président Komorowski a déclaré que „La Pologne a récupéré en 1989 des mains des communistes une économie en ruine”. De même des institutions comme l’Institut de la Mémoire Nationale mettent en avant les problèmes de la défunte économie en les exagérant, tout en omettant de présenter le développement accompli à cette période. Cette image de destruction est complètement éloignée de la réalité. Dans la période la Pologne Populaire de nombreux processus positifs de développement ont eu lieu, y compris dans le domaine économique. La question de l’industrialisation illustre le mieux les réalisations sociales du socialisme réel en Pologne. Il est important également d’analyser l’industrialisation de la Pologne Populaire pour comprendre comment a pu être accomplie la transformation capitaliste.
Nous commencerons par présenter le point de départ de la Pologne en 1945 – une Pologne à peine sortie de l’arriération économique de la Seconde République et des ruines de la guerre. De 1918 à 1939 la Pologne était un pays agricole. Jusqu’en 1939 le pays n’a pas pu retrouver le niveau de production industrielle que les territoires polonais avaient atteint en 1913. Dans les années 1935-1939 on a construit dans le cadre du COP - la Région Centrale Industrielle - seulement 51 nouvelles entreprises qui employaient 110 000 salariés. Pendant la seconde guerre mondiale l’appareil productif a été dans sa grande majorité complètement détruit. Le Bureau des Indemnités de Guerre a mentionné dans son rapport de 1947 que 64,5% des structures de l’industrie chimique, 64,3% des imprimeries, 59,7% de l’industrie électrotechnique, 55,4% de l’industrie textile, 53,1% de l’industrie agroalimentaire et 48% de l’industrie métallurgique ont été détruites.
L’industrialisation de l’après guerre a été le résultat des transformations politiques dont de la nationalisation des entreprises qui a permis la reconstruction sans intervention des anciens propriétaires et de leurs héritiers. La nationalisation des biens immobiliers dans les villes a facilité le développement des villes en permettant une reconstruction et une construction rapide d’agglomérations entières dans lesquelles étaient prévues les entreprises de production. Les autorités ont crée l’Institut Central de Planification (CUP) qui a mis en oeuvre le Plan Triennal de la Reconstruction Economique pour les années 1947-1949. Ce plan contenait le projet de reconstruire très rapidement les usines détruites et de développer l’industrie. Les données statistiques prouvent l’intensification de ces investissements. Si en 1937 pour 1000 habitants 25 travaillaient dans l’industrie, en 1950 ce chiffre est de 85, c’est à dire trois fois plus. C’est au cours de ce premier Plan Triennal qu’on a construit les plus grandes entreprises de la Pologne Populaire comme l’Usine d’Automobiles Personnelles (FSO) de Varsovie ainsi que le célèbre combinat métallurgique de Nowa Huta. Lors de la seconde phase d’industrialisation de 1951-1960 les autorités ont construit 519 entreprises, c’est à dire 32% des usines actives en Pologne Populaire en cette période. Les 10 années suivantes on a construit 617 entreprises industrielles. En tout dans les années 1949-1988 1615 usines de plus 100 salariés ont été ouvertes. Dans toutes ces entreprises travaillaient plus de 2 millions de personnes. La valeur de la production de ces entreprises atteignaient 17 trillions de Zlotys, c’est à dire 55% de la valeur de toute l’industrie en Pologne. La moitié de la production industrielle de la Pologne était concentrée dans 5 secteurs – la sidérurgie, l’énergétique, l’industrie chimique, agroalimentaire et minière. Les entreprises les plus nombreuses ont été crées dans l’industrie agroalimentaire – elles étaient au nombre de 295 et souvent plus petites que dans l’industrie lourde. 142 entreprises de technologie de pointe ont été également crées.
L’industrialisation a entrainé des modifications de la démographie. En 1946 plus de 68% des Polonais habitaient dans des villages. Suite au développement et à la construction des villes liés aux infrastructures industrielles, en 1960 le taux d’habitants à la campagne baisse à 51,7%. Cependant les inégalités de territoires entre les régions industrielles et agricoles diminuaient car les entreprises industrielles étaient ouvertes y compris dans les agglomérations moyennes attirant ainsi dans leur orbite le développement de petites villes et des villages. C’est alors qu’est née la nouvelle classe ouvrière ainsi que les nouvelles classes moyennes issues de l’ascension sociale permise par l’industrialisation et l’urbanisation.
Le développement de l’industrie apportait la stabilité de l’emploi. Les diplômés des écoles professionnelles trouvaient du travail immédiatement avec devant eux une perspective de carrière sur plusieurs décennies. Les différences de revenus entre les agents de maitrise et les ouvriers n’étaient pas très grandes et demeuraient acceptées par la société. Les entreprises crées par la Pologne Populaire en ce temps là garantissaient aux salariés immédiatement après l’embauche des avantages sociaux appréciables au delà du salaire. Ces avantages étaient composées de Maisons de la Culture, de centre médicaux d’entreprises, d’école professionnelles, de logement d’entreprises. L’industrialisation a culminé avec la construction des grandes industries des années 70 alors que les autorités cherchaient surtout à développer les technologies de pointe. En 1970 sur 1000 Polonais 137 travaillaient dans l’industrie. En 1980 147 Polonais sur 1000 étaient employés par l’industrie. Dans les entreprises ouvertes dans les années 70 2 millions de nouveaux emplois ont été crées – le plus dans l’industrie de construction de machines (202 000), ensuite dans l’industrie minière (187 000) puis dans la sidérurgie (173 000 emplois). Dans les années 80 le nombre des salariés de l’industrie a baissé, les premiers symptômes de la désindustralisation sont apparus – on a commencé en effet à découper les usines en filiales dont certaines étaient déjà destinés à la privatisation. Ces nouvelles joint venture recevaient alors gratuitement le capital de l’entreprise ainsi que les machines les plus récentes et les cadres les mieux formés.
Dès 1989 et la „transformation” capitaliste la privatisation a entamé le processus de liquidation des entreprises industrielles à une grande échelle. De 1989 à 2012, 657 entreprises des 1615 entreprises construites par la Pologne Populaires ont été fermées – cela veut dire que 40% des entreprises construites par la Pologne Populaire ont été détruites. De plus, du fait de leur grande taille, cette destruction a eu des conséquences sociales et économiques graves sur des régions entières. Ainsi les nouveaux gouvernements ont détruit plus de 834 000 emplois dont 640 000 dans les plus grandes entreprises- celles qui employaient plus de 1000 salariés. 242 entreprises de cette taille ont été liquidées. Parmis 657 entreprises défuntes, 28 seulement ont été fermées pour des raisons d’obsolescence technologique et 18 pour la protection de l’environnement. Si on y rajoute 86 entreprises fermées pour cause de non-rentabilité immédiate, nous obtenons 132 entreprises, soit moins d’un quart avait une raison d’être fermée. Dans le cas de 500 entreprises restantes cette destruction a résulté des „forces du marché”, de mauvaise gestion et de décisions purement politique de liquidation. Ces entreprises ont été vendues bien en dessous de leur valeur, et les nouveaux propriétaires n’avaient comme objectif que l’accaparement du capital ou leur destruction pure et simple car elles constituaient leur concurrence. On peut citer comme exemple la société de Cellulose et de Papier de Kostrzyn vendue à un capitaliste suédois pour 0,8 millions de Zlotys alors que la valeur bilan de l’entreprise (valeur comptable moins le taux d’endettement) était de plus de 250 millions de Zlotys.
L’usine sidérurgique Huta Warszawa a été une des privatisations emblématiques. Dans les années fastes elle employait 10 000 salariés. Elle possédait sa propre école professionnelle que chaque années finissaient 1000 diplômés. La restructuration du début des années 90 a ramené le nombre de salariés à 4500 personnes. En 1992 la société italienne Lucchini a repris l’usine et l’a transformé en société à responsabilité limitée, réduit encore le nombre d’emplois et promis de conserver les avantages sociaux ainsi que la modernisation de la production. Mais Lucchini a continué la suppression de plusieurs secteurs de production. La libéralisation du marché de l’acier a fait le reste. En 1999 l’entreprise n’employait plus que 2000 personnes. Ce qui restait des hauts fourneaux Huta Warszawa n’était plus en état de se battre sur le marché concurrentiel mondial de l’acier. En 2005 Arcelor Mittal a racheté l’usine. Avec la crise de 2008 Arcelor Mittal a décidé de récupérer sur sa filiale polonaise l’argent perdu ailleurs – dans les amendes infligées suite à ses pratiques monopolistiques et aux atteintes à l’environnement. En 2013 la plupart des emplois de Huta Warszawa ont été supprimés et les ouvriers licenciés – il n’en restait que 200. On a obligé les derniers salariés à prendre des congés du fait du ralentissement de la production et de l’arrêt des investissements. Aujourd’hui l’usine est en faillite et sa production n’a plus aucune valeur sur le marché.
Une autre usine emblématique de l’histoire de la Pologne et de Varsovie a été détruite de la même manière. Il s’agit de FSO - Fabryka Samochodów Osobowych- l’Usine d’Automobiles Personnelles. Dans le cadre de FSO 13 entreprises sous traitantes fabriquaient des pièces détachées automobiles dans tout le pays. Dans cette usine travaillaient de nombreuses personnes vivant dans les villages de la région ou en banlieue de Varsovie. Dès le début des années 90 de nombreux emplois y ont été supprimés. L’entreprise n’investissait pas dans de nouvelles productions, attendant sa reprise par un investisseur. En 1995 les politiques ont décidé de privatiser FSO en fermant l’entreprise publique et transférant ses actifs à une Société du Trésor Public qui devait signer une joint venture avec Daewoo. L’accord signé avec la multinationale coréenne prévoyait le maintien de l’emploi en l’état pendant 3 ans ainsi que des avantages sociaux des ouvriers. Encore en 1996 20 000 personnes travaillaient à FSO. Mais là également ce sont les problèmes financiers de Daewoo qui ont entrainé la chute de l’entreprise polonaise. La compagnie coréenne ferma d’abord de nombreux secteurs de l’usine et en 2004 arrêta la production. Pendant un certain temps un oligarque ukrainien détenait l’usine mais n’a réalisé aucun investissement. En 2009 il n’y avait plus que 2500 salariés dans l’entreprise dont 600 ont été rapidement licenciés. La crise capitaliste a été mortelle pour FSO: General Motors qui vendait alors les voitures Chevrolet produites à Varsovie a rompu en 2011 les accords signés. On a arrêté la production complètement et la SARL FSO n’existe depuis qu’à l’état de restes. Elle produit des réservoirs à essence, des systèmes électriques pour les automobiles, des clôtures pour jardin, des lampes, des jouets Lego ou des éléments de machines à laver.
Actuellement 30% des salariés polonais travaillent encore dans l’industrie. Cependant il n’y a plus de grandes entreprises, mais des réseaux de petites entreprises employant bien moins de salariés qui restent dispersés géographiquement dans une production très diversifiée. Le caractère de ce qui est produit a également changé. Au temps de la Pologne Populaire la conception des produits était le fruit du travail d’ingénieurs locaux et on vendaient des produits conçus de A à Z sur place. Actuellement les compagnies internationales qui investissent en Pologne ne veulent mettre en place que le montage d’élements produits ailleurs ou produire uniquement des éléments qui seront assemblés dans d’autres pays. Les entreprises industrielles ont une indépendante bien moindre et sont très vulnérables aux crises capitalistes. De même le processus d’urbanisation s’est inversé depuis la destruction de l’industrie issue de la Pologne Populaie. En 1991 62% de la population polonaise habitaient dans des villes, en 2009 moins de 61% - la tendance est donc à la baisse.
La désindustrialisation de la Pologne après 1989 a été rapide et bien plus massive que dans l’autre pays européen. Elle a conduit à un chômage de masse, à la régression sociale et culturelle, elle a entrainé l’émigration, surtout de la jeunesse. La destruction des entreprises industrielles de la Pologne est l’effet en grande partie de décision purement politiques – l’un des objectif du nouveau pouvoir a été de se débarrasser du bien public national afin que les investisseurs étrangers en disposent librement, sans se soucier des conséquences sociales.
Pologne : Le guide du Routard, anticommunisme pathologique !

 

Devant séjourner en Pologne, j’ai acheté Le guide du Routard de ce pays. À sa lecture, très rapidement, je me suis demandé si j’avais dans les mains un guide touristique ou un livre de propagande politique. Et pas n’importe laquelle, de celle de la forme la plus violente, la plus ringarde et la plus gratuite de l’anticommunisme.

Cela commence dès l’introduction avec l’immonde parallèle nazisme/communisme : «  Avec 6 ans de barbarie nazie (1939-1945) et 45 ans de totalitarisme communiste (1945-1989), la Pologne compte parmi les nations qui ont le plus souffert en Europe ».         

Et dès la page suivante, dans les « coups de cœur » du guide : « Visiter le musée de la vie sous le communisme et rentrer à son hôtel en se disant que c’est heureusement une époque révolue ».

On se dit qu’un guide touristique ne peut pas continuer comme ça, eh bien non, pas du tout, cela continue de plus belle :

Page 30 : « Pour finir, visiter Gdansk, les chantiers navals acteurs de la fin de la dictature communiste ».

Page  68 : « 45 ans de dictature communiste  »

Page 104 : « Au musée de l’insurrection de Varsovie, pour bien se rendre compte de celle-ci, le visionnage du film “City of Ruin” est hautement conseillé, les tourments de l’après-guerre, liés à l’instauration du régime communiste, ne sont pas oubliés, preuve étant faite, si nécessaire, que le calvaire n’était pas fini… ».

Page 111 : « Au musée de la vie sous le communisme de Varsovie vous verrez également, et le sourire s’efface, un mannequin de la milice qui veille sur la reconstitution d’un bureau de quelque huile du parti : portrait de Lénine, Brejnev et tout le saint-frusquin. Brrr »

Page 141 : «  Dans le musée et château Koztowka, visitez la galerie du réalisme socialiste. Imposée en 1950 par le voisin soviétique, cette forme de propagande pseudo-artistique fut abandonnée en Pologne  cinq ans plus tard. Le château se vit alors dépositaire de tout ce que le pays avait pu produire en œuvres destinées à « éduquer » les masses sans jamais révéler les talents de leurs créateurs laissés dans l’anonymat. On ne rigolait pas sous la dictature ».

Page 235 : « Cracovie était considérée par la dictature communiste comme une ville rebelle. En construisant la cité industrielle de Nowa-Huta aux portes de la ville, les communistes voulaient changer la structure sociale de la population et détruire les nids de la contre-révolution. Cette ville ouvrière s’est faite cité-modèle qui pouvait garantir « le bonheur des ouvriers ». On était très fier de vivre et travailler ici. Le quartier n’a pas tellement changé depuis le communisme… ensemble de cages à lapins sinistres. Dans ce paradis des travailleurs, la disposition des rues permettaient de briser toute grève éventuelle, non mais ! »

Page 255 : « Dictature communiste ».

Page 310 : « Après-guerre suit la sombre période du stalinisme et les affres d’une nouvelle dictature, fut-elle du «peuple » ; « Au printemps 1989, avec la fin du régime communiste, Gdansk a offert à la Pologne sa liberté ».

Page 334 : « Le Centre européen des solidarités de Gdansk est un hymne au combat mené par Solidarnosc pour les droits des travailleurs sous le joug communiste, il raconte cette tranche d’histoire jusqu’à la chute finale du gouvernement Jaruzelski et du bloc de l’Est. Ouf, une happy end ! ».

Allez, on continue, on suit le Duce ou le Führer, pardon le Guide du Routard :

Page 374 : «  Les 50 sombres années du communisme ».Page 381 : « Joug du stalinisme ». Page 382 : « Période sombre du stalinisme ». Toujours page 382 : « En 1989, le Parti communiste rend son tablier. Ouf ! ».         Et encore « dictature communiste » à la page 394, si jamais le lecteur n’avait pas compris !

Et  j’ai gardé le « meilleur » pour la fin :

Page 384, le Guide du Routard souhaite ouvertement la mort d’un homme : « Dans la catastrophe aérienne de Smolensk, en avril 2010, la Pologne a perdu son président et les principaux dirigeants de son arméeUn général a cependant échappé au crash : l’ex-général Jaruzelski qui désirait être du voyage mais avait été éconduit. Qui a dit : « Il n’y a de la veine que pour la canaille » ? »

Et le bouquet final : dans la rubrique « Livres de route », parmi 10 livres conseillers, que trouve-t-on ? “Le livre noir du communisme” ! Accompagné du commentaire suivant : « Même si l’ouvrage a soulevé des polémiques à sa sortie (toute dictature compte malheureusement ses nostalgiques !), il décrit comment une idéologie égalitaire au XIXè siècle a pu au siècle suivant engendrer l’une des plus effroyables organisations totalitaires, une machine à broyer les individus et les consciences. De Lénine à Staline, de Mao à Ho Chi Minh, de Pol Pot à Castro, cette somme de plus de 1100 pages dresse l’inventaire des massacres, des persécutions, des famines et déportations organisés au nom d’une raison d’État préconisant la suprématie d’une classe sociale sur les autres ».

Çà je ne l’avais encore jamais lu ! Mettre sur le même plan Castro, Lénine, Ho Chi Minh (le libérateur du Vietnam, pays qui chassa les Khmers rouges du Cambodge) et Pol Pot il faut le faire !

Le Guide du Routard devrait savoir que le contenu de ce livre rédigé pour la plupart par des gens d’extrême-droite, est vivement contesté, dans sa recherche historique et sa « comptabilité » macabre,  par des personnalités politiques ou historiens de tous bords.

Le plus étonnant c’est que malgré cet enfer sur terre le guide nous dit page 383 que « Les communistes gagnent les élections de 1993 ». Non mais, ils sont vraiment fous ces polonais !

https://www.initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2017/01/armee-rouge-auschwitz-204x300.jpegÉtonnant aussi que le guide dise que ce sont ces ignobles soviétiques qui ont chassé les nazis et libéré la Pologne :

Page 387 : « Les rares survivants juifs de Pologne (180000 à 240000) doivent leur salut à leur engagement dans la Résistance ou leur fuite vers l’URSS ».

Page 125 : « Les Russes libèrent le ghetto de Lodz dans lequel il ne reste plus que 10000 survivants sur ses 203000 habitants ».

Page 141 : « Majdanek, dans les environs de Lublin, est un des plus grands camps d’extermination nazie, 235000 personnes y périrent, il fut libéré par les soviétiques à l’été 1944 ».

Page 278 : « En 1945, Poznan est le théâtre de combats acharnés entre la Wehrmacht et l’Armée Rouge, l’après-guerre est synonyme de reconstruction».

Page 343 :« À son arrivée à Auschwitz en 1945, l’Armée Rouge a tourné des images terrifiantes».               

Évidemment le guide se réjouit du rétablissement du libéralisme, cette société progressiste, émancipatrice, juste etc… Par exemple à la page 65 : «  À Varsovie, autour du Palais de la Culture, emblème grandiloquent du réalisme socialiste, les tours de verre et d’acier jaillissent comme les nouveaux porte-drapeaux du libéralisme. De grands panneaux publicitaires colorent les façades de jadis. Le siège de l’ancien Parti Communiste Polonais abrite aujourd’hui la Bourse de Varsovie ».                                                                                                                                   

Page 97 : « Le palais de la culture et des sciences de Varsovie a réussi sa reconversion en devenant le siège de sociétés occidentales » ;  page 334 : « Les chantiers navals de Gdansk devraient s’effacer dans les années à venir devant un immense projet de rénovation urbaine ».

Il va de soi que remplacer un palais de la culture par des sociétés occidentales, un siège de parti politique par une bourse de la spéculation, couvrir des murs par des panneaux publicitaires et remplacer des chantiers navals par des immeubles, c’est un grand progrès de civilisation !

Un grand progrès que les rédacteurs décrivent ainsi :                                                                          

Page 115 : « À Lodz, les traces de pauvreté urbaine et sociale sont flagrantes dès qu’on s’écarte du centre », «  Le secteur textile s’effondre à la fin des années 1990. Sans autre ressource la cité perd en deux décennies 100000 habitants, découragés par le chômage qui frappe 30% de la population ».

«  On pénètre dans le chantier naval de Gdansk par une grille d’entrée symbole du combat pour la liberté, de l’espoir et de la souffrance. Déclaré en faillite en 1986, il a été privatisé et emploie  aujourd’hui à peine 2000 ouvriers contre 15000 en 1980.».

Page 375 : « La Pologne a eu le mérite de pratiquer une certaine rigueur budgétaire qui a porté ses fruits. Cela n’empêche pas 2 à 2,5 millions de Polonais, la plupart âgés de moins de 35 ans de partir ailleurs en Europe. Les dernières statistiques affirment que 15,5% des Polonais vivent sous le seuil de pauvreté. Ce sont pour l’essentiel les laissés-pour-compte de la transition économique, habitants de communes où l’emploi se fait rare depuis la fermeture des entreprises d’État. Ceux vivant dans l’extrême pauvreté ont même vu leur nombre progressé de 5,8% de la population en 2010 à 6,5% en 2015. Le quart des Polonais déclare avoir des difficultés à boucler leur fin de mois… Une réalité portée par la faiblesse des salaires, qui ne parvient pas à dissimuler la multiplication des voitures de luxe ».

Page 383 : « En 1995, Lech Walesa qui incarna le triomphe de la démocratie, n’est pas réélu. Il n’a pas compris le désarroi des plus faibles livrés au nouveau système libéral ».

Page 383 : dans l’histoire de la Pologne (période des années 2000) : « Capitalisme, un mot magique en 1989, il rimait alors avec liberté, espoir, mais personne ne savait vraiment ce dont il s’agissait. Mais l’Eldorado serait-il une illusion ? Tout le monde n’a pas son ticket d’entrée dans l’Eden du capitalisme. En 2003, plus des deux tiers de la population gagnent moins de 375 euros par mois, tandis que les prix commencent à s’aligner sur ceux pratiqués à l’Ouest. La grogne des oubliés des réformes s’exprime souvent dans la rue ».

Mais tout cela c’est sûrement la faute des communistes !

On pourrait certes dire que chacun a le droit d’avoir ses analyses, ses opinions et que les rédacteurs du guide ont le droit d’avoir les leurs,  mais c’est une autre chose que d’utiliser un guide touristique à des fins idéologiques. Le Guide du Routard devrait savoir que ses lecteurs sont de toutes opinions et que la déontologie basique voudrait qu’il fasse preuve de neutralité ou au moins de retenue idéologique.

Il va sans dire que tout communiste et tout progressiste soucieux de refuser la propagande haineuse n’achètera plus jamais de guides du Routard et se fera fort d’en faire une «  bonne « publicité.
Laurent NARDI

 

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