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Réforme Blanquer: management sordide et destruction de l’éducation

Réforme Blanquer: management sordide et destruction de l’éducation

  Le club Valeurs Actuelles nous invite à un questionnement sur la nouvelle réforme de l’éducation voulue par le ministre Jean-Michel Blanquer, posé en ces termes: la loi Blanquer va-t-elle enfin ramener un peu de bon sens dans l’éducation ? Après avoir réprimé un immense éclat de rire on s’attardera à étudier pourquoi et comment nos amis de Valeurs se posent des questions pour le moins incongrues. Il s’agit de ne pas être dogmatique.

 

A l’origine d’une escroquerie: le néo-capitalisme

 

   Le projet de loi en question est un fourre-tout dont la cohérence ne saute pas aux yeux, mais on peut pourtant déceler une certaine logique - de lutte des classes. On exposera donc des thèmes idéologiques qui se retrouvent en sous-texte dans le projet de loi et transparaissent dans les mesures proposées.

   Michel Clouscard analysait après le plan Marshall l’évolution vers un néo-capitalisme rendu possible par l’explosion de la productivité - et partant par le besoin impérieux du capital d’écouler ses surplus productifs tout en gardant le prolétariat en rang serrés. C’est l’émergence de nouvelles couches sociales moyennes qui occupent dans le procès de production les rôles d’encadrement, rôles subalternes dont le capital a un besoin impérieux pour maintenir sa domination idéologique et politique. Ces nouveaux métiers de l’animation et en ce qui nous concerne ici surtout du management, se font une place au soleil et leur rôle dans le fonctionnement général du procès de production se reflète dans la forme de l’idéologie dominante. On entend en manifestation le slogan “travaille, consomme et ferme ta gueule.” Le néo-capitalisme ne propose rien d’autre par l’intermédiaire de ses encadrants surdiplômés. Aussi peut-on voir dans la loi Blanquer des résurgences absolument manifestes de l’idéologie managériale en vogue dans les écoles de commerces et autres pépinières à futurs grands dirigeants.

 

De la forme pour masquer le vide sans fond

 

   Comme ils n’ont pas de philosophie autre que celle du profit et de la manipulation politique, nos dirigeants tentent de maquiller leur absence totale de cohérence dans cette réforme par quelques mesurettes d’habillage cosmétique, par exemple l’idée de remplacer le nom de la classe de terminale par “maturité” (idée abandonnée à l’heure actuelle), en écho à ce qui se fait chez nos voisins Suisses.

   Autre mesure cosmétique, la scolarisation obligatoire dès l’âge de 3 ans, contre 5 ans avant la réforme. Sachant que 99% des enfants de 3 à 5 ans sont aujourd’hui scolarisés, on se demande bien quel geste politique est fait ici. On peut y voir de nombreuses choses, comme une volonté de soutirer de l’argent aux parents qui actuellement scolarisent leur(s) jeune(s) enfant(s) partiellement ou pas du tout par souci d’éviter les frais de restauration scolaire. On peut aussi y voir une simple démonstration du fait que le gouvernement n’a aucune idée de ce qu’il fait - en matière d’éducation, car le cap économique demeure limpide et constantet se contente de tâtonnements. A voir donc, car la mesure implique la création d’environ 800 postes d’ATSEM, et on imagine facilement ce gouvernement frileux à l’idée de mettre les mains à la poche pour de vulgaires salariés, d’ailleurs déjà fort précaires comme le montrent les luttes de ces hommes et femmes à tout faire de l’éducation.

  

Manager, évaluer, tutéliser

 

   La vision managériale du monde, toute préoccupée qu’elle est d’efficacité (entendez de profitabilité), met l’accent sur l’évaluation comme paramètre crucial du succès d’une politique, procédure ou décision quelconque. Le monde des cadres est traversé de ces évaluations de performances qui visent à rationaliser toujours plus le travail, ce qui n’est pas sans poser des problèmes éthiques sur lesquels nous ne reviendrons pas ici. La pression que peuvent vivre certains salariés à l’idée d’être perçus comme sous-performants s’appliquera demain au monde de l’école, car le projet Blanquer vise à créer une culture de l’évaluation des établissements, et non plus seulement des élèves. Depuis 2013, l’enseignement scolaire était évalué pour le compte de l’état par le CNESCO (conseil national d'évaluation du système scolaire), conçu comme un organe indépendant composé de 14 membres désignés pour 6 ans. L’existence d’un organe indépendant pour l’évaluation des politiques publiques en matière d’éducation n’est sans doute pas une mauvaise chose, il ne s’agit pas là d’attaquer le principe de l’évaluation en lui-même mais bien plus les modalités d’application de ce principe qui sont elles la marque d’un autoritarisme bourgeois. Car le CNESCO est voué à disparaître, et avec lui l’indépendance des évaluations.

   Le conseil d’évaluation de l’école est le nouvel organe destiné à remplir la tâche de bientôt-feu le CNESCO. Il sera composé de 10 membres dont 8 désignés par le ministère de l’éducation, on repassera donc pour l’indépendance. Cette mise sous tutelle est d’autant plus grave que la durée du mandat passe de 6 à 3 ans, les membres du conseil se retrouveront alors dans une situation “précaire” qui leur permettra encore moins de présenter des analyses démentant les vues optimistes du gouvernement.

 

Pédagobusiness, pédagoprécarité, instruction à la carte et concurrence

 

   La culture de l’évaluation annoncée par le projet de réforme pointe dans une direction redoutable, celle qu’annonçait au Etats-Unis le No Child Left Behind Act de l’administration Bush (2001). La logique d’évaluation mise en oeuvre outre-atlantique mène ultimement à la punition des plus faibles (écoles peuplées d’enfants des couches sociales les plus défavorisées) et à la promotion des plus forts (on devinera de quelles écoles il s’agit là). Les effets de cette loi si controversée se sont révélés délétères dans bien des domaines, notamment en ce qui concerne les conditions de travail des enseignants, soumis à la pression de l’évaluation qui peut directement impacter leur salaire, par l’octroi ou non de primes à la réussite. Si des progrès furent observables dans certaines classes d’âge en ce qui concerne l’apprentissage des mathématiques, il ne faut pas oublier que cela résulte de la pression à l’évaluation, donc du fait que les enseignants choisissaient souvent de mettre l’accent sur les matières “fondamentales” évaluées par le programme, au détriment d’autres enseignements. Or, Blanquer ne propose rien de différent, pareillement à ce que proposait déjà Sarkozy! C’est en effet les “fondamentaux” dont on fait les louanges, les disciplines qui permettent au futur travailleur d’être performant sans poser de questions: mathématiques élémentaires et langue nationale. Voyez la nullité crasse de l’Histoire telle qu’on l’enseigne en France, voyez la disparition progressive de la philosophie au baccalauréat, aujourd’hui réduite à l’état de curiosité nationale. L’école se libéralise, toujours plus soumise au dogme du marché: concurrence à outrance, évaluations en cascade, et bientôt instruction à la carte. La disparition annoncée des sections (scientifique, littéraire, économique et sociale) au baccalauréat général, pour un remplacement par des cours au choix créera un lien direct avec l’orientation dans l’enseignement supérieur. Ceci constitue un verrouillage accru des parcours scolaires, contre l’autonomie de l’élève dans la construction de sa vie future puisqu’à 16 ans il devra choisir les grandes lignes de sa carrière, après un stage de fin de collège qui lui apprend que son avenir est l’entreprise, et hors d’elle point de salut. Le lycée à la carte, dans lequel les élèves choisissent leurs cours en fonction d’un parcours professionnel qu’ils se doivent de connaître par avance participe d’un mouvement de réforme qui vise à détricoter la carte scolaire, dans laquelle l’affectation se fait géographiquement et donc empêche dans une certaine mesure la concurrence entre écoles pour attirer les élèves des milieux les plus favorisés. Si la carte scolaire n’est pas le nec plus ultra de l’égalitarisme en matière scolaire, elle permet néanmoins de sauvegarder une certaine homogénéité. Exit cela avec la réforme Blanquer, puisque le baccalauréat à la carte permettra des dérogations aux affectations géographiques pour les élèves souhaitant suivre des enseignements non disponibles dans leur établissement “d’origine”. Mais qui aura le plus de chance d’accéder aux cours les plus prestigieux, dispensés dans les lycées des beaux quartiers ? Grande question à laquelle en matérialiste on ne pourra que répondre: les élèves les plus socialement favorisés pardi !

   La liste des infamies néolibérales contenues dans ce projet de loi pourrait être déroulée sur de nombreuses pages encore, aussi ne pouvons-nous, après cet article sommaire, qu’inviter nos lecteurs et lectrices à se renseigner par eux-mêmes sur les craintes des syndicats, les enfumages du gouvernement et le contenu de la réforme. Les JRCF souhaitent à tous les élèves, parents d’élèves, professeurs de la maternelle au lycée, ATSEMS et au fond à tous les Français bien du courage face la destruction de leur éducation, en appelant à leur esprit de résistance pour que se concrétise une action révolutionnaire nourrie d’une théorie adéquate: le Marxisme-Léninisme.

 

sur le NCLBA :

https://educationvotes.nea.org/2015/02/20/educators-share-how-no-child-left-behind-has-aff ected-their-classroom/

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/10/15102018Article6367518502191 63701.aspx

https://www.la-croix.com/Famille/Education/Loi-education-lecole-selon-Jean-Michel-Blanquer -2018-10-15-1200975998?fbclid=IwAR2xVRgccKkzlXxgxJmcUV7xxieJAjn-PM4EkUhcYIidv9 mA7CUhQ9PlumI

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L
TOUT semble indiquer que cette réforme (assez compliquée)soit une usine à gaz,la réforme inutile de trop risquant de provoquer une sévère fronde d’une communauté éducative déjà mal traitée.Le gouvernement entend imposer de façon autoritaire (LBD + gardes à vue + répression administrative)un lycée appauvri,au rabais sans aucune concertation avec les personnels éducatifs.Le principal effet de cette réforme néolibérale,particulièrement néfaste (probablement la pire depuis des décennies)sera une amplification des inégalités socio-spatiales dans notre pays.Cette réforme bâclée,peu réfléchie dont le contenu est particulièrement OPAQUE s'annonce donc comme un affaiblissement substantiel de notre système public d’enseignement.En réalité cette réforme est le prolongement logique de « Parcoursup » et de sa sélection ubuesque.Quand les Français,les familles françaises vont comprendre les effets concrets de ces bouleversements malfaisants & injustes (= tri socio-spatial)de la « réforme Blanquer » la contestation sera d'ampleur.
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