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JRCF

Admission Post-Bac: Tremplin vers la «technologisation» et la privatisation du service public

Admission Post-Bac :

Tremplin vers la « technologisation »

et la privatisation du service public

Bientôt la fin de l’année scolaire pour beaucoup et l’arrivée des examens du baccalauréat pour plusieurs milliers de lycéens et lycéennes. Pour ceux souhaitant intégrer l’université, ce choix est déjà plus ou moins fait via le site Admission Post-Bac.
Créé en 2009 par le Ministère de l’Education Nationale, il est de plus en plus utilisé par les lycéens ou étudiants en réorientation, formulant tous leur vœux d’études supérieures.

Le dispositif possède certains avantages non négligeables, il rend notamment plus lisible certaines phases de procédures difficiles.
Toutefois, tous ceux qui ont eu affaire avec le site savent que celui-ci possède plusieurs inconvénients. Moins visible est le fait que cet outil sert une à la casse du service public de l’éducation et de l’orientation, soumis à l’acharnement de la Commission Européenne dont l’idéologie capitaliste et ultralibérale est relayée par les gouvernements LR-PS successifs.

Quels sont les inconvénients majeurs du site et de la démarche ?

  • La procédure en elle-même est un facteur de stress, car malgré certaines améliorations au niveau de la lisibilité, le site n’est pas toujours facile à utiliser, ce qui rend encore nécessaire le recours d’explication en classe de la part d’un professeur ou d’une conseillère d’orientation.

  • L’élève est prioritaire dans son académie d’origine, ce qui est une bonne chose, tant qu’il souhaite y étudier. Dans le cas contraire, il sera toutefois contraint de la faire figurer dans ses choix si d’aventure il était refusé par les universités plus prestigieuses. De plus, celui-ci ne prend pas en compte l’espace géographique réel du futur étudiant. Prenons le cas d'un lycéen habitant Fresnes dans le Val-de-Marne, à la frontière des Hauts-de-Seine et de l’Essonne : celui-ci sera prioritaire pour l’université de Créteil, à une heure de chez lui, tandis qu’à seulement vingt minutes il pourra avoir accès à la Faculté Jean Monnet, à Sceaux, ou bien pour quarante minutes à la Sorbonne. D’autre part, il ne tient pas non plus compte des disparités territoriales et de l’accès aux transports en communs.

  • En permettant aux établissements de connaître le classement de chaque élève mais aussi celui de leur école, ce dispositif fait courir le risque de favoritisme et d’exclusion en écartant d’office les candidats venus des lycées les moins cotés.

  • Enfin, comme l’ont remarqué nos amis des Jeunesses Communistes dans un article intitulé « Admission Post-Bac, la boîte noire livre ses secrets », il existe certaines graves discriminations. Ainsi les élèves des lycées français de l’étranger sont automatiquement considérés comme membre de l’établissement souhaité, indépendamment de leur position géographique réelle, cela au détriment des autres lycéens ou étudiants en réorientations pouvant de la sorte être exclus de certaines filières en dépit de l’illégalité de ce traitement.

    Ces imperfections, que beaucoup constatent et critiquent à juste titre, restent cependant des points de détail en comparaison du projet plus global dans lequel s’insère le site APB. Ce projet, ce n’est rien de moins que la disparition d’un service public de l’orientation (qui a lui aussi ses défauts, on ne fait pas ici une apologie), et plus encore de l’éducation nationale publique. En effet, depuis ces dernières années, et avec l’aval de l’Union Européenne, les services publics quel qu’ils soient s’informatisent, se complexifient. La « technologisation » non réfléchie et à outrance rend nécessaire une formation continue au cours d’une vie de travail, principe louable si les savoirs, à peine acquis, ne devenaient pas obsolètes.

    Avec APB, les conseillers d’orientation deviennent peu à peu de simples subalternes : les informations à propos des filières étant à disposition, l’élève n’a qu’à faire son tri lui-même, l’intervention du spécialiste se limitant à expliquer certains points de procédure peu clairs. Tout indique qu’on tend à remplacer le travail humain par un vulgaire algorithme déshumanisé. Avenir dangereux et terrifiant, les élèves les plus modestes seront laissés seul face à leurs choix, les conseillers d’orientation n’intervenant à la rigueur qu’auprès des étudiants dont les écoles ne veulent plus.

    Ce double mouvement de « technologisation-perte de savoir » s’accompagne d’un troisième : la privatisation. En effet la marque APB, bien que créée par le ministre de l’Education nationale, appartient au groupe de presse « Agence Education et Formation », détenue par Raymond Soubie, un ancien énarque, conseiller de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2010, proche de François Fillon, et qui s’était exprimé en faveur de la loi El Khomri au printemps dernier après avoir déclaré en 2012 qu’il fallait « toucher au montant des pensions de retraite ».

    Comme nous le rappelons, ceci n’est pas propre au domaine de l’orientation. Peu à peu, l'Education Nationale tend elle aussi à se privatiser et à devenir de plus en plus cher. Le soutien scolaire, les écoles privées, les écoles de commerce hors de prix, ou encore l’incroyable succès du site « Kartable », parrainé par Xavier Niel, dont les contenus (gratuits comme payants) sont néanmoins bourrés de fautes…

    Que faire ?

    Mettre en place un organisme public d'orientation démocratique des élèves et étudiants. Ce service permettra à chacun de profiter de la formation la plus large en fonction de ses aspirations, de ses capacités, d'en finir avec l'énorme gâchis de l'échec scolaire et universitaire et capable de déterminer le secteur d'activité où chacun pourra s'épanouir d'autant plus qu'il servira mieux la société.

     

    (Programme JRCF- volet éducation)

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