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Stratégie antifasciste et crise du néo-progressisme.

Stratégie antifasciste et crise du néo-progressisme.

 Les communistes français ont été assaillis de l'intérieur par l'idéologie post-structuraliste qui a agi de concert avec la théorie « totalitaire ». Cette double pression idéologique s'est réalisée de manière massive lors du mai 68 étudiant. Mobilisation estudiantine qui sous le sceau du plan Marshall ne fut que l'expression de classe de ces nouvelles couches moyennes désirant consommer sans entrave.

Ces dernières sont les agents propagateurs d'un gauchisme nouveau. Nouveau car son militantisme s'érige sur une masse de consommateurs et n'est plus seulement la dérive infantile de fractions révolutionnaires d'un parti ouvrier. Nouveau car dans la postmodernité son caractère « néo-progressiste » (entendons-nous, « néo » est toujours péjoratif) s'appuie sur une tradition philosophique anti-humaniste et n'est plus seulement la dérive romantique de quelques anarchistes. Ce nouveau gauchisme est le Moloch moderne dont le consumérisme infini est permis par le sacrifice rougeoyant des défenses ouvrières. Le néo-progressisme est donc la nouvelle forme idéologique du fétichisme marchand, le fossoyeur de la théorie marxiste et des fondamentaux universalistes de toute la gauche.

 

Étouffée par cette pseudo-entéléchie mercantile depuis la chute du mur et l'euro-mutation du PCF, les communistes sincères commencent à pouvoir parler haut et fort de lutte des classes organisée, propos qui hier étaient caricaturés par l'accusation de rouge-brunisme. Soulignons que cette porte de sortie intellectuelle est le fruit d'un long travail de guerre de position mené depuis presque deux décades par les militants du PRCF. Elle est aussi le fruit d'une crise épidémique s'ajoutant à une crise organique symbolisée par les glorieux gilets jaunes. Pour autant cette porte de sortie ne doit pas se transformer en gouffre. Nous, communistes, devons veiller à surveiller qui la prendra pour éviter qu'on ne nous la claque au nez et qu'un moment privilégié pour la guerre de position ouvrière ne se transforme en moment opportun pour l’extrême droite.
 

En effet, beaucoup de communistes, dans une démarche purgatoire et vengeresse, font du gauchiste aux cheveux bleus leur némésis absolue. Ils vont jusqu'à, comme les comptes Twitter de la « charlosphère », s'allier implicitement avec la droite réactionnaire afin de purger la menace « postmoderne ». Assurément par peur traumatique de ne pas être assez forts seuls contre une bourgeoisie décadente aux troubles auto-diagnostiqués...
 

Alors par un minimum de considération stratégique pour les intérêts populaires, nous devons faire attention à ce que notre guerre de position contre l'idéologie bourgeoise décadente et déclinante soit réellement efficace. Resserrons les rangs à gauche et crevons d'avance la roue de secours bourgeoise de sa propre décadence : le fascisme.

Il nous faut retrouver le sens d'un antifascisme rigoureux et combatif à la Joukov, achever celui des fils à papa métropolitains et réorienter l'antifascisme malheureusement idéaliste des Jeunesses Communistes. Pour cela nous devons affirmer les distinctions qui s'opèrent dans l'analyse du fascisme, lesquelles nous ont déjà permis de mener efficacement la résistance dans les moments les plus critiques de l'histoire européenne du siècle dernier. C'est donc au moment même d'une stasis politique et de l'éviction, à gauche, des fascisants néo-progressistes, que nous devons attaquer l'opportunisme des fascistes.

 

 

Si la menace réactionnaire nous paraît actuellement faible ou atténuée c'est par un manque cruel d'analyse concrète de la situation concrète de la part de nos camarades sociaux-démocrates du PCF.  Effectivement, déjà, comment un parti qui souhaite rester dans l'Union Européenne pourrait-t-il dénoncer sérieusement la fascisation croissante de cette structure supranationale ? Cela ne relève t-il pas de la démagogie crasse que d’être ferme envers les réunions en non mixité de l'UNEF, tout en réclamant de manière timorée une « Europe de la paix », alors que le parti communiste polonais est frappé par la répression et que les souverainetés nationales sont bafouées ? Alors que les néo-nazis pro-UE défilent massivement à Kiev sous le flambeau des oligarques et en l'honneur de Stepan Bandera ? Nous n'avons de posture politique et antifasciste que celle que nous permet nos buts. Les fadasseries de la gauche molle forment alors une gangue dangereuse où les réflexions politiques ne doivent pas s'étendre au-delà des démarcations prévues par la bourgeoisie.

Il est donc évident qu'un parti schizophrénique, anciennement révolutionnaire et aujourd'hui réformiste, nous ponde un concept aussi misérable sur le plan de l'antifascisme que celui de « l'étau identitaire ».
 

 Cette tenaille identitaire est une pure vue de l'esprit car en réalité rien ne nous force à suivre la ligne éditoriale du gouvernement macroniste, de génération identitaire ou encore des indigénistes. L'antifascisme doit être le produit d'une analyse matérialiste et non l’apanage d'un criticisme spectateur d'un jeu d'oppositions programmées. Ça n'est pas en confondant dans un schéma binaire et arithmétique (propre à l'iconographie caricaturale et la formation par le mème) le néo-progressisme et le fascisme classique dans une interdépendance spectaculaire que nous reprendrons le flambeau de Stalingrad. Nous assistons à une résurgence du bordigisme à l'heure ou la dialectique doit se faire saisir par les masses. La théorie de l’étau identitaire est une analyse quantitative qui fait fi de la complexité du réel et nie le saut qualitatif que représente le fascisme dans la répression du prolétariat. Je doute que l'on voie un jour les trans-spécistes ou bien les sorcières zadistes prendre d'assaut des syndicats à coup de baguettes magiques et de sex-toys BDSM... Une classe ouvrière affaiblie préfère avoir affaire à Alice Coffin plutôt qu'aux néo-nazis légalement armés du régiment Azov !
 

Les néo-progressistes se restreignent de fait à la guerre de position par leurs idéaux de désorganisation alors que les contre-révolutionnaires classiques, amis de l'ordre capitaliste, sont capables de mener une guerre de mouvement. Voilà la différence fondamentale entre ces deux forces bourgeoises. La classe dominante se réserve en effet le droit d'user tantôt des voies pacifiques au capitalisme tantôt de ses voies armées dans une perspective belliciste (contrairement aux prolétaires qui ne prennent les armes que pour se défendre).
 

Grâce à la victoire antifasciste du marxisme organisé par et pour la protection des peuples, les capitalistes ont été contraints de revenir aux voies pacifiques au capitalisme depuis la libération en France. Ils ont mené et mènent jusqu’à aujourd’hui, dans le cadre d'un État de droit, une bataille intellectuelle portée par les nouvelles couches moyennes contre l'humanisme et le marxisme. Pendant ce temps l'armée de réserve des voies bellicistes au capitalisme hiberne, et survit grâce à une pseudo guerre médiatique que les néo-progressistes lui offrent, chose que Mitterrand a su exploiter à ses fins (comme Macron en 2017) en la mettant sur le devant de la scène. En effet F.M en agitant la menace des Le Pen a créé un antifascisme électoral (auquel nous opposons l'antifascisme populaire et matérialiste) pour faire grimper les enchères de la peur et diviser la droite. Jeu dangereux, de la part d'un « vichysto-résistant », qui a pris en otage le vote populaire et dynamise toujours l’extrême droite enchaînée fictivement depuis les années 80.

 

 

Mais voilà qu'une épidémie mondiale advient et que les couches sociales diffusant le néo-progressisme se trouvent matériellement et politiquement menacées. Le jeune président « progressiste » de la start-up nation n'affiche plus un ton libéral-libertaire mais un discours libéral-autoritaire, il profite du choc sanitaire pour faire passer des lois au mépris des principes parlementaires, il annihile les libertés publiques et syndicales, il prolonge un État d’exception néo-libéral sous la houlette bienveillante de l'UE du capital. Pourquoi les ultra-riches se passeraient-ils de ce bâillonnement général de la population ? Pourquoi ne continueraient-ils pas la maximisation des profits ? Pourquoi devraient-ils maintenir l'idéologie capitaliste par les voies pacifiques du néo-progressisme alors que ses agents propagateurs estudiantins se suicident !? L'austérité plutôt que l’abondance, le capitalisme de la coercition totale plutôt que le capitalisme de la séduction partielle, devient l'option préférée de la classe dirigeante. Les ultra-riches ont tout intérêt à maintenir cet État d'exception, mais ils chercheront à le maintenir par d'autres moyens étant donné que le prétexte épidémique arrive à bout de souffle.

C'est dans le cadre de cette crise organique que l'idéologie néo-progressiste s'effondre sur les ruines matérielles et politiques qui l'ont engendrée. Face au ventre vide de la jeunesse et au bon sens populaire le gauchisme post-structuraliste devient désuet en tant que vecteur de l'idéologie dominante. Dans cet « inter-règne » le fascisme en sommeil peut se lancer à la rescousse opportuniste du capital avec des armes pour le défendre. C'est ce que proposent d'ailleurs nos généraux dans la tribune de Valeurs Actuelles en appelant à « rétablir l'ordre », chose qu'entend structurer politiquement l'opportuniste Marine Le Pen... En somme le fascisme latent devient fascisme létal.

Les nouveaux rapports de force accélérés par la crise épidémique peuvent donc tout changer, le spectacle de l'étau identitaire où les gauchistes seraient l'équivalent métaphysique des droitards est de facto une farce. Les contre-révolutionnaires classiques sont eux en mesure de s'extirper du spectacle de l'antifascisme électoral (par la force des armes) et y laisser pourrir leur jumeau pacifiste.
 

C'est ce scénario que souhaite voir advenir Bernard Lugan, royaliste patenté. Ce Lugan qui souhaite voir les néo-progressistes porter leurs derniers coups au progressisme de Rousseau et de Marx, avant de laisser place aux fascistes qui n'auront plus qu'à agir sans opposition politique sérieuse. Le néo-progressisme est en cela fascisant qu'il désorganise les classes laborieuses en ouvrant la voie à leur pire menace.

 

 

Le néo-progressisme est donc un ennemi réel mais pas absolu, le placer au même niveau qualitatif que l’extrême droite est une bonne manière de jouer au jeu de celle-ci et de le perdre. Tous ceux qui sont satisfaits de taper sur nos dégénérés libidineux sans entreprendre les distinctions charnières que nous avons exposées risquent d'être surpris par le cours des événements. Or il est du devoir d'une avant-garde et donc des militants communistes d’être prompts en période de crise pour protéger les intérêts des travailleurs. Je pense comme Debord qu'il « faut envisager le pire et combattre pour le meilleur ». C'est donc une possibilité qu'afin de pérenniser l'État d'exception sanitaire, des éléments de la fraction la plus réactionnaire de la bourgeoisie viennent en arme, appuyer un marché commun incontestable, sur fond d'idéologie euro-identitaire. Pour éviter cela les communistes (héritiers de la dialectique et du sens populaire) doivent se dresser face à cette extrême droite et à ces fossoyeurs libéraux-libertaires. En les traitant sur deux fronts séparés pour faire émerger de leur double négation différenciée un mouvement populaire-progressiste digne de susciter un espoir réel parmi les masses. Car nous devons conscientiser cette crise pour mener le néo-progressisme pathologique vers son déclin, sans faire l'impasse sur les rapports de force entre les différentes formes de stratégies bourgeoises ni nous mêler à des forces réactionnaires dont les buts nous menacent. Car notre guerre de position doit être menée au nom de la centralité de la classe ouvrière autour de laquelle doivent graviter les classes moyennes, lesquelles ont tout à gagner avec le marxisme et tout à perdre (la crise le prouve) en s’entêtant à défendre une idéologie bourgeoise.

Différencier, Combattre et Convaincre ! Tels sont les enjeux stratégiques de l'antifascisme actuel !

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