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Exode de la jeunesse antillaise : un problème lié à l’exploitation capitaliste

Exode de la jeunesse antillaise : un problème lié à l’exploitation capitaliste

Les élections territoriales battent leur plein à la Martinique et en Guadeloupe. Cependant, un phénomène récurrent et massif inquiète les élites locales et les journalistes : l’abstention chez les jeunes[1]. En effet, selon l’INSEE, en 2013, 37% des moins de 30 ans n’avaient pas voté à des élections[2]. Face à ce constat, on voit les candidats se tortiller pour tenter d’amener les jeunes à voter pour eux, à coups de (vaines) promesses électoralistes qui ne touchent que ceux qui veulent bien y croire.

Cependant, la jeunesse antillaise ne se laisse pas amadouer comme ça. En effet, dans ces territoires, le refus de voter– comme dans l’Hexagone d’ailleurs – s’explique concrètement par l’absence de perspectives d’amélioration de la vie quotidienne notamment à casue du chômage qui entraîne la migrationde la population. C’est un constat partagé par beaucoup, notamment par certaines associations d’aide aux jeunes, à l’instar du Forum Territorial de la Jeunesse Martiniquaise, qui a pris le soin de faire une lettre ouverte[3] aux politiques pour les élections présentes :

« (à l’adresse des candidats aux élections) Avez-vous eu l’occasion de  plonger votre regard dans celui de ceux qui partent ?

« Ils sont si jeunes, si nombreux, si résignés ; et si déçus de vous tous.

« Même s’ils portent au cou comme au cœur une Martinique en or, le départ a un arrière-goût de désillusion et de déception.

(…) « Que personne ne se fasse d’illusions, si les chiffres du chômage baissent, c’est uniquement parce qu’il y a plus de jeunes qui partent que de jeunes qui naissent dans une Martinique vieillissante. Pourtant, à grand renfort de presse distribuée dans toute la Martinique, un bilan synthétique et sous forme de dépliant jaune dresse un bilan bien verni de l’action de la CTM. Certes le service communication a bien pris le soin de rester factuel, et de présenter les réalisations de manière synthétique, pour autant les jeunes martiniquais n’ont aucune raison de sabrer le champagne.

(…)

« Cette mandature qui s’achève a connu les plus importants phénomènes de violence urbaines observés depuis des années. Une partie de la jeunesse s’est constituée pour faire entendre sa voix trop souvent méprisée. Qui pourrait aujourd’hui les blâmer ? »

37% de la population originaire de Martinique et de Guadeloupe de 15 à 65 ans vivrait en dehors de sa région d’origine. La plupart des jeunes partent à l’âge de 18 ans et ne reviennent pas. La majorité part pour deux raisons principales : le manque de possibilité de formations et la précarité grandissante du travail (et le chômage qui va avec).

C’est au demeurant un phénomène dont nous avions déjà parlé dans un article paru il y a un an déjà[4]. Nous avions alors évoqué ce long départ des jeunes guadeloupéens et martiniquais qui veulent étudier mais ne trouvent pas les formations suffisantes dans leur département. Voici ce que nous disions à l’époque :

« En 2012, l’Insee recensait 49 603 personnes âgées de 15 à 29 originaires de Guadeloupe venues s’installer en France. En 2017, 3 315 personnes inscrites à Pôle emploi ont bénéficié d’une formation en mobilité par l’intermédiaire de l’agence gouvernementale LADOM, chargée de mettre en place ce genre de parcours. Toutefois, ce genre de formations ne permettent uniquement de préparer des diplômes CAP ou Bac +2 et n’offrent donc l’accès à aucun poste hautement qualifié. Tout cela, sans compter les jeunes qui partent sans cet accompagnement. (…)

« Selon le Bureau International du Travail, la population active de Martinique est estimée à 153 000 personnes âgées de 15 ans ou plus, dont 27 000 de ces actifs sont au chômage. La population inactive représente 250 000 personnes dont 23 000 élèves, étudiants ou stagiaires en formation. En Guadeloupe, le nombre d’actifs de 15 ans ou plus (chiffres de 2017) s’élève à 158 000 avec 35 000 personnes au chômage. Leur nombre d’inactifs s’élève à 155 000 personnes. En 2018, le chômage se stabilisait en Martinique, mais restait plus élevé qu’en France pour la même période. Les premiers touchés par le chômage sont les jeunes de 15 à 29 ans (41%) : on constate une augmentation de 3% par rapport à 2017. En Guadeloupe, le chômage des jeunes apparaît en des termes similaires.

(…)

« Ce problème du chômage s’aggrave encore avec le départ en masse de la jeunesse pour la métropole, car cela permet au patronat – comme le dénonce le syndicaliste guadeloupéen Elie Domota – de justifier l’absence d’embauche et l’import d’une main d’œuvre immigrée. Il s’agit là d’une belle arnaque qui permet, dans les cas de grands travaux, de toujours payer à moindre prix les salaires bon marchés tout en assurant un maximum de profit. L’idée consiste à maintenir la population dans un état de dépendance par le chômage et par le sous-emploi. »

 

Toujours d’après l’INSEE, 95,6% d’entre eux rêvent d’un retour au pays, mais 72% ne le font pas car ils ne sont pas sûrs de trouver un travail convenable dans leur territoire d’origine. A ces problèmes s’ajoutent aussi des affaires retentissantes comme celle du Chlordécone, un pesticide jugé dangereux en France mais longtemps autorisés dans les plantations aux Antilles sous la pression des capitalistes monopolistes. Ce pesticide a  entrainé la mort de plusieurs personnes et la pollution durable de certaines terres[5]. Une affaire qui entraîne depuis plusieurs années des manifestations, des blocages et autres actions, y compris par de jeunes personnes, afin de faire condamner les empoisonneurs et faire payer l’Etat.

En tant que jeunes communistes, nous apportons notre soutien à toute cette jeunesse antillaise qui en a marre du sous-développement et de l’exploitation capitaliste. Son désir d’un avenir digne, sur son territoire d’origine, avec le plein emploi et une vie décente est tout à fait fondé et digne de combat ! Nous apportons aussi un salut fraternel à nos camarades du Parti communiste martiniquais et du Parti communiste guadeloupéen en pleine campagne électorale, malgré les aléas qu’ils peuvent rencontrer dans cette période[6] !

 


[1] « Paroles de jeunes : font-ils confiance aux politiciens ? », Guadeloupe la 1ère, 20/05/2021.

[2] « Exode massif des Antillais : les jeunes quittent le département et ne reviennent plus », Guadeloupe 1ère, 23/04/2021.

[3] « Dans le regard de ceux qui partent ». Lettre ouverte aux candidats à la CTM par Laurent Cypria, Président du Forum Territorial de la Jeunesse.

[4] « La France et le système colonial – l’exemple des Antilles françaises (3/3) : chômage de masse en Martinique et en Guadeloupe », Ambroise-JRCF, 17/03/2020.

[5] « Quand la France et des fabricants de pesticides empoisonnaient les Antilles », Bastamag, 14/09/2010.

[6] Voir la lettre du 12 mai 2021 du PCG à l’adresse de l‘ANG (autre organisation politique) suite à un dispositif anti-PCG dans une liste électorale.

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