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Raciser pour mieux régner: Les identitaires au service de la Contre-Révolution

Raciser pour mieux régner:  Les identitaires au service de la Contre-Révolution

“Sans le rétablissement de l'indépendance et de l'unité de chaque nation prise à part, il est impossible de réaliser, sur le plan international, ni l'union du prolétariat ni la coopération pacifique et consciente de ces nations en vue d'atteindre les buts communs”. 

“Le manifeste du Parti communiste”, F. Engels, Préface à l’édition italienne de 1893.

 

“En outre, on accuse les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit, en premier lieu, conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe nationalement dirigeante, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l'uniformité de la production industrielle et les conditions d'existence qui y correspondent. Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. En même temps que l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, l'hostilité des nations entre elles disparaîtra”.  Karl Marx, Manifeste du Parti Communiste.

 

“La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, bien qu'elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, en revêt cependant tout d'abord la forme. Il va sans dire que le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie”. Karl Marx, Manifeste du Parti Communiste.

 

Petite capture d’écran instructive sur le fait de savoir, au sujet des procès en nationalisme que subissent les communistes qui ont le mauvais goût d’être patriotes, “qui fait le jeu de qui”. (Il s’agit de Boris Le Lay, militant pour une Europe blanche, également régionaliste d’extrême droite sur la ligne Breiz-Atao, rendant hommage au PIR).

 

 

Marquée par un abstentionnisme électoral largement compréhensible, la classe laborieuse française est la cible marketing prioritaire de deux mouvances. Celles-ci participent à une mécanique subtile, aux airs de social engineering, qui consiste à produire différents types d’impasses au terme de détours sinueux, rivaux mais complémentaires. Ces deux dynamiques identitaires installent dans le pays, chacune à sa manière, une même synergie mortifère qui vise à neutraliser le front de classe. La première veut s’appuyer sur le ressentiment populaire pour asseoir un néo-nationalisme, quand la seconde, en croyant s’adresser aux masses, parle à elle-même, en sacrifiant l’édification du socialisme à son narcissisme groupusculaire. Nous parlerons donc ici de l’extrême droite “anti-arabe”, d’une part, et de l’identitarisme gauchiste, d’autre part.

Commençons par l’extrême droite. Pourquoi parler d’extrême droite “anti-arabe” ou, mieux, “anti-africaine”, et non pas “islamophobe”, comme on l’entend souvent ? C’est que, selon nous, le vocable même “d’islamophobie” est très mal employé et même dédouanant. Car ces “gens-là”, entendons par-là les militants de la racialisation du discours porté sur le fait religieux musulman, se moquent bien du Coran, des hadiths, de la théologie islamique, ses auteurs, son histoire et du reste. La vérité crue des prétendus “islamophobes” est qu’ils n’aiment tout simplement pas les arabes et les noirs. Ajoutons que ceux qui, hier, soutenaient les freedom fighters de l’intégrisme antisoviétique sont les néo-conservateurs d’aujourd’hui. Il ne faut donc pas prêter la moindre subtilité à de tels démagogues aux crocs longs, ni leur suspecter des intentions supérieures : leur nullité racialiste se suffit à elle-même. Il faut nous prémunir de dédouaner cette nullité au moyen d’un vocabulaire psychologique et médical qui pourrait suggérer qu’il soit possible, au terme d’un traitement (et quel traitement !), de soigner la “phobie” dont il est question.

 En outre, que l’idéologie dominante, qui ne s’inquiète jamais du séparatisme de la classe capitaliste, identifie l’arabité à l’Islam est une chose, mais que l’on se soumette à ce discours en adoptant ses bornes absurdes en est une autre.

Par ailleurs, “l’islamophobe”, le plus souvent, n’a pas peur de l’Islam. Celui-là n’éprouve pas une crainte irrationnelle et paniquée de l’Islam. Il se contente juste d’identifier le terrorisme à l’islam, l’islam à la délinquance et la délinquance à l’immigration. Parvenu au terme de cette pensée extraordinairement complexe, il secoue cet ensemble dans un même bocal confus qui lui fait office de grille de lecture, et s’en satisfait. En bonne logique, on ne peut donc pas qualifier ce genre de raisonnement a-historique, chaotique et en serpentins de “phobie”. On est dans le choix du préjugé, un choix de salopard qui renonce, sciemment et intentionnellement, à réfléchir le problème, pour s’épargner la douloureuse peine de penser. On pourrait m’objecter qu’on ne devient pas raciste par caprice et que, à ce titre, bon nombre de ceux qui le deviennent évoquent souvent un vol, une agression, ou quelque autre expérience de ce genre, comme étant à l’origine de leur ressentiment envers les étrangers (ou ceux qui sont suspectés de l’être). Pour notre part, il ne s’agit pas de nier que les violences à la personne forment une plaie que vient surinfecter le communautarisme ethnique. Seulement, aussi terrible soit-elle, une anecdote traumatique, racontée au terme d’une agression, n’est pas un argument politique. Autrement, les opinions changeraient au fil des traumas et cette girouette des souffrances serait notre seule boussole. Et dans de telles conditions, le pays deviendrait une maison de fous (ce qui est en bonne voie d’advenir).

 

On peut comprendre que celui qui subit un épisode personnel d’une grande violence, en se heurtant à notre refus de le généraliser, puisse se sentir insulté et dépossédé de son expérience vécue. Mais on ne fait pas de bonne politique avec de l’émotionnel pur. En outre, si on demeure au niveau de la plus stricte intersubjectivité, ou du parcours biographique personnel, tout le monde a ses raisons. En effet, on n’est pas ce que l’on est, ce que l’on fait et ce que l’on dit par hasard, et sans causes, que l’on soit djihadiste ou skin-head. Mais il est tout bonnement élémentaire de voir qu’il ne suffit pas d’avoir ses raisons pour avoir raison.

La cruelle absence de matérialisme dialectique ne se souligne jamais davantage que lorsqu’il importe de produire une analyse globale de la tragédie qui découle, par exemple, de la gestion capitaliste des mouvements de populations. Dans la logique marchande, l’immigration ne charrie jamais que des ressources humaines. Et donc, quand on refuse une nécessaire transition communiste, il faut tenir compte de toutes les conséquences que produit la logique du marché: réduction de l’existence humaine à une ressource, trafic d’êtres humains, guerre de tous contre tous, misère généralisée et esclavage moderne.

Cela en tête, on peut approcher l’extrême droite institutionnelle, le “Rassemblement National” et ses satellites, avec plus de circonspection. Le RN est un monument d’opposition autorisée et subventionnée qui, demain, sera sans doute en première ligne pour défendre le règne du profit bien ordonné. Au terme d'un Œdipe pitoyable et obscène, Marine Le Pen y a liquidé son père, le menhir reaganien. Cela fait, appuyée dans son opportunisme par les événements de 2008, elle s’est mise à réorganiser sa boutique, pour traquer sur les terres des anciennes banlieues rouges. Ce qu’elle fit de façon implacable, à gros coups de rhétorique souverainiste et de diverses propagandes néo-chevènementistes.

A l’époque, cela fut notamment possible grâce au secours de son caporal Philippot. Mais patatras! Aux dernières présidentielles, il a suffi que Nicolas Dupont Aignan, jeune catin du RPR et vieille bigote de l’extrême droite, vienne traîner ses 4,70% auprès des gars de la Marine pour que ceux-ci abandonnent, sans le moindre commentaire médiatique, la sortie de l’Euro. Quelle intransigeance idéologique ! Et quelle surprise !

Actuellement, Marion Maréchal Le Pen, elle, a le vent en poupe, et cite Gramsci. Au terme d’un entretien laborieux, un certain rappeur d’extrême droite [dénommé “canine pâle” ou “molaire laiteuse”[1]] croit judicieux de citer Marx, et “l’armée de réserve”. Le spectre du communisme hante-t-il l'extrême droite ? Non, rassurez-vous. C’est seulement lorsque cela va dans le sens de leur opportunisme anti-oriental.

 Contrairement à eux, il ne faut jamais perdre de vue le traitement capitaliste du fait migratoire, dans son intégralité. Le sujet est immense à traiter mais, à seul titre d’exemple, et pour illustrer la complexité du problème, nous avons récemment été informés par le “Média” sur le destin d’un immigré, qui fut employé par les forces de l’ordre comme auxiliaire de police et de renseignement. En effet, celui-ci fut instrumentalisé par la police pour faire du renseignement dans un campement de Gilets-Jaunes, tout en étant soumis à un odieux chantage au logement et à l’expulsion. Cela fait certes partie du jeu des luttes, et dévoile un secret de polichinelle. Mais, pour revenir à l'immigration, on voit bien les proies faciles qu'elle amène dans notre pays, et son utilité pour un pouvoir qui nourrit la racisation pour mieux régner.

Alors, si l’extrême droite n’a rien à dire sur les violences policières exercées dans les quartiers populaires, que répond-elle quand la police fait chanter des immigrés, dans le but avoué d'infiltrer la lutte sociale ? Qu’en a à dire l’extrême droite idolâtre de l’uniforme ?

Reste les identitaires gauchistes. Identitaires, ils le sont, car ils raisonnent au moyen de catégories ontologiques qui ne doivent rien, sinon en dernier ressort et de façon résiduelle, à la classe sociale.

Telle qu’ils la présentent, la “Blanchité”, liée au “privilège blanc”[2] est une structure de domination invariante qui échappe à l’évolution des modes de production. Lorsque l’on recherche une définition de la “blanchité”, on peut lire que parmi les 13 données qui caractérisent prétendument ce “concept”, Judith Katz (auteure de seconde zone qu’il n’est pas utile de lire ou de connaître) identifie notamment “une forte valorisation de la richesse, une identification de l'individu avec son travail, un respect de l'autorité”[3]. Ce genre de définition est d’un flou et d’une absence de scientificité totale. A la suivre, il n’y a pas de respect de l’autorité et d’identification de l’individu avec son travail au Japon, en Chine ou en Afrique ?

 Tout récemment, certains de ces militants de la diversion identitaire ont même cru intelligent de réserver le lynchage exclusivement aux noirs, en instillant en permanence la division au sein des exploités. Les mêmes, du fait d’une fascination outre-atlantique, s’extasient sur Kamala Harris à partir des seuls critères de son sexe et du degré de pigmentation de sa peau. On est atterrés quand on apprend que les projets géopolitiques de cette dernière[4] sont autant réactionnaires et belliqueux que ceux de Trump, parfois même davantage (ce qui n’est pas peu dire !). 

Ces jeunes rebelles se souviennent-ils du marxiste Paul Robeson, de son engagement internationaliste auprès des mineurs anglais et du prolétariat européen (“Ne sommes-nous pas tous noirs dans la fosse ?” entend-on dans le film “The Proud Valley” où il figure, en 1940) ? Et Malcom X, assassiné avec la bénédiction du FBI par les intégristes de Nation of Islam (avec la complicité de l’ignoble Louis Farrakhan), tout en oeuvrant à l’unité des noirs américains et à leur organisation indépendante, n’a-t-il pas dit qu’ “Il faut reconnaître tout être humain en tant qu’être humain, sans chercher à savoir s’il est blanc, noir, basané ou rouge” ? Alors, Malcom X coupable d’aveuglement à la couleur ? On ne peut que recommander à tous ces gens de relire les discours de Thomas Sankara en ajoutant l’ouvrage de Stanislas Spero Adotevi, son ami et conseiller, qui, dans “Négritude et Négrologues”, paru en 1972 (!), décortiquait déjà les enfermements ontologiques portés par les thuriféraires de “l’âme noire”. Car ces derniers sont souvent, en pratique, les pires laquais de l’impérialisme et du néo-colonialisme.

Avant de conclure, une question, toutefois, demeure entière. Que faire face aux chapelles identitaires ? Et comment organiser la résistance à leurs sirènes ?

Aujourd’hui, en France, et face au contexte que nous affrontons, l’avenir de la classe ouvrière devrait se réfléchir et se préparer en une politique plébéienne, communiste, républicaine et laïque.

Sortir du paradigme identitaire passe par l’instauration d’une république socialiste et prolétarienne qui doit cultiver l’esprit de résistance et son penchant logique, le patriotisme. Celui-ci, si injustement décrié de nos jours, doit être nourri par une éducation civique et populaire au Bien Commun. A ce sujet, on peut balayer les objections effrayées des gauchistes allergiques au drapeau français, car ceux-là sont dans une stricte posture idéologique, qui leur sert de prétexte pour expier leurs névroses identitaires et leurs culpabilités de classe (sans avoir d’ailleurs aucun problème à communier dans la haine du drapeau tricolore aux côtés des pires royalistes).

Le communisme est le seul horizon à même de préparer et permettre enfin le partage des richesses et l’émancipation de la classe ouvrière. Celui-ci se situe dans une perspective internationale de développements croisés des nations qui contribuent, chacune avec son génie spécifique, à l’édification d’un génie humain universel. Car si l’on continue avec pertinence à évoquer une classe ouvrière, c’est au sens de ce qu’elle génère, de son génie civil, industriel et scientifique. C’est la classe de ceux qui sont à l’ouvrage, qui œuvrent et labourent le champ du réel, et dont les efforts conjugués sont la plus puissante force motrice du processus de civilisation.

Face au génie ouvrier, la mode des identités paraît bien dérisoire. Que les luttes d’aujourd’hui, et de demain, les fassent voler en éclat. Qu’on respire. Et bon débarras.

 

Benjamin Le Louarn

 

 

[1]L’entretien dont il s’agit peut être visionné ici, il a le seul mérite d’être instructif sur les représentations du néofasciste de base:  https://www.youtube.com/watch?v=hTEs-vuxSWI

[4] Voir l’article du site Investig’action, “Quelle politique étrangère pour la nouvelle Vice-présidente”.

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