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100 ans du Congrès de Tours : Fernand Loriot

Fernand Loriot est né le 10 octobre 1870 et mort le 12 octobre 1932. En 1901 il adhéra au Parti socialiste français. En 1906, il rejoignit la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs (FNSI, affiliée à la CGT). Il en devint, en 1912, le trésorier (congrès de Chambéry, 15-17 août 1912) et fut élu à son conseil fédéral. En 1914 il fut élu délégué pour le congrès de la CGT prévu en septembre, qui n’eut pas lieu en raison de la guerre.

En 1914, il céda en premier lieu comme Cachin à l’Union sacrée avant de se reprendre en 1915. Accentuant son action au sein du Parti socialiste, il fut chargé par ses camarades de la Fédération de maintenir le contact avec le petit noyau de militants, dont Pierre Monatte, qui, depuis août 1914, résistait à l’élan guerrier. Délégué au congrès socialiste de décembre 1915, il y critiqua l’Union sacrée, demanda la fin de la participation au gouvernement, et défendit les orientations adoptées par la Conférence de Zimmerwald de septembre 1915. Début 1916, Fernand Loriot participa à la création du Comité pour la reprise des relations internationales dont A. Merrheim et A. Bourderon étaient les secrétaires. Dans le courant de l’été, il rédigea au nom du CRRI une brochure intitulée : « Les socialistes de Zimmerwald et la guerre ». Il y dénonçait les « socialistes-nationalistes », « l’inconséquence » de la minorité longuettiste, et défendait les positions zimmerwaldiennes qui considéraient la défense nationale comme non socialiste. En décembre 1916 il participa de nouveau au congrès socialiste, préconisant de voter contre les crédits de guerre et appelant à des pourparlers de paix immédiats. En 1917, il eut un premier entretien avec Lénine, puis avec Angelica Balabanov et Robert Grimm et perçut alors les différences entre les courants d’idées représentés dans le mouvement zimmerwaldien.

Logiquement après la création de la IIIe Internationale, Loriot et ses camarades transformèrent, le 8 mai 1919, le CRRI en Comité de la IIIe Internationale. Dès lors, Loriot, secrétaire du comité, fut le leader des ex-zimmerwaldiens dont l’audience augmentait rapidement à l’aile gauche du Parti socialiste. Au congrès socialiste de Strasbourg (25-29 février 1920), les partisans de l’adhésion à la nouvelle Internationale, regroupés derrière la motion Loriot, étaient en forte croissance mais non encore majoritaires ; la transformation du Parti socialiste était retardée. A la suite d’une conversation tenue peu avant ce congrès avec Boris Souvarine, Loriot participa fin février au lancement du Bulletin communiste, auquel il collabora, en signant avec Boris Souvarine et Pierre Monatte l’éditorial du premier numéro saluant le premier anniversaire de l’Internationale communiste. En mai, avec les grèves de cheminots qui éclatent, le gouvernement lance des inculpations pour un prétendu « complot » : les trois secrétaires du Comité de la IIIe Internationale, Loriot, Monatte et Souvarine furent arrêtés et incarcérés à la Santé. Durant son emprisonnement, Loriot écrivit ses articles dans la presse socialiste sous le pseudonyme « Flory ». Il est surnommé durant cette période de « secrétaire emprisonné » de la Troisième Internationale.
Lors du congrès de Tours (décembre 1920), Fernand Loriot était donc absent mais durant tous ces mois de détention, il put suivre et diriger, comme Souvarine, le travail des partisans de l’IC. Loriot participa à la rédaction de la motion majoritaire à Tours, dont il fut le premier signataire ; son adoption entraîna la scission de la SFIO et la formation de la Section Française de l’Internationale Communiste (SFIC).

En janvier 1921, il fut élu par la SFIC membre du Comité directeur chargé du secrétariat international.

 

Le procès du « complot » s’ouvrit devant la cour d’assises de la Seine en février 1921. Acquitté, comme tous les autres accusés du « complot », il fut libéré le 17 mars 1921 après dix mois de prison préventive. En février, le Comité directeur le présenta, en compagnie de Souvarine, aux élections législatives dans le deuxième secteur de Paris. Au premier tour (27 février) Fernand Loriot obtint 32 957 voix, puis au second 58 000 voix, mais fut battu par le candidat du Bloc national (70 000 voix). Quelques semaines plus tard, Fernand Loriot fit partie de la délégation française au IIIe congrès de l’Internationale communiste (juin-juillet 1921). Lénine lui manifesta sa considération en déjeunant seul avec lui dans la grande salle commune. Loriot fut l’un des cinq coprésidents du congrès, aux côtés notamment de Zinoviev, mais il refusa d’intégrer la direction de l’Internationale.

Malheureusement, il sera de ladite opposition de gauche (avec Souvarine) qui refusera la bolchévisation du Parti demandée par l’Internationale communiste à partir de 1924. Il critiquera (ce n’était déjà pas original à l’époque) la bureaucratisation, la nouvelle direction du Parti Communiste et des envoyés de l’Internationale Communiste. A noter que malgré ses critiques répétées de l’organisation du Parti, il ne fut pas exclu : il décida seul en 1926 de ne pas reprendre sa carte.

Devenu proche des positions trotskistes et critiquant l’URSS comme n’étant ni socialiste ni soviétique, il finira même par prôner un syndicalisme révolutionnaire détaché de l’organisation politique - une sorte d’indépendance totale des syndicats. Cette idée, qui est présente aujourd’hui, est donc loin d’être neuve. Finalement, il considéra même à l’instar de certains anarchistes que le syndicat doit être coupé de tout lien politique.

 

Malgré la fin de sa carrière politique vécue dans un gauchisme décomplexé, on doit tout de même à Fernand Loriot un militantisme anti-guerre durant la boucherie de 14-18, ainsi que son rôle actif - bien qu’ironique aux vues de ses positions ultérieures - dans l’adhésion du nouveau PCF à la Troisième Internationale. Les années ont passé, et si nous ne pouvons décemment reprendre l’héritage politique des derniers moments de sa vie, rendons tout de même un hommage critique à ce militant communiste.

100 ans du Congrès de Tours : Fernand Loriot
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