Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
JRCF

Sur la situation politique au Liban

- La situation libanaise vient de connaître ces derniers jours plusieurs rebondissements, qui n’ont fait qu’approfondir encore un peu plus la crise très profonde que le Liban traversait déjà : de catastrophique, la situation est devenue chaotique (voir l’article suivant pour situer le contexte qui précédait l’incident d'août : http://jrcf.over-blog.org/2020/07/la-crise-libanaise.html ).

 

- Au soir du 4 août, un dépôt de nitrate d’ammonium a explosé sur le port de Beyrouth, causant la mort de 171 personnes, en blessant 6000 autres[1] et en provoquant d’incalculables dégâts matériels[2]. Le Hezbollah a immédiatement été accusé par certains, sans aucune preuve, d’être à l’origine de cette explosion. Pourtant, selon nos camarades libanais, ce dépôt était présent depuis près de 7 ans lors de l’explosion : « Pour comprendre ce qui s’est passé ce « Mardi noir », il nous faut remonter le temps et revenir sept ans plus tôt. En effet, en 2013, le « Rhodus », un bateau géorgien loué par un « homme d’affaires » russe, transportait une cargaison de nitrate d’ammonium vers le Mozambique ; en route, et pour cause de « problèmes techniques », ce bateau fut obligé d’accoster dans le port de Beyrouth… Après onze mois, et le refus de l’acheteur de reprendre à ses frais l’acheminement de la cargaison vers le Mozambique, l’équipage fut libéré et la cargaison saisie par les douanes qui l’ont transportée à terre et placée dans l’entrepôt portant le numéro 12 sans aucune des précautions nécessaires, vu les caractéristiques du produit[3] ! ». La thèse de l’accident par négligence et incompétence criminelles des gouvernements successifs depuis 2013 semble donc à ce stade-là plus probable, même si d’autres pistes ne sont pas à exclure. Comme s’en est défendu Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah : « Nous connaissons mieux le port de Haïfa, que celui de Beyrouth, dans le cadre de l'équilibre de terreur avec l'ennemi israélien[4]. »

 

- S’ajoutant au mécontentement structurel, persistant et ouvert depuis octobre 2019, cette catastrophe est retombée en grande partie sur le gouvernement Diab, un universitaire qui se revendique « technocrate » et « apolitique », ce qui a déclenchée la manifestation de la folle soirée du samedi 8 août[5]. Après une manifestation classique sur la place des Martyrs, des heurts ont éclaté entre les manifestants et la police, celle-ci décidant de répliquer aux gaz lacrymogènes et aux tirs à balles réelles, causant 233 blessés parmi les manifestants. Puis, vers 19h, des manifestants, menés par des officiers à la retraite, ont pris d’assaut le ministère des affaires étrangères, et l’ont occupé durant plusieurs heures, en y apposant les banderoles contenants les slogans suivants : « Beyrouth, ville sans armes » (slogan anti-Hezbollah), et « Beyrouth capitale de la révolution ». Puis, après avoir incendié un Virgin Megastore, des manifestants sont entrés au siège du ministère de l’économie, et dans celui de l’association des banques du Liban, afin de l’occuper et/ou d’y mettre le feu, en détruisant au passage le mobilier. Ce fût ensuite le tour du ministère de l’Environnement et de celui de l’Énergie a être pris d’assaut par les manifestants. Les manifestants ont tous été évacués dans la soirée par la police et l’armée. C’est donc pas moins de 4 ministères et l’Association des Banques du Liban qui ont été pris d’assaut par les manifestants.

 

- Les conséquences politiques d’une telle manifestation ne se sont pas fait attendre : dès le soir du 8 août, le premier ministre Hassan Diab a annoncé la tenue d’élections législatives anticipées, annonçant être prêt à rester au pouvoir le temps d’organiser les élections sous deux mois. Puis, devant la cascade de démissions enregistrées au sein du gouvernement et du Parlement, Hassan Diab a annoncé sa propre démission et celle de son gouvernement le 10 août[6]. Au 18 août, aucun gouvernement par intérim n’a encore été trouvé[7]. A ce jour, l’opposition souhaite un gouvernement « neutre », et composé de technocrates pour régler les questions d’économies souhaitées par le FMI. A cela, le Hezbollah (et ses alliés au pouvoir, le Amal et le CPL) répond : « Nous considérons qu’il n’y a pas de personnalités neutres[8] ».

 

- Le débat de fond au Liban porte ici sur la question de la « neutralité » : le Liban peut-il être neutre dans le jeu politique international[9] ? Pour le bloc pro-syrien (Hezbollah, Amal, Courant Patriotique Libre et Parti Social-Nationaliste Syrien), la réponse est non[10] : Le Liban est engagé dans les questions de géopolitiques internationales et régionales, que ce soit en Syrie, ou dans la question de l’impérialisme israélien. Adopter la « neutralité », signifie en réalité se soumettre à l’impérialisme israélien et américain, et renoncer à toute résistance, y compris en acceptant le désarmement du Hezbollah. Pour le bloc anti-syrien (Courant du Futur, Parti Socialiste Progressiste, Forces Libanaises et ses alliés) et l’Église maronite catholique, la « neutralité » doit pouvoir permettre de « sauver l’État libanais », en plaçant le Liban dans une position de surplomb vis-à-vis des conflits régionaux[11]. Inutile de dire qu’il s’agit au mieux d’un doux rêve, au pire d’une hypocrisie pour mieux se soumettre à l’impérialisme israélien, américain ou français.

 

- Quel est donc le rapport de force au niveau national à l’heure actuelle ? Tout d’abord, la tenue d’élections anticipées va focaliser l’attention sur les forces institutionnelles. De plus, les forces non-institutionnelles sont à l’heure actuelle trop faibles pour peser sérieusement dans la balance. Les manifestants sont pour l’instant incapables de se doter de leur propre force politique, qu’elle soit un parti ou même un simple « mouvement » horizontaliste ; de plus, ils sont incapables de définir une position claire à tenir vis-à-vis du Hezbollah : ils sont partagés entre le fait de le conspuer en le mettant au même rang que tous les autres partis[12], et le fait indubitable que nombres de militants de la base du Hezbollah ont pris part au mouvement de protestation. Par ailleurs, le syndicalisme est aujourd’hui plus que mal en point : la centrale syndicale hégémonique, la CGTL, ayant suivie un chemin de collaboration de plus en plus ouvert avec le patronat, seuls 5 à 7 % des travailleurs libanais sont aujourd’hui syndiqués[13].  Quant au Parti Communiste Libanais (PCL), la guerre civile, la concurrence meurtrière du Hezbollah, la période gorbatchévienne et la liquidation de l’URSS l’ont terriblement affaibli (il ne dispose pour l’heure plus d’un seul député), et la tendance réformatrice (type « PCF-PGE ») y est puissante, même si elle ne domine pas.

 

- Il faut donc absolument faire un tour d’horizon des forces politiques institutionnelles en présence, afin de pouvoir appréhender au mieux le rapport de forces. Tout d’abord, la confessionnalisation généralisée des partis (à part pour de rares exceptions, comme le PCL ou le PSNS) entraîne une conséquence logique : pratiquement aucune force politique n’exprime de façon « pure » une position de classe, mais toutes n’expriment qu’un compromis de classe plus ou moins défavorable au prolétariat de la communauté concernée.  Autre conséquence qui en découle : aucun parti ne peut prétendre au pouvoir seul, puisque l’équilibre démographique des communautés est tel qu’elle empêche tout hégémonie de l’une d’entre elles. Dernier élément à noter pour les élections : le scrutin n’est pas à la proportionnelle (c’est d’ailleurs une des revendications majeures du Hezbollah, du PCL et d’autres partis), ce qui entraîne un déséquilibre parlementaire majeur. Pour ne prendre qu’un seul exemple, le Hezbollah a enregistré près de 300 000 voix aux élections de 2018, et seulement 13 députés, alors que le CPL, qui n’a fait que 142 000 voix (soit deux fois moins), a obtenu 18 députés (soit 40 % de plus). La distorsion infligée au vote populaire par un système électoral compliqué est donc énorme, et ne peut que compromettre à terme toute issue par la voie institutionnelle.

 

- Depuis 2008, la vie politique libanais est structurée par l’antagonisme entre deux blocs, antagonisme qui n’a fait que se renforcer avec la guerre syrienne de 2011 : grosso modo, les « pro-syriens » (Hezbollah, CPL, Amal, PSNS, PCL) et les « anti-syriens » (CF, FL, PSP). Les seconds ont remporté les élections de 2008, et les premiers sont revenus au pouvoir depuis 2018.

- Le Courant du Futur (CF), est un parti sunnite anti-syrien, dirigé par Saad Hariri, le fils du riche homme d’affaire libano-saoudien Rafiq Hariri. Il s’agit d’un parti libéral, « pro-business », et très favorable à l’impérialisme, tant français qu’américain, du fait de leur proximité avec les milieux saoudiens, et qui prône une politique plus que conciliante vis-à-vis d’Israël et de son impérialisme belliqueux. Il s’agit d’un parti assez fort, et hégémonique dans le bloc anti-syrien. Il est aujourd’hui le seul parti sunnite d’envergure. Résultats aux dernières élections : 256 000 voix, et 20 sièges.

Les Forces Libanaises (FL) sont un parti maronite, fondé par Bachir Gemayel, et mené à aujourd’hui par Samir Geagea. A l’origine, il s’agit d’un pur parti d’extrême-droite, farouchement anti-communiste, revendiquant une filiation avec les phalangistes franquistes. Aujourd’hui, il s’agit d’un parti ultra-anti-syrien, et plus que conciliant avec Israël. Il s’agit sans aucun doute du parti d’envergure le plus à droite de l’échiquier politique libanais.  Résultats aux dernières élections : 162 000 voix, et 15 sièges.

Le Parti Socialiste Progressiste (PSP) est un parti druze, mené par Walid Joumblatt, et qui adopte un positionnement ouvertement centriste et social-démocrate. Il fait aujourd’hui partie du bloc anti-syrien, mais son positionnement est plus que volatile. Résultats aux dernières élections : 88 000 voix, et 9 sièges.

- Le Courant Patriotique Libre, maronite, mené par l’ancien général Michel Aoun. Parti conservateur et plutôt à droite économiquement, il est le seul parti chrétien pro-syrien d’envergure, et hostile à l’impérialisme israélien. La carrière de l’ex-général Aoun pourrait paraître à plus d’un comme un paradoxe à elle toute seule : anti-syrien farouche dans les années 80-90, il est devenu un fervent soutien du régime syrien depuis le courant des années 2000, au point d’être aujourd’hui le plus grand allié du Hezbollah. Ce qui n’a en revanche pas varié, c’est son hostilité à la bourgeoisie d’affaire sunnite, dont il est un des adversaires les plus résolus. En effet, la Syrie de Hafez el-Assad a, en 1989 lors des accords de Taef, appuyé le changement constitutionnel visant à donner plus de pouvoir au premier ministre (sunnite selon la constitution), au détriment du président (maronite selon la constitution)[14]. Mais dès les années 2000, les partis sunnites deviennent les plus fervents opposants à la Syrie de Bachar el-Assad : le retournement est complet, ce qui explique le manque de lisibilité de la vie politique libanaise de ces années-là. Résultats aux dernières élections : 276 000 voix, et 29 sièges.

- Le Amal est un parti chiite dirigé par Nabih Berri, et issu de la guerre civile, dont le Hezbollah est une scission historique. Le motif de la scission est dû à la décision du Amal de participer en 1982 à un gouvernement d’union nationale avec le phalangiste Bachir Gemayel, liquidant ainsi la résistance libanaise à l’envahisseur israélien au sud du Liban. Il s’agit donc d’un parti très fluctuant et peu fiable sur les questions d’anti-impérialisme. Il a tendance à attirer les franges les plus à droite économiquement et les moins anti-impérialistes de la bourgeoisie chiite. Il fait toutefois partie du bloc pro-syrien, de par sa nature confessionnelle. Résultats aux dernières élections : 204 000 voix, et 16 sièges.

- Le Parti Social-Nationaliste Syrien, est un parti présent tant au Liban (dans le bloc pro-syrien) qu’en Syrie (dans le Front National Progressiste aux côtés du Parti Baath et des deux Partis Communistes Syriens). Il s’agit aujourd’hui d’un parti de type « populisme de gauche », et farouchement anti-impérialiste. Il est l’un des rares partis laïcs au Liban. Il possède une forte base militante, tant au Liban qu’en Syrie, et une branche armée. Bien que fondé dans les années 30 sur des bases fondamentalement anti-marxistes (négation de la lutte des classes), il se retrouve aujourd’hui souvent dans les luttes sur des positions proches des partis communistes syriens et libanais. Résultats aux dernières élections : 23 881 voix, et 3 sièges.

Et enfin, le fameux Hezbollah, parti chiite proche de l’Iran des Ayatollahs, premier en termes de votes populaires, et fer de lance du bloc pro-syrien. A l’origine, il s’agit d’un parti de résistance à l’occupant israélien, né durant la guerre dite « civile », dont la particularité est d’avoir repris en 1982 le flambeau laissé à terre par le Amal de mouvement chiite intransigeant avec l’occupant, ce qui explique son succès, qui déborde très largement les seules populations chiites libanaises. Enfin, sa branche armée est incontestablement la plus puissante du Liban. Historiquement, elle collabore souvent avec les branches armées du PSNS et du PCL (même si les rivalités entre ces partis ont pu aller largement jusqu’à faire couler le sang dans le passé). Le positionner sur l’échiquier politique est plus que délicat : son anti-impérialisme déterminé et inscrit-dans son ADN le positionne plutôt à gauche, d’autant qu’il le conduit souvent à des alliances avec des partis de gauche (PSNS, PCL), alors que son ultra-confessionnalisation le classerait plutôt à droite. En fait, il faut bien voir que la concurrence du Amal le prive des branches les plus libérales et atlantistes de la bourgeoisie chiite, ce qui le déporte mécaniquement sur des positions plus sociales. Comme tout parti confessionnel, il prône nécessairement des positions de conciliations des antagonismes de classes, mais la très forte proportion de prolétaires parmi les chiites instaure mécaniquement un rapport de force qui leur est moins défavorable que dans d’autres partis, d’autant plus que le Amal, haï par la base du Hezbollah, attire les franges les plus réactionnaires et les moins partisanes de la résistance à Israël de la population chiite. Beaucoup de commentateurs ont décrit le Hezbollah comme le principal perdant de la crise qui dure depuis plusieurs mois, mais cela mérite d’être nuancé : le Hezbollah ne semble pas atteint dans ses bases mêmes, mais attire plutôt l’hostilité de plus en plus agressive des parties de la population anti-syriennes[15] ; et par ailleurs, il reste un parti, qui malgré son titre de premier parti du Liban en termes de voix, est très peu intégré au jeu institutionnel. Il ne dispose d’aucun ministre dans le gouvernement actuel[16], et la présidence du parlement, qui doit être assumée par un chiite, est depuis longtemps acquise au Amal, bien que celui-ci pèse moins en termes de voix. Sa principale contradiction actuelle vient du fait que sa base sociale était très impliquée dans les manifestations de 2019-2020, et que la direction maintenait son soutien législatif au gouvernement en place, alors que les manifestants réclamaient la démission du gouvernement. Pour un parti confessionnel, ce type de contradictions est inévitable, car il doit concilier en permanence les intérêts de sa base populaire et ceux de la partie de la bourgeoisie qui le soutient. Toute la question est bien entendu à chaque fois de savoir si la conciliation tient, ou craque.

Bref, les jeux ne sont pas faits, et nombreux sont ceux qui, prenant leurs désirs pour des réalités, voudraient vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué[17]… D’autant que le 18 août, le Tribunal Spécial pour le Liban, chargé de juger l’assassinat de Raffiq Hariri en février 2005, a rendu un jugement qui apparaît aux yeux de tous comme une victoire politique du Hezbollah et de la Syrie : « La Syrie et le Hezbollah ont peut-être eu des motifs d'éliminer M. Hariri et ses alliés politiques, mais il n'y a aucune preuve que les dirigeants du Hezbollah aient été impliqués dans le meurtre de M. Hariri et il n'y a aucune preuve directe de l'implication syrienne[18] ». Il s’agit incontestablement d’une victoire pour le Hezbollah et la Syrie, et d’un camouflet pour le Courant du Futur de Saad Hariri[19].

 

- La suite des événements apparaît donc comme hautement incertaine, et dépendra avant tout de l’équilibre des forces géopolitiques au Liban, et de la capacité du prolétariat libanais de s’organiser de façon autonome et indépendante. Les résultats des élections seront de toutes façons hautement instructives. Pour elles, tout dépend aujourd’hui du calendrier qui sera choisi, du gouvernement par intérim qui sera nommé, et du confinement total qui sera mis en place du 21 août au 6 septembre pour lutter contre la Covid 19[20].

 

Victor-JRCF

 

[2]Quiconque est déjà allé à Beyrouth ces dernières années a pu constater que les bâtiments détruits lors de la guerre dite « civile » étaient loin d’être tous reconstruits, sauf dans le centre-ville, là où précisément a eu lieu l’explosion.

[12]C’était le sens du slogan, après la démission de Saad Hariri, « Tout veut dire tous ! »

[14]Pour information, ces accords ont été signés en 1989, après 14 ans de guerre dite « civile », par des députés élus en 1975, dont la moitié n’a pas pu venir à Taef, car ils étaient soit morts, soit démissionnaires, ou bien l’ont boycotté….

[15]N’oublions pas qu’il existe aujourd’hui au Liban un puissant courant anti-immigration derrière le bloc anti-syrien, dans la mesure où il existe aujourd’hui entre 1 et 1,5 millions de réfugiés de nationalité syrienne, sur une population estimée à 6 millions d’habitants.

[16]Il n’avait que deux ministres, et non-régaliens dans le gouvernement de Saad Hariri de 2016 : https://en.wikipedia.org/wiki/Lebanese_government_of_December_2016

      https://en.wikipedia.org/wiki/Lebanese_government_of_January_2019

[19]Sur l’histoire et le fonctionnement global du Hezbollah, on ne peut que recommander le petit livre de Joseph Daher, Le Hezbollah : un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néo-libéralisme, éd. Syllepse, 2019

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

jean-yves rioux 24/08/2020 13:27

Une analyse qui tient compte des positions de chaque segment de la population et des enjeux de ce positionnement. Une excellente conclusion en référence à la capacité du prolétariat libanais à s'organiser d'une manière indépendante politiquement.