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JRCF

L’éducation populaire, d’hier au Web

L’éducation populaire, d’hier au Web

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, une violente vérité vient frapper les intellectuels et les hommes politiques, notamment au PCF. 

La culture n’empêche pas à elle seule la barbarie, avoir une certaine connaissance des œuvres classiques et scientifiques ne force pas un individu à préférer la démocratie au fascisme, la paix à la guerre.

Les savoirs peuvent même être sciemment utilisés à mauvaise escient, tant les classiques que les sciences.

Ce n’est pas un problème de culture, mais un problème d’éducation, d’éducation politique.

«  Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, Le genre humain restera partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves. »

                                                     Condorcet à la tribune de l’Assemblée nationale, le 20 avril 1792.

C’est dans ce contexte que l’éducation populaire va voir le jour : en 1944 le gouvernement provisoire prévoit un service d’éducation des adultes — un bureau de l’éducation populaire vite rebaptisé direction de l’éducation populaire et des mouvements de jeunesse.

Mais ce service, dévoué à la formation politique des jeunes adultes ne durera pas plus de 4 ans, en 1948 il fusionnera avec la direction de l’éducation physique et des activités sportives, la « direction générale de la jeunesse et des sports ».

C’est une fusion consciente et politique qui vise à détruire le rôle principal de l’éducation populaire, l’éducation politique, pour le remplacer par des activités dites « culturelles ».

Ce sont deux visions de l’éducation populaire qui s’affronte, l’une plutôt inspirée de l’histoire syndicale et socialiste communiste, ou l’accent est mis sur l’autoformation en groupe, la création collective, pour aiguiser son esprit critique. Et une autre plutôt gaulliste, consistant à éduquer le peuple en appoint de l’école ou de pallier l’absence de celle-ci, et cela de manière verticale, représentée par la Ligue de l’enseignement.

Mais l’histoire a tranchée, De Gaulle a tranché, c’est la seconde vision qui l’emportera et les gouvernements de gauche ne viendront pas remettre ce fait en question.

Aujourd'hui le terme éducation populaire a laissé place au terme socioculturel, terme vague, signifiant surtout des activités sportives et ludiques.

Aujourd’hui, peu de MJC, de MPT ou de centre social font de l’éducation populaire telle qu’elle fut envisagée par Jean Guéhenno [1] et Christiane Faure [2].

Mais s'il y a bien un endroit ou l’éducation populaire a refait surface, c’est probablement internet.

On a souvent, du Web, une vision de chaos haineux plus propice à l’insulte et a l’injonction qu’a la formation en groupe et la création collective.

Pourtant il regorge également d’espace d’éducation populaire, les forums et chaînes YouTube traitant de politique, de philosophie, de scepticisme scientifique sont nombreux et toujours accompagnés d’une grande communauté débattant, construisant entre elle et avec l’animateur, qui n’est généralement pas un spécialiste reconnu par l’Etat mais un membre à part entière de la communauté au même niveau que ses abonnés.

La création collective et les débats qui s’y déroule sont souvent très enrichissants et invite à l’esprit critique et par la multitude des communautés et de leurs débats permet d’éviter les visions dogmatiques sur le monde qui nous entoure.

Il serait malhonnête de nier que beaucoup de jeunes adultes d’aujourd'hui font leur éducation politique sur le web : il est disponible presque partout et abordable.

Certes, internet, réseau décentralisé mais maintenant très largement occupé par la présence de grandes firmes, tel que Google-YouTube n’est plus tout fait neutre, et on y trouve également l’antithèse de l’éducation populaire, émissions débilitantes et marketing à outrance. Mais c’est pourtant sur ces réseaux que se construit une certaine émancipation du catéchisme capitaliste. Du moins, un premier pas.

Il y a un véritable vent de renouveau pour l’éducation populaire sur le Web, et il est peut-être encore trop tôt pour concevoir, dans tous les aspects, comment il va modifier le monde de demain.

Le capitalisme engendre sa propre négation, dans son déploiement technologique, il crée aussi les espaces pour le pendre.

 

Léo-JRCF

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Christiane_Faure

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Gu%C3%A9henno

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