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JRCF

Le soldat F. Roussel sauveur de l’UE en faillite ?

27 mars 2020 – Par Georges Gastaud

« Les Etats-Unis d’Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles, ou bien réactionnaires ».

Lénine

« L’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale » –

Jean Jaurès

L’illusion est souvent fille de l’espoir, c’est humain. Ainsi certains camarades du PCF qui se réclament du marxisme ont-ils sincèrement cru, lors du dernier congrès de ce parti, que la tendance dite « identitaire » emmenée par Fabien Roussel allait amorcer le redressement révolutionnaire du PCF, ou tout au moins freiner un tant soit peu l’interminable dérive rosâtre, euro-mutante et socialo-dépendante[1] qu’ont successivement incarnée, à la tête du PCF-PGE, les Hue, Buffet et autre Pierre Laurent…

Or, non seulement Fabien Roussel, interviewé sur une chaîne audiovisuelle, a rapidement confirmé la sympathie qu’inspire au PCF actuel l’antisoviétique de choc Soljenitsyne, non seulement il a rappelé que les nationalisations n’étaient plus au centre du « nouveau logiciel communiste », mais les dirigeants « identitaires » du PCF/Pas-de-Calais, fleurons de la nouvelle direction nationale, ont collé au PS de Lens à Arras lors des municipales (dame, les sénatoriales approchent…) comme le premier Ian Brossat venu. Et voilà maintenant que dans le communiqué en date du 26 mars que nous reproduisons ci-dessous, le secrétaire national du PCF accourt charitablement au chevet de l’UE agonisante, littéralement vomie désormais par le peuple italien. Certes, Fabien Roussel affirme – c’est bien le moins ! – qu’il convient d’en finir avec la « concurrence libre et non faussée » et qu’il faut désormais un « nouveau pacte européen » (cette position purement platonique, car inapplicable vu la nature des gouvernements européens actuels, était déjà peu ou prou celle de P. Laurent), mais…

  • Le nouveau secrétaire national du PCF demande que les moyens industriels soient « mutualisés » en Europe pour produire tous les matériels médicaux nécessaires ; toute coopération industrielle et médicale internationale est certes bienvenue par temps de crise sanitaire, mais, camarade Roussel…
    • Pourquoi coopérer seulement avec les pays de l’UE et du sous-continent européen, alors que la Chine, la Russie, Cuba socialiste, le Venezuela bolivarien, tendent à la France confinée une main secourable ? Une main que Macron refuse de saisir (contrairement au gouvernement italien), préférant poursuive, derrière l’irresponsable Trump, sa guerre froide contre les Etats « communistes » ou issus d’une tradition socialiste.
      L’internationalisme, camarade Roussel, ne se pense pas à l’échelle d’un continent riche dominé par des pays impérialistes (Allemagne-Autriche, France officielle, Italie, Benelux notamment), mais à l’échelle du monde tout entier : « Prolétaires de TOUS les pays, peuples opprimés DU MONDE, unissez-vous », tel était le slogan de l’Internationale communiste ; et non pas, comme le propose en substance votre communiqué du 26 mars 2020 : s’il vous plait, Angela, Emmanuel, Giuseppe, et vous aussi les dirigeants fascisants de la Pologne, des Pays Baltes, de l’Autriche, de la Hongrie, de la Croatie… organisez-nous vite une visioconférence et pondez-nous un gentil traité européen bleu ciel agrémenté d’un joli ruban rose vif… (sinon le PGE, et peut-être même la C.E.S., tous deux si utiles pour faire passer le principe de la « construction » européenne, vont finir par exploser…) »… 
    • En outre, qui peut croire que la France, sixième puissance économique mondiale, n’ait pas les moyens industriels et ingéniériaux nécessaires, si l’Etat réquisitionne, voir exproprie, nationalise et coordonne fermement les entreprises industrielles privées et publiques nécessaires, pour produire en urgence tout ce qui manque médicalement à notre pays sans attendre d’hypothétiques et interminables négociations intereuropéennes ? A commencer par la production d’hydroxychloroquine, dont l’utilisation antivirale semble faire une percée thérapeutique intéressante à Marseille et ailleurs ? Pourquoi attendre un très improbable accord avec les thatchériens hollandais, les cléricaux polonais et les hitléro-nostalgiques baltes, hongrois et autres, pour commencer à faire chez nous le nécessaire ? Et, sur le plan de la bataille des idées, pourquoi laisser passer l’occasion d’une grande campagne pour la nationalisation-expropriation des labos pharmaceutiques privés, pour la reconstruction du produire en France et pour la mise en place d’une planification démocratique nationale, que les gouvernements maastrichtiens ont criminellement sabotée, puis réduite à zéro ?
      Car comme l’expliquait naguère Henri Krasucki, on ne peut coopérer valablement à l’international que si l’on existe soi-même industriellement ; et, même très amoindrie par trente années de casse maastrichtienne, la France industrielle, ses ouvriers, ses ingénieurs, ses techniciens, existent et ne demandent qu’à rebondir, c’est une question de volonté politique. Mais l’avenir de la classe ouvrière et de l’ingénierie nationale, dont la puissance et l’existence sociales dépendent matériellement de la renaissance de notre industrie, intéresse-t-elle encore le parti qui fut, il y a longtemps, très longtemps, celui de ces Colbert[2] et industrialiseurs communistes que furent Marcel Paul et Joliot-Curie (lesquels partaient de bien plus bas que nous en 1945, en matière de reconstruction industrielle, et n’en ont pas moins construit EDF, Renault, l’Aéronautique et le CEA !)…
 
  • F. Roussel propose en outre que la BCE, renonçant à sa raison d’être qui est de neutraliser les banques nationales au profit des « marchés financiers » en général et des financiers de Francfort en particulier, devienne subitement la bienfaitrice désintéressée des Etats. Le chef de file du PCF propose que ladite BCE renonce à tous ses « dogmes » (comme si les « dogmes » en question n’étaient que des grigris idéologiques, et non la matérialisation de rapports de forces inter-impérialistes que la « République de Berlin » domine de la tête et des épaules). Roussel voudrait en somme que ladite BCE, dirigée par la bienveillante Christine Lagarde, se comporte comme la bonne Fée bleue… autant demander à Marc Dutroux de devenir Premier Prix de Vertu ! Même le très eurobéat président italien Matarella a laissé poindre sa colère contre l’institution inhumaine qu’est l’UE : en effet, depuis le déclenchement de la crise sanitaire, l’UE a fait montre d’une totale indifférence envers l’Italie accablée ; c’est sur les sommations répétées de Bruxelles, de Francfort et de Berlin que les systèmes publics de soin ont été démantelés partout (critères de Maastricht obligent !) et, plus structurellement encore, c’est le libre-échangisme impérialiste mondial porté par l’UE, c’est « l’économie de marché ouverte sur le monde » consubstantielle à l’UE et, avec elle, la destruction de toutes les digues sociales, environnementales et nationales existantes, qui ont servi de catalyseur mondial à la diffusion exprès des virus, faisant de l’Europe le cœur d’une pandémie que la République populaire de Chine a rapidement juguléeCerise vénéneuse sur ce gâteau euro-infecté, la République tchèque – ce bon élève par excellence de l’UE et de son anticommunisme revanchard – est allée jusqu’à voler les masques de protection chinois destinés à l’Italie en proie aux suffocations et à l’anxiété de masse (que c’est beau la « solidarité européenne » !).
 

En clair, au lieu de se saisir du discrédit populaire total de l’UEcette institution intrinsèquement inhumaine et mortifère du grand capital, au lieu de donner sens au dégoût de masse que suscite la virale mondialisation néolibérale, au lieu d’appeler à l’Europe des luttes CONTRE l’U.E., au lieu d’appeler à traduire en justice s’il le faut les euro-gouvernants français criminels qui sont restés de marbre devant l’épidémie, au lieu d’appeler à sortir, par la porte à gauche de l’UE et de l’euro (expropriation du grand capital, coopérations transcontinentales tous azimuts, nouvelle constitution démocratique, justice sociale, etc.), au lieu d’accuser l’OTAN dont l’intense campagne de surarmement nourrit l’austérité paneuropéenne, au lieu de mettre en cause radicalement le capitalisme – ce système qui conduit l’humanité à la mort -, la direction incurablement euro-réformiste du PCF-PGE appelle de nouveau à réformer du dedans les institutions maléfiques, à rêver les yeux ouverts d’une UE démocratique et d’un euro au service des peuples, et pourquoi pas bientôt[3], à s’éprendre d’une OTAN au service de la paix comme le faisait sans rire l’Italien Berlinguer, chef de file du suicidaire eurocommunisme des années 1970/80 ? Bref, F. Roussel reproduit dans d’autres conditions le geste typiquement réformiste qui fut celui de Buffet, au soir du 29 mai 2005, quand au lieu d’exiger la démission de Chirac (désavoué par les urnes, comme Jospin !) et à la rupture de la France avec la ruineuse UE, elle a supplié Chirac de « renégocier la constitution européenne »… ouvrant une porte à la mise en place ultérieure d’un traité de substitution au TCE refusé par le peuple ! 

 

Que F. Roussel soit néanmoins remercié : Mitterrand prétendait que « l’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Le PCF n’est plus marxiste-léniniste depuis 1976, et il trouve le moyen de s’en vanter. Soit. Alors que les Russes sont 75% à regretter l’Union soviétique, ce parti ne parle de la première expérience socialiste de l’histoire qu’en termes d’ « échec ». Soit. Le PCF n’est plus pour les nationalisations et reste bras ballants devant la mort du produire en France, condition d’existence élémentaire d’une classe ouvrière française dynamique ; dont acte. Et chacun a vu lors des municipales, et notamment à Paris, que l’appareil du PCF est définitivement arrimé au PS social-libéral d’Hidalgo. Grâce au communiqué de Fabien Roussel, chaque communiste qui le veut, peut voir désormais qu’il est devenu systémiquement impossible au PCF, de par son affiliation au PGE euro-dépendant, de porter une politique d’indépendance nationale, de rupture révolutionnaire avec l’UE et de marche à la révolution socialiste telle qu’a pu la porter – dans les conditions de son époque – le grand PCF à la fois internationaliste et patriote de Thorez, Duclos, Frachon et Croizat.

 

Alors qu’approchent le 20ème anniversaire du Non à la constitution européenne et le 100ème anniversaire du Congrès de Tours où les communistes se séparèrent salutairement des naufrageurs réformistes de leur époque, l’heure est de plus en plus franchement à la reconstruction d’un parti communiste de combat appelant à sortir par la gauche de l’euro, de l’UE, de l’OTAN… ET DU CAPITALISME de plus en plus fascisant et mortifère ! Avis à tous les communistes, membres ou non du PCF et des JC, qui en ont marre d’accompagner de gauche le pourrissement de l’UE impérialiste, qui refusent de rêver d’un « nouveau pacte européen » entre dirigeants européens néo-thatchériens et/ou national-fascisants, et qui veulent au contraire se préparer aux situations révolutionnaires qui ne manqueront pas de surgir de la faillite actuelle de tout un système. Continuateur des combats frontaux de jadis contre l’Europe supranationale et atlantique, les militants franchement communistes et 100% anti-UE du PRCF sont disposés à tous les échanges nécessaires avec ces camarades.

Georges Gastaud, militant des JC puis du PCF de 1972 à 2004


[1] Le largage de la dictature du prolétariat et du marxisme-léninisme date déjà de 1976… Le ralliement du PCF à l’élection du parlement européen au suffrage universel – c’est-à-dire à la légitimation pseudo-démocratique de la « construction » européenne, date de 1978… Bon courage à ceux qui veulent redresser un arbre qui penche à droite depuis plus de quarante ans…

[2] sans la face sombre de Colbert, faut-il le dire !

[3] sachant qu’à l’heure actuelle, ces grands modèles européens que sont la Suède et les Pays-Bas n’ont toujours pas confiné leur population, que les Länder allemands n’ont pas tous la même politique à cet égard, et tout à l’avenant… 

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