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Les conclusions de la Commission pour l’égalité et les droits de l’Homme sur le Parti Travailliste ne sont pas fiables (Morning Star)

De sérieux conflits d’intérêt remettent en cause l’impartialité des accusations d’antisémitisme adressées par la Commission pour l’égalité et les droits de l’Homme (EHRC) à l’encontre du Parti Travailliste, ce qui laisse à penser que cette dernière est incapable de conduire une enquête impartiale.

Les liens entre certains membres du bureau de l’EHRC et des entreprises privées, révélés par une série d’articles du Morning Star ces dernières semaines, interrogent sur la capacité de l’organisme à agir comme un arbitre objectif de la protection des droits et libertés.

Cette situation est aggravée par le contexte politique général. Le Parti travailliste a cessé de remplir le rôle de valet de l’Establishment qu’il incarnait encore il n’y a pas si longtemps.

Si le bureau de l’EHRC est composé d’un avocat dont le cabinet a défendu des activités anti-syndicales et l’entreprise SERCO dans son combat contre des réfugiés kurdes, de banquiers autrefois hauts placés chez Barclay et Lloyds, d’un ancien directeur financier de l’entreprise de sous-traitance Mitie, d’un actionnaire de l’entreprise énergétique STE (qui devrait être nationalisée si le parti travailliste était mis en mesure d’appliquer son actuel programme) et d’un cadre qui a occupé de grandes responsabilités au sein du pétrolier Shell entre 1998 et 2001 (période où Shell a été accusée par le gouvernement nigérian de « complicité de meurtre, viol et torture », selon les mots d’Amnesty International), comment peut on sérieusement soutenir que l’EHRC serait indifférente à toute perspective de victoire du Parti travailliste de Jeremy Corbyn ?

Le parti qu’il dirige s’est engagé à mettre en œuvre des politiques de transformations radicales qui chasseraient les investisseurs privés des services publics britanniques, mettraient un coup d’arrêt aux profits irresponsables de la finance, lanceraient une enquête sur les mesures antisyndicales des entreprises et conduiraient une politique migratoire et d’asile humaine, à l’opposé de la récente série de scandales ayant touché les entreprises de sécurité Serco et G4S. En d’autres termes, il mettrait fin au racket qui a permis aux membres de l’EHRC de s’enrichir.

Le scandale ne porte pas uniquement sur le fait que les membres individuels de l’EHRC cherchent à influencer les résultats de l’enquête pour en bénéficier personnellement, quoi que cette hypothèse ne puisse pas être écartée d’un revers de main sous le seul prétexte que la commission prétende avec insistance disposer de « solides procédures et pratiques destinées à empêcher tout conflit d’intérêt réel ou supposé ».

Le scandale réside plutôt dans le fait que l’EHRC soit une organisation de l’Establishment inextricablement liée aux cercles d’influence du capitalisme britannique.

L’incapacité de l’EHRC à défendre les victimes de discrimination a fait l’objet de virulentes critiques depuis de nombreuses années. En 2011, l’association Handicapés contre les Coupes Budgétaires (Disabled People Against Cuts, DPAC) a ainsi menacé d’occuper ses locaux, protestant contre l’incapacité de la commission à « défendre les droits des handicapés », n’annulant l’événement qu’après que l’EHRC leur ait concédé une rencontre au dernier moment.

L’autobiographie du responsable de la Commission pour les Droits des Handicapés (Disabled Rights Commission, DRC), publiée cette année à titre posthume, dresse un tableau similaire de l’effacement, voire de l’escamotage de la lutte pour les droits des personnes handicapés une fois que la DRC a été fondue dans l’EHRC.

Rien n’est moins étonnant : une institution bourrée de membres de l’Establishment n’a que peu de chances de lutter pour les droits des laissés pour compte. Si, dans certains contextes, l’EHRC peut s’opposer à l’intolérance et aux discriminations, on ne peut attendre d’elle qu’elle remette en cause l’inégalité ou l’oppression qui fondent le système capitaliste.

C’est là que le bât blesse en ce qui concerne l’actuelle direction du Labour. Les accusations d’antisémitisme portées contre Jeremy Corbyn sont de nature politique. Elles participent à une campagne incessante visant à discréditer et à vaincre un homme politique dont le bilan dans la lutte contre les discriminations est tout bonnement exceptionnel.

La valeur des accusations ne repose sur aucune preuve tangible mais plutôt sur la volonté d’opposants malhonnêtes et de membres de l’Establishment à les répéter ad nauseam.

Une attaque politique appelle une réponse politique. Aucune institution de l’Etat britannique ne se comportera en arbitre impartial entre le socialisme et le capitalisme ; attendre de l’EHRC ou de toute autre institution qu’elle conduise une enquête neutre sur le Parti travailliste de Corbyn, c’est faire montre d’une naïveté dangereuse.

Il revient à la Gauche de mettre en cause les bases même de cette enquête indue et de démontrer la profonde incompétence de l’organisme auquel elle a été confiée.

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