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Sortir de l'anticommunisme : la planification

La planification est un processus où après études et réflexions collectives, on fixe les objectifs, les moyens d'arriver à ces objectifs, les méthodes à utiliser et les différentes étapes. Le mot est surtout utilisé en économie pour parler d'une politique économique organisée par un gouvernement.

Le cas le plus connu -et le plus décrié- de planification est celle de l'URSS, qualifié de désuète et inefficace. Une opprobre sur la planification économique étrange, étant donné que des pays absolument non-socialiste comme la France ont eut recours à ce genre de procédé. 

Nous n'allons pas rentrer dans de grandes études sur la planification (nous rappelerons au passage que nous avons déjà fait un dossier sur l'économie socialiste), car notre but avec nos dossiers Sortir de l'anticommunisme est de lutter de la manière la plus efficace contre cette idéologie mortifère, en plein expansion en France et dans le monde. Vous trouverez donc ici un article sur la planification en URSS, paru dans le journal Le Monde diplomatique, avec lequel nous ne sommes pas pleinement en accord, mais qui a le mérite de dire un certain nombre de vérité sur la planification.

L'URSS mise sur la planification

Hélène Richard

 

Reléguée presque partout au rang d'épouvantail, la planification a longtemps fait figure d'évidence dans la plupart des pays. Nul n'imaginait alors les acteurs de l'économie capable d'organiser leurs interactions seuls. Un pays, l'Union soviétique, a tenté de pousser cette logique plus loin, afin de se libérer totalement du marché. Avec d'incontestables réussites, mais également bien des échecs.

 

A ceux qui avaient l'audace d'inviter les entreprises bénéficiant d'allègements de cotisations à créer un minimum d'emplois en contrepartie, le ministre de l'économie Emmanuel Macron a répondu en avril 2015 : "Nous ne sommes pas dans une économie planifiée !" La ficelle n'est pas neuve : l'économie planifiée, dont la forme la plus radicale a été mise en oeuvre en Union soviétique entre 1929 et 1991, sert régulièrement de repoussoir pour déligitimer toute intervention de l'Etat dans l'économie. Son apparition est pourtant née d'un constat et d'une question. Constat : le système capitaliste, sujet à de violentes crises, sert principalement les intérêts d'une classe possédant les moyens de production. Question : ne pourrait-on pas lui substituer un pilotage scientifique, débarrassé du profit ?

Au coeur du système soviétique, la commission étatique pour la planification -couramment appelée Gosplan- est chargée d'élaborer le plan tous les cinq ans (un document ajusté chaque année aux nouvelles conditions économiques). Elle reçoit des "objectifs préliminaires" du Politburo, le collège dirigeant du pays à la tête du Parti communiste. S'il a été décidé de produire deux millions de chaussures, les ingénieurs du Gosplan s'emploient à déterminer les moyens d'y parvenir : approvisionnement en caoutchouc, en cuir, en fil, mais aussi en travailleurs, en électricité et en machine à coudre. On imagine l'ampleur des données à traiter. 

L'information, voilà le principal problème de l'économie soviétique. Pour le comprendre, il faut revenir aux fonctions très différentes que jouent les prix et les taux de profit dans les économies capitalistes et planifiées. Dans les premières, les prix, fixés librement par les entreprises, sont des signaux : si la demande en bottes augmente, le prix de chaque paire connaît une évolution similaire. Les fabricants anticipent alors des profits plus importants et, sans se concerter, décident de produire davantage de bottes. De la même manière, le taux de profite oriente la façon dont les investisseurs dirigent leurs fonds vers les branches d'activité les plus rentables. Dans les économies planifiées, les prix ne livrent pas d'information sur l'environnement économique, puisqu'ils sont fixés administrativement. Le bénéfice - la différence entre le prix de vente du produit et le coût de production - prend la forme d'un surplus, lui aussi calculé par avance et qui a vocation à "remonter" vers le centre. en retour, la centrale planificatrice effectue l'essentiel des investissements.

 

Défauts de qualité

A court terme, le dispositif s'avère efficace pour diriger les efforts productifs vers des priorités économiques définies politiquement. Dans un contexte où la Russie ne pouvait plus compter sur l'afflux de capitaux étrangers, il  a permis une industrialisation rapide, notamment au cours des années 1930 et 1940. Au prix de violentes méthodes répressives (réquisitions, déportations, travail forcé), la planification organise l'extraction de la valeur économique du secteur agricole vers l'investissement industriel. En quelques décennies, l'URSS se dote d'aciéries, de centrales électriques, d'un complexe militaro-industriel et, plus tard,  d'un secteur aérospatial. 

A long terme, les planificateurs prennent cependant des décisions erronées. Les chiffres deviennent un instrument de négociation qu'on manipule. L'élaboration du plan, suppoée scientifique, se transforme en campagne de marchandage entre le Gosplan, les ministères économiques (sectoriels) et les directeurs d'entreprise qui cherchent à obtenir un plan "lâche" en déclarant de faibles capacités de production et de forts besoins en main-d'oeuvre.

L'économie planifiée se caractérise ainsi par des faiblesses structurelles. Les directeurs, craignant de manquer leurs objectifs, constituent des réserves de main-d'oeuvre, de matières premières et exigent toujours plus d'investissements. Le système privilégie les biens de production (machines, bâtiments) au détriment des biens de consommation. Jamais aiguillonnés par la demande des particuliers, les produits souffent parfois d'un défaut de qualité. Les déboires de l'Union soviétique autorisent-ils pour autant à disqualifier toute intervention de l'Etat dans l'économie ?

Pour revenir brièvement sur l'anarchisme de la production dans le capitalisme

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