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Vélos en libre service : les limites du sacro-saint marché

Vélos en libre service : les limites du sacro-saint marché

Les communistes militent sans relâche pour la laïcité, c’est-à-dire pour que les dogmes religieux de toutes sortes soient cantonnés à la sphère privée sans que l’on puisse les utiliser comme des armes dans le débat public. L’idéologie “libérale”, qui veut que le “marché” (ce mot cache-sexe du capitalisme) soit universellement la manière la plus efficace et, en dernière analyse, juste, d’organiser l’économie. Nous entendons montrer ici par un exemple criant que derrière le dogme du marché se cache une réalité qui va jusqu’à l’absurde le plus complet.

La religion du marché veut que le secteur privé soit, sous tous rapports, plus à même de gérer efficacement l’économie que n’importe quelle puissance publique. Plus ou moins mitigée selon les penseurs, cette croyance socle du libéralisme économique est combattue par les communistes qui considèrent au contraire que le secteur privé est structurellement inefficace sur bien des points. La concurrence entre producteurs sur le marché des biens et services peut être critiquée de bien des manières, c’est aujourd’hui par l’aspect de la désorganisation économique qu’elle occasionne que nous l’abordons.

Ofo, Mobike, Limebike, GoBeeBike, si vous habitez dans une grande ville ces noms vous sont peut-être familiers. Il s’agit de quelques-unes des très nombreuses marques de vélos en libre-service dit “free-floating” (“flottant librement”). Le principe est simple : le vélo est laissé dans la rue à n’importe quel endroit d’une zone urbaine définie, verrouillé au moyen d’un bloque-roues. Un passant installe sur son mobile l’application de la marque correspondante, s’inscrit sur le service, paie une caution et un tarif de quelques dizaines de centimes par tranche horaire de quinze minutes. Il scanne via l’application un code QR imprimé sur le vélo, ce qui débloque le bloque-roues. Le vélo peut être utilisé à l’envi et laissé n’importe où dans la ville. Le système est d’un incroyable versatilité, extrêmement innovant, potentiellement écologique, bref, une petite merveille.

Si bien que plusieurs dizaines d’entreprises ont vu là un marché juteux en pleine expansion, attirant donc des investisseurs dans un mouvement incroyablement rapide d’expansion commerciale. Le marché étant encore tout jeune il y a à peine deux ans, ce sont des milliards qui ont été engloutis par des investisseurs frénétiques dans des entreprises qui ont fonctionné à perte pour conquérir le marché. Ce mouvement parti de Chine (Mobike et Ofo, les deux géants du secteur, viennent de ce pays) a été une sublime (et aberrante) démonstration de ce qu’est la désorganisation économique provoquée par le marché.

En Septembre 2017, 2,35 millions de vélos en libre-service fournis par 15 entreprises différentes encombraient les rues de Pékin. Ce nombre astronomique renvoie à des images qui ont fait le tour du monde : d’immenses décharges remplies de vélos inutiles, des trottoirs encombrés au possible, bref, un gâchis catastrophique. Pareils problèmes s’observent dans de nombreuses villes de Chine. Et les faillites s’enchaînent du fait de cette désorganisation économique : Coolqi, Wukong Bike, Xiaoming… En Novembre 2017 c’est le géant Bluegogo (possédant une flotte de 600 000 vélos) qui met la clé sous la porte, sous le coup de la concurrence impitoyable du secteur.

A Paris l’opérateur Gobee.bike a dû cesser ses activités. La dégradation de son parc de vélos par des bandes de jeunes aurait été à l’origine de dysfonctionnements majeurs (en plus des malfaçons techniques sur les cadenas des vélos), problème aggravé par un manque complet de réponse pénale : sur plusieurs centaines de dossiers de plainte déposées par l’entreprise, une seul a donnée suite.

Concurrence absurde, folie spéculative des investisseurs se ruant sur un modèle technico-commercial juteux, absence totale de coordination juridique et pénale en lien avec l’activité économique, voilà les facteurs qui expliquent le fiasco relatif des vélos “free-floating”. Cette affaire ne peut que nous conforter en tant que communistes dans notre constat que la socialisation des moyens de production et d’échange est un prérequis essentiel à l’établissement d’une économie sensée et pleinement utile aux hommes. Des innovations pareilles, mises entre les mains de la puissance publique, révéleraient sans aucun doute la pleine mesure de leur efficacité. Éviter la concurrence qui désorganise les services et aboutit à des gaspillages absurdes, établir un cadre juridique clair (ce que la Chine fait aujourd’hui à grand-peine) pour encadrer l’activité économique au vu et au su de tous, voilà ce qu’un état socialiste serait capable de faire.

Pour que celui-ci devienne réalité, ce sont en France le PRCF, les communistes de tous bords, l’immense puissance populaire, enfin tous les éléments du communisme, ce “mouvement réel qui abolit l’ordre existant” (Karl Marx dans L'idéologie Allemande) qui peuvent le porter. 

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