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La formation continue, piège capitaliste dans l’extorsion de la plus-value

La formation continue, piège capitaliste dans l’extorsion de la plus-value

On pose souvent le problème de la formation continue en termes d’efficacité économique : le plus grand problème serait de permettre aux travailleurs de se reconvertir, d’évoluer dans leur parcours professionnel, d’acquérir de nouvelles compétences, afin de pourvoir les postes vacants. Si la question macroéconomique posée en ces termes est primordiale, elle masque néanmoins souvent d’autres problématiques extrêmement importantes. Celle qui nous intéresse est l’extorsion de la plus-value à travers la formation continue.

A l’heure où le travail devient d’une manière générale de plus en plus qualifié, à l’heure où l’ouvrier non qualifié disparaît toujours plus du monde professionnel, la formation tout au long de la vie devient un enjeu crucial… pour les accapareurs de toutes sortes. La loi de 1971 sur l’organisation de la formation professionnelle continue avait mis en place un droit au Congé Individuel de Formation (CIF), face aux résistances farouches du patronat. Les employeurs devaient verser à terme un minimum de 2% de la masse salariale pour financer ce CIF, qui permettait dans une certaine mesure un accès à des formations rémunérées de longue durée.

Suite à ce progrès inscrit dans la lignée des conquêtes de Mai 68, c’est une offensive patronale qui a repris le dessus et l’a détricoté au profit du capital. Les nouvelles dispositions du Compte de Personnel de Formation (CPF) faisant partie du Compte Personnel d’Activité (CPA) mettent ainsi en place une comptabilisation monétisée des droits à la formation. Alors qu’auparavant une année de travail à temps plein ouvrait droit à 24 heures de formation pour un coût horaire moyen estimé à 35 euros soit 840 euros par an, c’est aujourd’hui un montant de 500 euros par an, exprimé en euros et non en heures comme auparavant, qui sera crédité chaque année de travail salarié à temps plein sur le CPF du travailleur. Le plafond atteignable sur le CPF est ainsi amputé de 250 euros, pour passer à 5000 euros pouvant être obtenus au bout de 10 ans de travail à temps plein. De plus, les heures précédemment acquises au titre du Droit Individuel à la Formation (DIF) ne peuvent être transférées sur le CPF qu’à raison de 15 euros par heure.

Il est important de noter que la formation professionnelle est déjà différenciée selon des lignes de classe : seulement 12% des ouvriers d’une société de moins de 10 salariés ont une chance d’accéder à une formation continue, contre 68% des cadres d’une grande entreprise. De plus le temps de formation en dehors des heures de travail ne donne aucun droit à une indemnisation, exit donc les épuisants cours du soir qui restent pour beaucoup la seule possibilité de se former, et une part croissante du coût de la formation revient aux ménages.

Et puisqu’il ne suffit pas de détruire toujours un peu plus “l’accès égal de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture” inscrit dans le préambule de la constitution de 1946, il faut également dégager du profit de cette misère. C’est ainsi plus de 70 000 organismes de formation en majorité privés qui se partagent le savoureux gâteau de la formation continue. Le travailleur sera de plus en plus poussé à se tourner vers ce “marché de la formation” au détriment des stages en centres de formation publics, dont plus de quarante sont amenés à fermer au grand dam des salariés les moins qualifiés.

Au final la formation continue telle que la rêvent (et la font!) les décideurs capitalistes de la start-up nation est une nouvelle manière d’extorquer la plus-value. Il va sans dire que la riposte communiste ne pourra éviter la question de la mise en place d’un grand service public de la formation continue, il en va, au-delà du progrès économique, du progrès humain pour toute la société, car une formation réellement qualifiante se devrait d’être autre chose qu’une adaptation étroite à un poste de travail, mais bien une développement humain favorisant l’autonomie de l’individu, à rebours de ce que la réforme de la ministre Pénicaud fait émerger.

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