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Sovietica d'Irina Malenko

Sovietica d'Irina Malenko

Sovietica est un livre témoignage paru chez les Éditions Delga d’une Soviétique née pendant la période de la stagnation, ayant vécu la fameuse perestroïka et la vie dans les pays capitalistes (Hollande, Irlande et l’île de Curaçao). L’auteure, Irina Malenko, fait entre autres la comparaison entre ce qu’elle a vécu en Union soviétique et sa vie dans les pays « civilisés » du capitalisme : au niveau de la santé (catastrophique en Irlande), des congés maternité (ridicule dans les pays capitalistes quand il est de presque 1 an en URSS), du développement intellectuel, de la pornographie, etc.

Que dit-elle précisément sur l’URSS d’intéressant et de pertinent pour ceux qui se réclament du communisme ?

Nous ne pouvons pas tout résumer, le livre étant assez riche (et nous vous invitons simplement à le lire), mais nous allons donner quelques exemples. D’abord, qui n’a pas entendu que les soviétiques manquaient de tout, que c’était pénurie sur pénurie et famine ? Ce ne sont pourtant pas les souvenirs de l’auteure. Dans ce qu’elle se souvient, loin de la propagande sur les « horreurs de la vie soviétique », elle raconte que la nourriture ne manquait pas (il n’y avait pas toujours certains fruits disponibles toutes l’année, tout simplement parce que ce n’était pas la période). Les pénuries ? Il manquait certes des tapis persans, des cristaux, des choses importées, mais rien de vital pour l’être humain (contrairement à certains pays, dont la France, où une personne peut « librement » manquer de nourriture et d’un toit)… Certes, obtenir un appartement était difficile, mais quand vous l’obteniez c’était gratuitement ! Et comme le dit l’auteur : « le loyer était si bas que si vous l’annonciez aux Occidentaux, ils refuseraient tout simplement de vous croire. »

Sur le développement intellectuel – rappelons nous qu’on avance aussi souvent l’aspect barbare de l’Union soviétique et on oublie qu’ils avaient leur propres chercheurs et intellectuels –, Irina Malenko, qui est diplômée et historienne de l’époque soviétique, grande connaisseuse de l’histoire des pays d’Afrique, raconte comment celui-ci était globalement plus favorisé sous le socialisme (peut-être même jusqu’à légèrement exclure ceux qui ne s’y conformaient pas, n’ayant pas toujours la vocation pour les études). Les soviétiques lisaient beaucoup et la grande majorité était abonnée à des revues, même si l’État imposait une limitation dans l’abonnement à ces revues (certains intellectuels soviétiques, comme elle le note, n’ont rien trouvé comme meilleur combat que de chercher à tout prix à abolir cette limitation). D’autre part, le système éducatif était excellent et surtout très dur, ambitieux, l’élève sortant devant avoir une culture solide. D’ailleurs, les recherches de l’époque devaient être faites avec exactitude dans la recherche et la véracité. Prenant l’exemple des recherches sur l’Afrique, l’auteure avait été choquée, lorsque l’URSS s’effondrait à cause des réformes de Gorbatchev, du nombre incalculable d’erreurs dans les encyclopédies sur l’Afrique qui n'étaient pas corrigées malgré ses remontrances.

A l’époque soviétique, elle se souvient nettement que les gens s’entraidaient, laissaient les personnes âgées s’asseoir dans le bus, pouvaient toujours vous réconforter, tandis que dans la nouvelle Russie et dans les pays occidentaux, c’est le règne de l’individualisme le plus fou, où l’on ne se gêne pas pour balancer ses déchets par terre, pour mettre ses pieds sur les sièges dans le bus ou pour être ivre dans la rue. D’autre part, la criminalité n’était pas aussi forte auparavant. Elle se souvient bien de quelques meurtres étant arrivés durant son enfance, mais rien d’endémique a contrario de la nouvelle Russie et de son esclavage sexuel. Dès le début de son livre, elle se souvient de son jeune ami, en pleine période Eltsine qui, ne pouvant plus supporter de voir les corps nombreux de jeunes gens dans la morgue où il travaillait, préféra s’exiler dans un monastère.

Nous pouvons aussi appréhender deux figures politiques soviétiques importantes par son regard : celle d’Andropov et celle de Gorbatchev. Le premier tenta de réformer l’URSS après la stagnation, en mettant un coup de pression ferme sur les spéculateurs qui ne se cachaient presque plus en URSS (et quelquefois appartenaient au PC), arrêta l’inamovibilité des cadres et rajeunit la direction, tandis qu’il essaya de remettre au goût du jour le léninisme. Simplement, sa mort le stoppa net, mais cela n’empêcha pas l’auteure de l’adorer (elle créa avec une amie une sorte de club d’adorateurs d’Andropov) ni de crier de rage en revoyant les spéculateurs après la mort du premier secrétaire. Malheureusement, le suivit bientôt Gorbatchev, qui réforma l’URSS pour mieux la détruire, la livrant aux valeurs occidentales, considérant la pornographie comme le plus haut niveau de l’art et remplaça peu à peu le terme camarade par monsieur, se fichant littéralement de la pauvreté et de la criminalité qui augmentaient. Pas de doute au sujet de ce dernier, si l’on excepte les Occidentaux, les Soviétiques n’aimaient guère ce vulgaire personnage et le considèrent toujours comme un traître. Notons au passage, mais nous ne développerons pas ici, qu’elle nomme précisément les deux sortes de personnes qui ont tué l’URSS : d'un côté les commerçants arrogants et magouilleurs, et de l’autre les membres des komsomols, imbus d’eux-mêmes, ne croyant en rien si ce n’est en leur pouvoir et étant ingrats pour la vie qui leur était donnée.

Faisant part de sa tristesse pour ce qu’est devenu son pays, elle rend compte aussi de l’inhumanité des pays capitalistes dans lesquels elle a vécu, abrutissant plus les gens qu’elle ne les libère, empêchant les gens de manger à leur faim et d’avoir une réelle empathie pour les autres. Elle était particulièrement choquée du manque d’intérêt pour la politique de certains travailleurs irlandais, pendant qu’elle pleurait en pensant aux familles mourant sous les bombes de l’OTAN au Kosovo.

Elle raconte aussi comment Eltsine, de la manière la plus inconstitutionnelle, fit tirer sur le Parlement russe en 1994 car les communistes avaient la majorité (événement qui entraîna des morts parmi les parlementaires), mais aussi comment celui-ci avait truqué les élections de 1996 pour se faire réélire.

Bien que son livre soit le récit de la destruction d’un pays, Irina Malenko termine sur une note d’espoir en forme d’appel à la lutte.

« L’Union soviétique était une perle précieuse, qui a été jetée dans la boue aux cochons. Nous pensions avoir encore beaucoup de ces perles – dans d’autres coquilles. Mais toutes ces coquilles se sont avérées vides.

« Eltsine a dit avoir vengé son grand-père.

« Le temps n’est-il pas venu de venger les nôtres ? »

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