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Quelques digressions sur la mobilisation du 17 Novembre

Quelques digressions sur la mobilisation du 17 Novembre

  Ce samedi 17 Novembre aura lieu une large mobilisation sociale face à la hausse des prix du carburant décrétée par le gouvernement, hausse conséquente à la mise en place de la taxe carbone. Le mouvement dit des “gilets jaunes” promet déjà plus de 600 rassemblements partout en France, alors que le gouvernement joue déjà la carte de la menace, comme lorsque De Rugy annonce que les bloqueurs pourront se voir retirer leur permis. Espérer tarir l’élan de révolte qui secoue le pays à coups d’intimidations semble être tout ce dont est capable une classe dirigeante tyrannique.

 

Un mouvement apolitique ?

  Dans ce contexte, alors que la répression n’est pas encore effective et qu’on la sent déjà venir, nombre de mobilisés voudraient que le rassemblement soit dénué de tout caractère politique. Les réactions a priori du gouvernement nous font bien saisir la naïveté d’une telle prétention, de même que le bal habituel de “l’opposition” qui annonce en cascade qu’elle sera dans la rue pour soutenir la “grogne” des Français : Rassemblement National, Les Républicains, ou avec une position moins marquée La France Insoumise et même le Parti Socialiste, annoncent qu’ils seront du nombre des manifestants ou les soutiendront sans appeler au blocage. Récupération politicienne ou engagement sincère, là n’est pas le débat. Ce qui importe est de voir que les gilets jaunes, dans la force sociale qu’ils peuvent représenter à un moment donné face à une politique qui ruine toujours plus les plus précaires, sont une force politique. Ou du moins ils peuvent l’être s’ils dépassent le caractère spontané et ponctuel de leur mobilisation.

  Que le mouvement soit récupéré par des forces d’extrême-droite, ça n’est pas non plus le débat. L’opportunisme politicien existe, c’est un fait, que l’on ne saurait confondre avec l’élan spontané des masses qui se cherchent une unité dans la lutte. Nul doute que les Lepénistes tenteront de revêtir le gilet jaune comme une marque d’appartenance nationale, symbole d’une France éternelle râleuse et ronchonne. Charge à nous communistes de faire comprendre aux masses qu’il ne s’agit pas de “grogne” que tel ou tel parti pourrait revendiquer pour sienne, mais bien d’un réel mouvement d’émancipation qui doit se constituer en force révolutionnaire s’il veut éviter de céder à la réaction, qu’elle soit Lepéniste, Wauquiezienne, etc.

 

Un mouvement des anti-écolos ?

  Contre les gilets jaunes on entend fréquemment des accusations qui n’échappent pas à la lutte des classes. Accusés de mener une lutte nombriliste, pour la sauvegarde d’intérêts privés, sans lien avec les problèmes de fond de la société, les mobilisés s’entendent dire qu’il y a “des combats plus importants”. Dans un procès en anti-écologisme, ils sont présentés comme des accros à la bagnole, soucieux uniquement de profiter de leur intérieur cuir-chauffant-toutes options en faisant rugir leur V12 alors que la planète suffoque et se meurt. Dans la réalité, les gilets jaunes ont besoin de leur Clio pour aller au travail, voire en vacances quand les circonstances le permettent. Ce ne sont pas eux qui ont décidé qu’il fallait que “la ville s’adapte à l’automobile.” (Pompidou en 1971). Ce ne sont pas eux qui ont décidé d’un mode de production qui fait de la voiture l’instrument - dans bien des cas - indispensable au travailleur qui se rend sur le lieu de son gagne-pain.

  Les procès en anti-écologisme proviennent bien souvent de couches sociales n’ayant pas ou peu besoin de l’automobile, populations échappant à la misère sociale.  Cette critique culpabilisatrice est non seulement une division de classe qui nuit à la convergence des intérêts du prolétariat, elle est aussi profondément démobilisatrice, alors même qu’elle provient souvent de franges gauchistes ou gauchisantes de la population qui souhaitent un bien commun progressiste sans s’en donner les moyens, incapables de vivre sans leur vernis de respectabilité morale environnementaliste.

 

Dans la lutte, le PRCF dans l’avant-garde populaire concrète

  Une pratique d’avant-garde, indissociable de la condition de communiste, consiste en un tel moment à jeter toutes ses forces dans la bataille pour la conscientisation de classe révolutionnaire des masses populaires. Dans un langage moins prétentieux, nous voulons dire qu’il ne sert à rien pour les progressistes de dénigrer un mouvement de révolte, tout “nombriliste” qu’il soit, alors qu’il procède de conditions matérielles réelles. Au contraire, tout l’enjeu est d’afficher une présence non pas simplement cosmétique, mais foncièrement utile, permettant aux masses mécontentes de réaliser qu’il y a une logique à l’oeuvre derrière cette situation matérielle qui “fait surface” dans les moments de “grogne”.

 

Et après ? Porter un projet positif sur les transports et l’écologie

   Pour être l’avant-garde, nous nous devons de proposer du positif, du concret à ceux qui ne se mobilisent que par rejet d’une politique ponctuelle. En effet tant que l’on en reste aux revendications négatives, il suffit que le gouvernement lâche du lest temporairement pour endormir les classes travailleuses, étouffer la révolte et mieux revenir à la charge sur un autre sujet quelques semaines plus tard.

  Notre tâche est donc d’apporter non pas des solutions clés en main, mais des propositions sur lesquelles pourra s’amorcer un travail collectif de prise en main de l’appareil politique et économique par les classes dominées, ouvriers en tête, un travail révolutionnaire. Sur la question générale des transports, on continuera ainsi de porter le projet d’une nationalisation complète de la SNCF, permettant de mener une politique tarifaire juste, à même de décourager l’usage de la voiture sur les longues distances, mesure écologique s’il en est !

  Et comme l’usage de la voiture est imposé à bien des travailleurs par la forme économique du territoire - les grandes banlieues pavillonnaires, les campagnes où les services se font de plus en plus rares et concentrés - il s’agit de porter une réflexion sur l’articulation territoire-production. A ce titre on se remémorera le fait que la disparition, ou du moins la réduction, de la disparité ville-campagne figure dans les manifeste du parti communiste écrit par Marx et Engels.

  Vous l’aurez compris, les chantiers sont vastes et l’ambition du peuple doit être à la hauteur de sa colère, si nous voulons sauver le monde à la fois de l’implosion sociale et de l’apocalypse environnementale.

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