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De la résistance enseignante face à la réforme Blanquer

De la résistance enseignante face à la réforme Blanquer

  Avant d’aborder directement le chapitre des luttes, nous allons ajouter quelques points supplémentaires sur le contenu de la réforme, afin d’enrichir ce qui avait été dit dans le précédent article traitant de cette réforme. Les coupes budgétaires auxquelles les dirigeants capitalistes nous ont habitués depuis plusieurs dizaines d’années sont bien évidemment au rendez-vous : le budget 2019 prévoit la suppression de 2650 postes d’enseignants dans les collèges et lycées publics, 550 dans le privé, 400 dans l’administration. Ce faisant, Blanquer pense faire oeuvre de charité en aidant à réduire les déficits publics - illégitimes ! - et à sauvegarder les profits de ses “camarades de classe”, aristocrates de la finance et de l’industrie, soi-disant écrasés par les taxes. Pour ajouter à cela, il faut prendre en compte la nouvelle méthode de recrutement que promet cette réforme abjecte : un nouveau statut d’Assistant d'Éducation (AED) devrait permettre à des milliers d’élèves de licence (L2 et L3) et masters (M1) souhaitant passer les concours de l’éducation nationale d’effectuer des remplacements ponctuels ou à l’année. Bien évidemment ces contractuels seront rémunérés comme des... contractuels (ce qui en langage managérial signifie quelque chose situé en termes de respectabilité à peu près entre la tique et le pou), pour des missions qui leur prendront un temps énorme et compromettront leurs études dans bien des cas.

  Nous n’ajoutons ici que deux menus aspects de la réforme que nous n’avions pas traités la dernière fois et le dossier demeure à explorer pour en dévoiler tous les mécanismes pervers de casse sociale. Pensons pour nous consoler qu’ils s’arrêteront peut-être lorsque le nombre d’élèves par classe aura atteint la longueur en mètres du yacht de Bernard Arnault (101 !).

  Ironie à part, c’est un sujet très grave en premier chef non seulement pour les élèves concernés, mais aussi pour les enseignants précarisés qui ne cessent de voir leur fonction - indispensable à la prospérité de la France toute entière - et leur statut dégradés un peu plus à chaque réforme. Ce fait est bien compris d’une grande part du personnel de l’éducation nationale, comme le démontre la grève du lundi 12 Novembre. Avec environ 50% de grévistes dans les collèges et lycées, 25% sur la totalité du corps enseignant (le ministère parlait de 11%) la mobilisation fut importante, avec des manifestations partout dans le pays. Importante oui, mais pas suffisante, car nul ne s’attend à ce que le gouvernement courbe l’échine sous la pression syndicale (FO, CGT, FSU, Solidaires, snalc autonome, FCPE) et enseignante. Puisque la grève n’est pas reconduite le mouvement semble condamné à s’éteindre doucement, laissant le champ libre à Blanquer - ou plutôt au grand capital, dont le ministre n’est qu’un sbire.

  En disant que Blanquer n’est qu’un larbin du capital, nous ne prétendons pas qu’il prenne ses ordre directement d’un quelconque grand patron - cela est probable bien que non avéré. Il s’agit simplement de voir que sa politique d’austérité budgétaire et d’enseignement à deux vitesses n’est pas autre chose que celle qui bénéficie le plus aux capitalistes. Voilà pour ceux qui voudraient amalgamer communisme et complotisme bas-du-front. L’un est une analyse objective soutenue par les faits historiques, l’autre est un emportement irréfléchi que qualifier sérieusement de “théorie” relève de la pitrerie.

  Quoi qu’il en soit, le mouvement actuel et son insuffisance traduisent bien une chose : l’absence d’un projet fédérateur, global et démocratique pour l’éducation et la société française. Il n’est que trop urgent d’inviter les enseignants à se mobiliser toujours plus jusqu’à obtenir un rapport de force favorable, ce qui est impossible tant que les luttes restent cantonnés à des sujets ponctuels et sectoriels : il faut une “convergence des luttes”, il faut un projet révolutionnaire ! Nous ne souhaitons rien tant qu’un mouvement large dans lequel les enseignants seraient amenés à réfléchir ensemble à la transformation de leur travail, à son insertion dans un projet de société, voir à la revitalisation de l’école désséchée, grâce au grand fleuve du matérialisme dialectique. Mais pour ce faire la classe intellectuelle, dont font partie les enseignants, a besoin d’une organisation révolutionnaire, capable de leur donner les moyens de penser la totalité face aux contre-révolutions partialitaristes du management Macronien : elle a besoin d’un mouvement communiste fort et conquérant.

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