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JRCF

Une affaire de glotte- billet d’humeur

Une affaire de glotte- billet d’humeur

Le gouvernement est pris la main dans le sac quant à son instrumentalisation de la justice contre l’opposition. Les députés godillots, En Marche, démontrent tous les jours aux derniers sceptiques l’existence du fait majoritaire, c’est-à-dire leur subordination intégrale aux ordres et directives de l’exécutif. Ces cadres eurobéats, médiocres et surdiplômés, se réclament de la représentation nationale et de la société civile tout en ne représentant qu’une classe sociale, celle des petits maîtres qui ont souvent, comme le notait Beaumarchais,  une âme de valets. Valets de Jupiter Ier, nouveau Ludwig II qui se rêve Roi Soleil à Versailles tandis que la réalité du pouvoir réside dans l’axe Bruxelles-Berlin. Valets de l’Union Européenne, dont ils ne font que transcrire les directives. Valets de l’impérialisme yankee dont ils ressassent la propagande, glosant sur la famine vénézuélienne mais ignorant l’Argentine, invitant les néo-nazis ukrainiens mais accusant Cuba, jetant un silence pudique sur les exactions de l’allié saoudien. Valets en somme de la bourgeoisie, dont l’emprise sur le pouvoir politique, n’en déplaise au consternant Pierre Birnbaum, était déjà manifeste au début du XXe siècle – il suffit de lire Les cloches de Bâle de Louis Aragon ou de se rappeler des nombreux scandales financiers qui éclaboussèrent la Troisième République, placée sous le contrôle dictatorial de la Banque de France. Anatole France lui-même, pourtant républicain et peu suspect de « complotisme », déclarait qu’on « croit mourir pour la patrie [alors qu’] on meurt pour les marchands de canon ».

Que ces députés En Marche, dont nous venons de démontrer qu’ils étaient plutôt Aux Ordres,  osent, avec la complicité des médias qui leur sont acquis, détourner l’attention de cette dérive dictatoriale vers une soi-disant « glottophobie » de Jean-Luc Mélenchon, voilà qui prêterait à rire si ce n’était pas d’une grossièreté indigne.  Trop jacobin, Mélenchon, le député de Marseille qui s’oppose justement au pouvoir personnel du banquier président ? Ce serait comique venant d’une assemblée très parisienne qu’on n’a pas entendu protester  contre les coupes gigantesques au budget des collectivités locales. Ou peut-être que ces imbéciles, qui détruisent avec insouciance près d’un siècle de conquêtes ouvrières et démocratiques au bénéfice d’un patronat jamais rassasié, l’accusent à demi-mot de mépris de classe ? N’est-ce pas pourtant leur président qui se moquait des ouvrières bretonnes prétendument illettrées ? Des gens qui ne sont rien qui croisent les winners de la Start Up Nation en TGV ? Ne passent-ils pas leur temps, ces cadres libéraux ironiquement si uniformes qu’on les croirait fabriqués en usine, à s’exprimer dans un sabir technocratico-globish  parfaitement imbitable pour la majorité des français ?

Toujours est-il que cette nouvelle phobie (Philippe Murray parlait de « cages aux phobes ») est la parfaite illustration de la stratégie de diversion sociétale-identitaire, chargée de masquer les luttes sociales. Il s’agit de déplacer l’attention du politique (l’instrumentalisation de la justice contre l’opposition, la subordination des communes rendues entièrement dépendantes de dons arbitraires du pouvoir central) vers des droits individuels abstraits (parler français avec un accent attestant plus une origine sociale que locale- la bourgeoisie lensoise ou bordelaise n’a pas l’accent ch’ti ou méridional). Si on suit le raisonnement jusqu’au bout, cela revient à dire que le calaisien qui aura perdu son emploi du fait de l’absence de budgets pour les contrats aidés de la mairie et des délocalisations industrielles pourra parler avec l’accent qu’il lui sied sans être discriminé, pour préserver l’identité locale à Pôle Emploi entre le Carrefour Mivoix et le KFC.

« Tout est permis, rien n’est possible » prophétisait Clouscard.

 En fin de compte, La République en marche n’est ni jacobine (ce qui supposerait une véritable souveraineté nationale et n’a jamais impliqué, d’ailleurs, de mépris pour l’échelle communale, au contraire), ni décentralisée : elle est girondine en ce que, contrairement aux mystifications du petit clerc anticommuniste Onfray et de ses épigones faussement subversifs, elle ne vante le local que pour nier la démocratie et se mettre au service de la bourgeoisie, hier celle des marchands d’esclaves nantais et bordelais, aujourd’hui celle de la famille Mulliez ou de Bernard Tapie (qui pourront parler patois chez eux, les voilà rassurés). Entreprises dont la documentation interne, concurrence internationale et cosmopolitisme obligent, tend à se faire de plus en plus en mauvais anglais.

 

Shannon- JRCF

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