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JRCF

Dossier Spécial Grand Paris

Dossier Spécial Grand Paris

Pour les vacances, nous sortons un dossier spécial Grand Paris, pour rappeler notre mise en garde contre ce projet technocratique qui vise à détruire le Paris révolutionnaire et à déplacer les dernières classes populaires de la Capitale le plus loin possible de celle-ci.

 

 

LE GRAND PARIS POUR QUI ET CONTRE QUI ?

 

Le Grand Paris est un projet global visant à transformer la Capitale et ses environs en une grande métropole à l’américano-européenne, sous prétexte d’améliorer le cadre de vie des habitants et autres fadaises qu’on nous sert. Imaginé et promu par l’ancien président Nicolas Sarkozy en 2007 avec la consultation d’architectes internationaux pour développer une vision d’ensemble de l’aménagement francilien. La Loi du 3 juin 2010 institutionnalise réellement le projet.  Le projet est connu surtout par ses deux versants : leGrand Paris express et la Métropole dite du Grand Paris.

La loi sur le Grand Paris prévoit la mise en place de contrats de développement territoriaux, notamment sur l’aménagement d’une vingtaine de zones stratégiques en matières économique, urbaine et sociale, à l’instar du biocluster (1) de Sanofi à Vitry-sur-Seine. C’est ensuite la loi MAPTAM (2) qui va vraiment lancer le nouveau type d’intercommunalité fort du GP : la métropole.

Parlons un peu de la politique du logement (3). Dernièrement, selon deux pointures de l’immobilier, Century 21 et Guy Hoquet, le prix des transactions immobilières pour Paris sont repartis à la hausse (5%) (4). Rappelons qu’en 2012, pour Paris intra-muros, 140 000 demandes de logements sociaux ont été faites et moins de 12 000 d’entre elles ont été satisfaites. Quand bien sûr certaines familles n’ont pas été obligées, tout simplement , de s’exiler en banlieue, comme le reconnaît le  « communiste » Ian Brossat, chargé de cette question, auprès de la mairie de Paris. 

La loi sur le GP avait fixé un objectif de construction annuelle de 70000 logements supplémentaires. Seulement, une question nous taraude : pour qui ?

Essentiellement les jeunes diplômés, les cadres supérieurs et ingénieurs attirés par la métropole, ce que semble confirmer Century 21 et Guy Hoquet : 83,6 % des acheteurs parisiens sont soit cadres supérieurs ou personnes exerçant une profession libérale, soit cadres moyens. Cependant la proportion d’acquéreursparmi les ouvriers et les employés tombe à 16, 4 % pour Paris (5). En effet, les divers projets coûteux aux architectures XXL encouragent la spéculation immobilière et foncière, ce qui entraine aussi pour certaines villes de la petite couronne un processus d’embourgeoisement -ou de gentrification comme certains le disent – accompagnant les opérations de rénovation urbaine et réservant l’accès au plus proche de la Capitale aux aisés (6). Alors certes on nous rétorquera que des politiques sont mises en place pour éviter au moins le trop grand développement de ce phénomène en Petite couronne (7), mais le fait est là, les prix sont en hausse et ce phénomène commence déjà à s’instaurer. Et à la vue de la politique globale qui gouverne la France, si aucun coup d’arrêt n’est porté efficacement contre cette politique, les classes populaires vont se retrouver au fin fond de la région, dans des villes dortoirs, dont les populations pourront tout de même venir travailler sur Paris grâce au Grand Paris express. 

Bref, la politique du logement actuelle trahit surtout une politique au profit d’une classe.

Mais des emplois, nous dira-t-on, vont être créés, donc de quoi vous plaignez-vous ? Oui, d’accord, mais lesquels ? On nous annonce (mais c’est fluctuant) la création de 250000 emplois d’ici 2030. Ces emplois ne seront pas pour les couches populaires sans qualification, mais plutôt des activités tertiaires, souvent aussi parasitaires que bien qualifiées. A titre d'exemple, prenons le quartier de la Défense, qui attire les sièges sociaux des grands groupes comme Saint-Gobain, Total ou RIE. Le groupe canadien CGI implanté là-bas annonce recruter 1300 collaborateurs, en l’espèce des consultants et des experts. Et ces collaborateurs font travailler promoteurs designer et services RH qui leur offrent tout le confort matériel qu’ils veulent dans leur espace de travail (8). Et cela va créer notamment du travail dans le domaine médical : en effet, les futurs salariés des entreprises de La Défense pourront dans leur espace aménagé travailler partout et tout le temps, même en pause, ce qui va créer forcément des situations de tensions, voir des risques de maladies psychiques. Or, Psya, un cabinet de conseil spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux à emménagé à la Grande arche (9) …

A côté de ça, toutes les méga-constructions et autres projets architecturaux vont détruire certains emplois, notamment tous les petits commerces existants, à l’instar du projet Europacity à Gonesse (renvoi à un article), de la destruction de zones agricoles à Rambouillet ou de l’urbanisation de l’espace boisé du bois Grignon à Orly.

 Au final ce projet de Grand Paris montre la relation entre la concentration du capital et la concentration urbaine, qui attire tout à elle, les hommes et les richesses. Qui centralise toutes les décisions, pendant que tous les espaces aux alentours sont subordonnés.

Les JRCF et le PRCF de la région parisienne sont opposés à ce projet funeste pour les classes populaires et plus généralement contre l’histoire révolutionnaire de Paris. Nous demandons l’arrêt des destructions organisées au nom de ce projet, aussi bien la destruction prochaine des départements de la Petite couronne que les destructions d’emplois organisées.

 

Repensons autrement la ville et ne laissons pas le capitalisme transformer notre territoire d’habitation au gré de ses fantasmes.

 

  1. Un cluster, terme à la mode (dont le plus connu est celui de Saclay), désigne un bloc urbain dont les activités sont homogènes. On pourrait remplacer se mot par « quartier ».  
  2. Loi n°2014-58 du 27 janvier 2014 sur la modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation de la métropole.
  3. Pour plus de détail sur les précédentes années, voir l’article de Jean-Pierre Garnier cité plus haut.
  4. « Immobilier : les prix parisiens repartent nettement à la hausse. »Les Echos.
  5. Ibid.
  6. Pour une description du phénomène de gentrification, voir « Globalisation, métropolisation, gentrification… faire la ville en régime capitaliste » de Jean-Pierre Garnier.
  7. « Valorisation ou spéculation ? » de Julien Descalles, Grand Paris développement n°22, hiver décembre 2017.
  8. « La Défense se plie en quatre pour séduire ses futurs salariés », Le Parisien, 19 janvier 2018.
  9. Ibid. Note : c’est l’article qui présente cette situation comme positive...

LE GRAND PARIS, UN PROJET AMÉRICAIN ?

A priori non et que le lecteur se rassure, il n’est pas question de verser dans un quelconque complotisme à base de « méchant américain » qui dirigerait dans l’ombre la construction du Grand Paris en direct de Washington… Présenter les choses sous cet angle serait certes caricaturale ; pour autant, nier l’évidence serait dramatique : en étant quelque peu observateur, il est clair que Paris s’américanise toujours davantage.

Premier constat, dans plusieurs des constructions faramineuses du Grand Paris on retrouve à la place de la langue de Molière la langue américaine. Par langue américaine nous n’entendons pas la belle langue de Shakespeare, mais le « globish » parlé dans le conseil d’administration de Goldman Sachs et qui est la conséquence, dans le domaine linguistique, de ce phénomène de globalisation qui est bien le pire pendant de la mondialisation : un mélange grossier de tout avec tout à tel point que rien ne signifie plus rien. On construit des nouveaux bâtiments qui ne sont plus français mais mondiaux ou européens (ou les deux), à l’instar du funeste projet EuropaCity à Gonesse, de la tour Skylight à Puteaux ou du jardin U Arena à Nanterre.

Deuxièmement, qui peut oublier que la mode de la métropolisation nous vient tous droit des Etats-Unis. Nous entendons par métropolisation ces villes concentrant les activités financières, administratives, culturelles et bien sûr politiques…  Il n’y a ici de place que pour la tertiarisation de l’économie capitaliste qui a balayé les pays « en voie de développement », non contente de les dépouiller de leurs richesses. Bref dans le cas de Paris, transformer notre capitale… en capitale du Capital !

Maintenant insistons sur un point : pour ceux qui ne le verrait pas, il y a un caractère néocolonial à imposer cette culture américanisée au reste du monde : après McDonald’s, le mode d’urbanisme américain doit se répandre partout au détriment des identités architecturales propres à chaque nations, elle-même résultat d’une histoire, d’une culture… Cette mise en avant de l’urbanisme américain va donc bien de pair avec cette imposition par la force du globish, cela sans concertation aucune avec d’une part les élus, d’autre part le peuple français.

Ensuite, nous ne devons pas nier la lutte de classe qui se joue au cœur du Grand Paris. En effet, du fait de l’augmentation du prix de l’immobilier et du foncier, de plus en plus de prolétaire sont obligés de passer le périph’. Concomitamment à cela, la bourgeoisie sans frontière impose sa langue, le globish, au reste du peuple, ce qui participe de l’appauvrissement intellectuel de la France. Et ce basculement linguistique soi-disant pluriel et « open » continue d’exclure dans nos lycées l’enseignement de l’arabe et des langues de l’immigration. La lutte de classe est sous-jacente à tous les combats d’aujourd’hui, et celui de la langue est peut-être l’un des plus importants, car il y a beaucoup à perdre…

Le PRCF et les JRCF, soucieux de combattre le projet néfaste du Grand Paris et de la disparition de la langue française au profit de l’anglais des affaires, refusent cette politique destructrice et anti-sociale. Rappelons-le au passage, en renvoyant les prolétaires de Paris et en prônant le Tout-anglais, c’est la mise à mort du Paris révolutionnaire que l’on cherche, celui de la Grande Révolution, de la Commune de Paris, du soulèvement de Paris d’août 1944 et de Mai 68 !

Soucieux d’être une force de proposition et non pas seulement d’opposition, nous proposons :

  •  Réaffirmation dans les faits du français comme langue nationale, interdiction, sauf cas très particuliers, des titres de films, des slogans publicitaires, des publications universitaires, des enseignes commerciales, des enseignements dans une langue autre que le français (sauf pour les langues vivantes).
  • Recherche de partenariats internationaux pour promouvoir les langues nationales et combattre la domination du « business-Globish ».
  • Renforcement de la loi Toubon de 1994 de manière à permettre à tout francophone vivant en France de porter plainte contre les contrevenants patronaux avec obligation pour la justice de sévir en urgence sur ces dossiers.
  • Interdiction des cours en anglais dispensés par des francophones à une majorité de francophones à l’université et dans les grandes écoles

LE MIRAGE DU GRAND PARIS EXPRESS

 

 

Il y a seulement quelques mois est sorti un rapport salé de la Cour des comptes sur le Grand Paris Express (GPE). En cause la dérive continuelle des coûts, toujours plus importante chaque année(1), le sérieux doute sur le respect des échéances (par exemple pour les Jeux Olympiques) et un important risque sur les finances publics à court et moyen terme. C’est sur ce point que la Cour demande une véritable réforme de la gouvernance de la Société du Grand Paris qui s’occupe du projet.

Aux camarades n’habitant pas la région Île-de-France, il est important de rappeler de quoi on parle. Le Grand Paris Express, vitrine d’un projet plus global qu’on appelle le Grand Paris, est un projet de métro automatique de plus de 200 km de rail, composée de 4 nouvelles lignes (15, 16, 17 et 18) et de 2 extensions de métro existant (11 et 14) faisant le tour de la région. Un vaste projet de transport public (?) réalisé par la Société du Grand Paris, créé par l’Etat dans ce but, dans le cadre d’un accord avec IDF Mobilités. Ce projet grandiose est né en 2011 sous Nicolas 1er et a été poursuivi sous François 2 dit le mou.

Pour ceux qui n’habiteraient pas dans la capitale ou ses environs, nous devons rappeler que si tout le monde, ou presque, est d’accord avec ce projet, sa gestion est beaucoup critiquée par des élus de tout bord (2) et par divers organismes (3).

Que pense le PRCF et les JRCF du projet du Grand Paris Express ?

Nous apportons un soutien critique à ce projet, parce que les franciliens passent en moyenne 90 minutes dans les transports chaque jour. A cet égard, ce « supermétro » permettra de désenclaver certaines parties de l’Île-de-France et de diminuer le temps de trajet. En effet qui vit à Paris et dans ses environs sait que la politique des transports diffère d’un département à l’autre et crée de terribles inégalités territoriales. A ce titre, la politique des transports de la Seine-Saint-Denis est une catastrophe, et ce qui de tout évidence aggrave le problème de chômage et de criminalité. En conclusion, nous apportons notre soutien critique au projet et aux élus qui se battent pour sa mise en œuvre.

Toutefois, nous ne pouvons passer aveuglément à côté des buts idéologique du projet. Nous n’allons pas rappeler les critiques pour la plupart justifiés des technocrates franciliens, comme le surcoût du projet, un risque d’endettement trop important contrebalancés par des recettes aléatoires.

Non, il ne s'agit pas de cela.

En premier lieu, l’embourgeoisement de Paris dû à l’installation d’une nouvelle petite bourgeoisie avec son lot de nouvelle construction high-tech et d’entreprises du tertiaire lui correspondant, ainsi que la lente colonisation des anciens quartiers populaires de la proche banlieue par ces mêmes bobos, amènent les classes populaires à s’éloigner de plus en plus du centre de Paris. Cependant, tous ces travailleurs, la plupart non qualifiés, doivent tout de même aller travailler dans la capitale et ses environs. Vous n’imaginez pas quand même les habitants du 16ème faire leurs ménages tout seul non ? Là entre en jeu le GPE, qui en quelques instants transportera ces prolétaires de leurs maisons à leurs lieux de travail. Ils seront une main d’œuvre corvéable à merci et qui n’aura même plus le droit à connaître de son environnement car perpétuellement en déplacement.

Ensuite, on nous parle de « transport public », mais quid de la privatisation de la SNCF aux alentours de 2020 sous pression de l’Union Européenne ? Il s‘agit d’une mauvaise blague. On aura fait payer de l’argent au contribuable, l’Etat aura donner des subventions pour construire un projet qui finira par servir l’appétit d’un capitaliste ! Nous rappelons au passage que nous sommes opposés à la casse du rail français, qui ne peut amener que des désastres comme ne Angleterre ou en Suède, et que nous soutenons la grève des cheminots.

En conclusion, tout cela illustre les propos de Lénine dans son étude sur l’impérialisme : la tendance du capitalisme monopoliste à extirper la production des pays impérialiste vers « l’Orient » en transformant les pays centres en réserves oligarchiques, parasitaires, financiers, touristiques, où la classe salariée est dominée pendant qu’une énorme plèbe (classe moyenne) vit du surprofit impérialiste. Toutefois, pour ces derniers, il faut rappeler que cela ne dure jamais et qu’un jour ou l’autre ils finiront comme les prolétaires qu’ils ont participé à chasser vers la périphérie.

 

  1. Objectif initial de 2013 25, 5 milliards. Dépenses totales estimées désormais ? 38, 5 milliards !
  2. « Grand Paris Express : 13 milliards d’euros de surcoût, la capitale ne serait pas prête pour les JO », RT France, 17 janvier 2018.
  3. « Le Grand Paris va dans le mur ? « On l’avait bien dit », 26 janvier 2018, Villes-rail-transports et « Grand Paris Express : l’Etat se défile », transportparis.canalblog, 2018.
  4. Voir « Le Grand Paris, dévastation métropolitaine » de Jean-Pierre Garnier, 20 février 2014.
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