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Les frais d’inscription, suite de la loi ORE ?

Les frais d’inscription, suite de la loi ORE ?

Alors que le mouvement contre la sélection à l’université prend de l’ampleur, avec à la clé plusieurs examens annulés et des administrations d’universités déboussolées (comme à la Sorbonne), un autre carnage pour l’enseignement supérieur pointe son nez.

En effet, nous mettions en garde il y a quelques mois contre une note réalisée par un économiste pour le programme présidentiel de Macron. Cette note, d’un certain Robert Gary-Bobo, portait sur la réforme universitaire a adopter, notamment la sélection à l’entrée de l’université et la question des frais d’inscriptions. Il y a quelques jours Libération a sorti un article de trois auteurs dénonçant l'apparition prochaine des frais d’inscription à l’université.

Le constat des auteurs : une multiplication des cursus universitaires payant pour renforcer la concurrence entre les écoles et les universités, et ainsi généraliser les frais d’inscriptions. L’article de rappeler d’ailleurs la note citée plus haut qui propose le paiement des études par les étudiants par l’intermédiaire d’un crédit. Note qui dit expressément que cela multipliera la concurrence entre les écoles et les facs, amenant ces dernières à adopter le même système que les grandes écoles*.

Un exemple qui inquiète les auteurs : le « bachelor » ouvert par l'Ecole Polytechnique en septembre 2017, qui est un cursus payant et pourrait délivrer un grade de licence, normalement réservé aux universités, mais n’ayant pas de valeur national**. Ce cursus étant autorisé par le ministère, le risque est grand de voir d’autres écoles en proposer un. Face à cela les universités seront obligées à un moment de facturer le diplôme. D’ailleurs, combien le « bachelor » à Polytech ? Entre 12000 et 15000 euros ! Nul doute que les enfants de prolétaires pourront se le payer !...

Ce qui se fait à l’université est dans la droite ligne de ce qui se fait dans le droit du travail : on flexibilise, c’est-à-dire on rend malléable le travailleur.

Le sujet étant sensible, l’article note bien que l’attaque du gouvernement est moins frontale qu’avec les ordonnances Macron et la loi ORE : on préfère la politique des petits pas, en augmentant les frais dans plusieurs grandes écoles publiques comme aux Ponts-et-chaussée (2870 à 5740 euros) et à Centrale Supéléc (3500 euros).

Toutefois, nous ne pouvons suivre les conclusions de l’article. En effet, on en appelle naïvement à la toute fin au gouvernement pour clarifier sa position et combattre cette réforme. Les gouvernements successifs travaillent depuis des années à cette situation, non par mégarde mais par une pure volonté de privatiser le futur marché juteux de l’éducation.

Nous ne pouvons rien attendre de ce gouvernement.

Les étudiants doivent continuer à se battre contre les diverses réformes de l’université, car sinon il ne restera rien de l’enseignement supérieur public pour les futurs générations, si ce n’est des dettes et un pays asservi à la finance.

 

*L’article rappelle d’ailleurs les éléments de langages proposés par l’économiste pour faire passer sa réforme : parler du crédit comme nouveau droit à l’autonomie pour les jeunes (amalgamant bourgeois ET prolétaires), ou encore remplacer les termes « concurrence » et « sélection » par « ouverture » et « diversité ».

**C’est ce système qui est proposé dans la note pour remplacer la licence et permettre la mise en concurrence des universités. En effet, à partir du moment où le diplôme n’a qu’une valeur par rapport à l’établissement, ceux-ci devront être le plus « compétitif » pour que le « bachelor » garde de la valeur. Afin de ramener à la réalité ceux des étudiants qui croient qu’une université plus compétitive la garantie d’un meilleur enseignement : être plus compétitif ne signifie pas des cours plus intéressants et pertinents, mais des coûts prohibitifs à l’entrée de l’université, une politique de « marche ou crève » à l’encontre des étudiants rencontrant des difficultés, ainsi que des cours réalisées aux mieux des desiderata des entreprises.

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