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52e congrès de la CGT - Être ou ne pas être ?- par Jean-Pierre Page

Dans le cadre du nécessaire débat préalable au 52ème congrès de la , Jean-Pierre page, ancien responsable du département internationale de la , livre ici une analyse percutante de la situation du syndicalisme dans le cadre de la crise du capitalisme et de la guerre sociale que mènent ses dirigeants contre les travailleurs et les peuples.

Jean-Pierre Page a travaillé à Air France,  il a été secrétaire général de l’Union départementale de la CGT du Val de Marne (1979-1990), membre de la commission exécutive confédérale de la CGT(1981-2000), responsable du département international de la CGT(1991-2000). Il est l’auteur de plusieurs livres dont « Camarades, je demande la parole ». Investig’Action éditions, 2016

52e congrès de la CGT- Etre ou ne pas être ?

Une contribution au débat des militants – Jean-Pierre Page

« Celui qui n’a pas d’objectifs, ne risque pas de les atteindre ! » Sun Tzu (6e siècle av J-C)

Le 52e congrès de la CGT va t’il (enfin?) permettre de débattre des causes véritables de cette torpeur qui s’est abattue  sur le syndicalisme français.

Pourtant, un contexte national et international aux enjeux inédits impose à celui-ci le besoin de se hisser à la hauteur de ce qu’ils exigent. Cette nouvelle période qui n’est pas sans risques n’est pas non plus sans opportunités ! C’est ce que viennent de démontrer les métallos allemands ! Toute la CGT se doit de prendre la juste mesure de ces défis et assumer les responsabilités qui sont les siennes ! Le prochain congrès confédéral de 2019 à Dijon le permettra t’il ? Telle est la seule question qui vaille !

Faire un bilan !

Aujourd’hui à contre-courant des réalités, certains dirigeants syndicaux semblent vouloir se rassurer en se réfugiant dans un immobilisme fait d’incantations, de bonnes intentions parfois de compromission et de  stratégies aléatoires. Contrairement à ce que l’on vient de vivre en Allemagne où les travailleurs de la métallurgie ont  imposé leur ordre du jour, le calendrier social en France est fixé par E. Macron, son gouvernement et le patronat, les syndicats s’y tiennent, CGT compris ! Le décalage entre ce conformisme fait parfois de placidité et les besoins des travailleurs est saisissant.

Il est de plus en plus préoccupant, car il touche à la crédibilité du syndicalisme, à son utilité, à sa réputation et donc à son existence en France et ailleurs, au fond à sa place dans la société! Bien sûr l’affaiblissement de la CGT n’arrange pas les choses. C’est bien sur les causes de cet affaiblissement auxquels il faut réfléchir pour agir en conséquences.

A t’on pris la juste mesure de cette « guerre sociale »

à laquelle se livre le Capital fait de haine et de répressions sans précédents vis-à-vis de ceux qui sont  à la tête des luttes ? Le but est pourtant de casser les avancées sociales, placer le syndicalisme en état perpétuel de défensive, imposer le recul social comme une évidence inéluctable à laquelle il faudrait se soumettre dans l’hypothétique retour à des jours meilleurs !

La raison principale de cette situation préjudiciable pour le monde du travail est due au fait que le Capital ne renonce jamais à ses objectifs destructeurs et au fait que le syndicalisme préfère nier cette réalité. On cause, en se revendiquant  de la lutte des classes, mais on n’en tire aucune conséquence. Or, il ne suffit pas de constater la détresse des gens, « et voir dans la misère que la misère », il faut prendre en compte l’antagonisme radical de la contradiction capital/travail. En est il ainsi ? C’est loin d’être évident !

Il est quand même remarquable que des économistes

libéraux reconnaissent aujourd’hui la validité des analyses de Marx sur la nature de la crise du capitalisme mondialisé et ses inquiétantes perspectives(Patrick Artus pour Natixis) pendant que des syndicalistes se contentent du constat « ça va mal » !

Car au fond la lutte de classes tout le monde en parle même des milliardaires US comme Warren Buffet, mais pour le syndicalisme en termes d’actes concrets, de stratégie, cela signifie quoi ?

Va-t-on enfin réfléchir au bilan syndical de ces 30 dernières années, et pour ce qui concerne la CGT au prix à payer d’une mutation, d’un recentrage qui l’aura profondément déstabilisée et affaiblie. Considère-t-on cela comme une fatalité, ou encore par l’éternel formule censée tout expliquer : « c’est compliqué »  Va t’on débattre des nombreux sujets auquel on s’est habitué à ne pas répondre et qui loin de mobiliser l’adhésion des militants comme des travailleurs provoquent de nombreuses interrogations, tout particulièrement  de la part des jeunes.

Se réapproprier la CGT !

Va-t-on enfin rompre avec l’auto satisfaction,  le ronron, les états d’âme, les formules creuses qui veulent tout dire et ne rien dire ? Va t’on par exemple préparer le congrès de la CGT en accablant les militants de directives et continuer à fonctionner selon le principe : «  ceux qui décident, et ceux qui appliquent » ! Où  va t’on considérer le congrès comme une opportunité et donner la parole à ceux qui la réclament?

Une chose est certaine on ne répondra pas par la fuite en avant, le repli sur soi, encore moins par l’autisme, l’autoritarisme, l’obstination ou la cécité.

Pire encore, vouloir cadenasser une expression  contradictoire avec la « pensée officielle de la direction » entraînerait de nouveaux déboires. La CGT n’en a pas les moyens, si tentés qu’un jour elle les a eus ! Son unité et sa cohésion sont à ce prix.

Il faut libérer la parole,  qu’on en finisse avec les calculs mesquins d’appareil, le « politiquement correct », « le pragmatisme »les plans de carrière, les nom dits, les exclusions, la « professionnalisation » rampante au détriment des valeurs du militantisme ?

Pourquoi faudrait-il accepter d’être traité avec condescendance comme si les militants de la CGT n’étaient pas majeurs et capables d’assumer

pleinement  leurs responsabilités, leurs choix, à tous les niveaux de l’organisation ?

Pourquoi faudrait-il accepter d’être dépossédé d’un droit d’inventaire légitime, s’en tenir à la délégation de pouvoir, au chèque en blanc et bannir la discussion franche sur les sujets dérangeants ?

 

Ne faut il pas créer les conditions partout  d’une réappropriation de la CGT par ses adhérents eux mêmes!  Ne faut il pas que cela se reflète démocratiquement dans les discussions comme dans la désignation et l’élection des délégués, la composition de la future direction de la CGT, y compris dans le choix du secrétaire général ?

La CGT représente une somme d’intelligence et de dévouement, une histoire prestigieuse faite de valeurs et de principes qui devraient guider une ambition pour contribuer à cette mobilisation indispensable du monde du travail. N’est ce pas ce qui fait défaut ? N’est ce pas ce qui devrait être le véritable ordre du jour d’un  congrès transparent, offensif, combatif et fraternel ?

A cette question légitime, va t’on répondre en bredouillant des formules creuses du type « c’est un problème », cette rhétorique dont Philippe Martinez  a pris l’habitude, ou clarifier ce qui doit l’être ? Un secrétaire général de la CGT doit défendre une vision ! On peine à savoir ce qui est la sienne. Entre diriger et gérer au jour le jour, on attend de la part des dirigeants de la CGT des choix clairs. A l’évidence on n’en est pas là ! On peut même être parfois stupéfait par l’inanité des leurs propos.

Voilà pourquoi, cela suppose de rompre avec les pratiques anciennes qui aboutissent à la confiscation du débat par quelques-uns et plus encore à des prises de décisions incertaines qui ne reflètent qu’en partie les choix démocratiquement exprimés.

Le syndicalisme doit changer c’est une évidence. Pour sa part le problème auquel la CGT est confrontée depuis des années est celui de son orientation, de son programme revendicatif, de sa stratégie ! Cela fait beaucoup ! Ses adhérents tout comme les travailleurs doivent savoir où elle se situe. On ne le sait plus vraiment !

(...)

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