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Détruisons l’université avec les Echos !

Détruisons l’université avec les Echos !

Il y a quelques jours, le 22 septembre, le journal ultra-patronal Les Echos nous a gratifié d’un article « point de vue » de la part d’un professeur d’université, Claudio Galderisi, qui enseigne les langues et la littérature de la France médiévale à l’université de Poitiers. Le titre donne le ton : Université : en finir avec l’égalitarisme. Vous vous en doutez, ce fameux « égalitarisme » va être la cause de tous les maux pour le professeur, ce que confirme l’en-tête : « Le système français organise de fait la réussite de ceux qui ont les moyens financiers de s’offrir de grandes écoles. Il faut réformer le premier cycle universitaire en y introduisant la sélection » (?) En conclusion, le système scolaire français favorise les élèves des classes aisées et pour en finir avec ça il faut introduire de la sélection, alors que la plupart des bons élèves sont (majoritairement) ceux qui viennent déjà d’un milieu aisé (comme l’a montré Pierre Bourdieu), possédant un plus grand capital culturel, donc en réfléchissant bien cela revient à lutter contre le critère « patrimoine financier » à l’école en facilitant d’autant plus sa présence. Cherchons la cohérence…

Bref, le début de l’article met en accusation l’autorisation du tirage au sort d’avril dernier comme étant l’émanation de la politique dite « égalitariste » en matière d’éducation du gouvernement français. A ce titre, Claudio Galderisi semble plutôt heureux de la fin du système de tirage au sort d’ici 2018. Il pointe la stupidité du système Admission Post Bac qui ne tient pas compte du mérite, ni des compétences disciplinaires acquises, ni même de la motivation. Nous sommes nous-mêmes critiques (voir franchement scandalisé par cette atteinte au travail dur et sérieux d’un élève) par rapport à la politique du « tirage au sort » qui a montré son aspect catastrophique il y a tout juste quelques mois. Et on peut même comprendre sa critique mais on peut suspecter que cela soit loin de la politique égalitariste postulée au gouvernement par monsieur Galderisi, mais plutôt (comme dans d’autres services publics) une action délibérée dans le but d’amener à la privatisation du service public de l’orientation (plus de CIO, maintenant on cherche tout seul comme un grand sa formation), de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (qui subit depuis plusieurs années une baisse de son budget). Cette technique qui consiste à créer des dysfonctionnements dans un service public pour pouvoir dire ensuite : vous voyez ! Ce modèle est en crise. Privatisons et tout sera résolu !

Le professeur Galderisi critique cette exception française qui veut que l’université ne soit pas sélective contrairement à des formations comme les prépas et les écoles de commerces, et selon lui c’est ce qui permet d’expliquer la pratique du tirage au sort, le taux d’échec important en licence et la dévalorisation des diplômes universitaires. En Grande-Bretagne, le système scolaire est très sélectif, à tel point que les « grands hommes » du pays sortent quasiment tous des mêmes écoles et a fortiori de la même classe sociale. D’autre part il existe à côté dans le même pays une sélection à l’argent avec des formations extrêmement coûteuses et une dette étudiante importante à la fin de ses études (et ne parlons pas de cette même dette aux Etats-Unis). Le taux d’échec important en licence dans l’Hexagone est sans doute aussi imputable en majorité à une mauvaise orientation, l’élève se retrouvant seul face à la recherche d’une formation, le manque de moyens pour accueillir les nouveaux élèves (des amphis trop petits pour un nombre d’étudiants en constante augmentation par exemple), ou encore (révélation) le fait que certains sont obligés de travailler à côté pour financer leurs études ou tout simplement manger* !  

« Sur les 2.600.000 étudiants qui sont inscrits dans les différentes filières de l’enseignement supérieur plus d’un million choisit le système sélectif » : on se demande s’il y a un lien entre ces chiffres et la forte promotion qu’on nous en fait dès le lycée… « on retrouve parmi eux plus de 90% des bacheliers scientifiques qui ont une mention. Les autres bacheliers sont destinés à rejoindre l’université et à y échouer à plus de 60% et à plus de 95% pour les bacheliers de la filière technologique ! » : nous pouvons nous demander si cela n’a pas à voir avec le fait que ces filières sont extrêmement dévalorisées à l’école ?

Son projet : une année propédeutique**. Dès la rentrée 2018. Dans ce cas-là les « universités doivent pouvoir choisir leurs étudiants en fonction des compétences disciplinaires déjà acquises, de la qualité des études secondaires, de la motivation et d’un projet didactique cohérent ».

Première remarque, ce projet ne répond pas à la question suivante : comment lutter contre la sélection par l’argent ? Ce n’est pas en mettant de la sélection à l’université que l’on règle le problème. Le financement des études coûte cher, même public, et in fine les meilleurs élèves sont ceux qui peuvent étudier sans travailler.

Deuxième remarque, il est sous-entendu qu’en enlevant le tirage au sort et en mettant une place une sélection, le problème de vétusté des locaux et de capacités d’accueil des universités ne se pose plus, les étudiants y accédant étant moins nombreux. Avec l’année propédeutique qu’il propose on peut se demander si cela fera autant baisser le nombre d’étudiants au final, et puis le but de l’université française c’est de permettre à tous d’atteindre un certain niveau de connaissances après la Bac. Il est intolérable de voir que nous sommes sommés par le capital de baisser le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, de rendre l’étudiant (le futur travailleur) malléable aux desiderata du patronat en dévalorisant systématiquement les diplômes et en mettant en concurrence les universités entre elles.

Monsieur Galderisi partage les idées de notre nouveau monarque : l’université ce n’est pas pour tout le monde, mettons fin à cette exception française, américanisons-nous ! Avec la génération des années 2000 qui arrive, ce que nous propose ce cher universitaire ce n’est rien de moins qu’empêcher une bonne partie d’entre eux d’accéder à l’université, et, à la place, les transformer en main d’œuvre déqualifiée, armées de réserve du capital (mais pourront-ils être plus « compétitifs » qu’un ouvrier roumain ou polonais ?)

Rappelons-le, toute chose utile, face au tirage au sort et à la sélection appelée par monsieur Galderisi, que le bac doit rester la seule clé pour rentrer à l’université. C’est le premier grade universitaire, un diplôme national assurant une même base de reconnaissance non seulement des étudiants, mais également des travailleurs (diplôme national = base des conventions collectives).

Le PRCF et les JRCF, non seulement force de combat, d’opposition et de proposition, se permettent de rappeler quelques-uns des points de son programme en matière éducative, en opposition avec les propositions de monsieur Galderisi, et d’appeler la jeunesse à ne rien lâcher face à Macron et sa clique européiste.

Extraits du programme du PRCF :

« 3) Abolir les mesures réactionnaires prises dans le cadre de l’Union Européenne

 

c) Défense de l’Éducation Nationale et de la laïcité

Notre système éducatif s’est profondément dégradé sous les effets de la politique réactionnaire à laquelle il a été soumis. Il peut être considéré comme sinistré. S’appuyant sur les effets de sa politique le pouvoir s’apprête à le dénationaliser abattant ainsi une voute essentielle de la nation française. En cela il s’aligne sur les orientations de l’OCDE qui estime que dans un pays avancé les familles ont la capacité intellectuelle et financière d’assurer l’éducation et formation de leur progéniture, le système marchand devant y jouer un rôle prépondérant. Ainsi on interdit de fait l’accès aux formations les plus qualifiantes aux enfants des classes moyennes, ouvrières, paysannes ou issues de l’immigration. Ce système n’est intéressé que par la formation nécessaire à la satisfaction des besoins égoïstes de la classe dominante sans prendre en compte ceux des classes populaires qui nécessiteraient une élévation considérable de l’intelligence et des compétences dans tous les domaines de l’activité humaine.

(…)

Reprendre et actualiser le plan Langevin-Wallon.

Promouvoir l’égalité de dignité entre les enseignements pratiques et professionnels avec l’enseignement général et théorique.

Redonner à l’enseignement du français sa place primordiale. Une bonne maîtrise du français est un gage de réussite dans les autres disciplines.

Abroger la loi LRU et mettre fin aux financements privés (fondations etc.) ou locaux pour les universités qui seront dotées par l’Etat des moyens financiers nécessaires à leur fonctionnement et leur développement, y compris par le biais d’un impôt sur les firmes profitant le plus de la recherche universitaire.

Dénoncer les accords de Bologne instituant le « LMD» et retour au caractère national des diplômes, à l’unique collation des grades par les universités publiques, ce qui suppose l’harmonisation des formations et la réduction des inégalités de moyens entre facultés.

Supprimer les droits d’inscription dans l’enseignement supérieur. »

 

* 46% des étudiants sont à l’heure actuel obligés de se salarier pour financer leurs études.

** C’est-à-dire une période d’enseignement mises en place dans certaines écoles, universités ou séminaires visant à préparer l’élève pour de futurs enseignement, et visant ainsi à faciliter l’apprentissage.

 

Photographie :

orientation.blog.lemonde.fr

 

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