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Loïc Chaigneau : Surdoué, douance, Zèbre : Le nouveau cache-sexe du racisme de l’intelligence. (3)

  1. Hypersensibilité et Psyché comme construction historique.

 

  Comme cela a été signalé plus haut, il est un point intéressant au sujet des Zèbres, c’est l’hypersensibilité qu’on leur prête. Ce point, relevé très tôt par Alice Miller a eu le mérite de montrer que le surdoué, s’il en est, ne développe pas une intelligence unidimensionnelle, mais que sa capacité relationnelle et de compréhension d’autrui peut le conduire à comprendre très vite certaines situations et comportements.  C’est là un point intéressant, et sans doutes indéniable, néanmoins il ne manque pas de faire une nouvelle fois l’impasse sur les conditions matérielles et historique qui rendent ce phénomène possible et donc absolument pas extraordinaire.

  En effet, de même que le mariage et l’attention portée aux enfants ont pu se cristalliser autour de l’amour et ce de manière communément partagé dans les pays dits Occidentaux, depuis le développement des moyens de productions moderne et les avancées hygiéniques, la psyché, comme résultant de la praxis historique se voit modifiée et nouvellement codifiée. Les conditions sociales et économiques offrent davantage la possibilité de s’intéresser à autrui, de le comprendre, d’être davantage en contact avec lui dans un rapport d’amour et pas simplement de subsistance. La crainte de la mort précoce, entre autre, ayant presque totalement disparue chez nous, l’inconscient s’autorise davantage à accueillir des affects qu’ils repoussaient auparavant pour sa survie et par incompatibilité sociales et coutumières. Aussi, tout comme il n’y a rien d’étonnant au fait que les enfants dépassent leurs parents, sans quoi il n’y aurait ni Histoire ni progrès dans l’Histoire, il n’est pas plus étonnant de voir des enfants plus sensibles aux relations avec l’autre. De plus, les conditions permettant de rendre cette disposition plus universelle qu’auparavant, elle apparaît comme un phénomène nouveau dont on peine à expliquer les causes du fait du nombre recensé. Or, cela relève du progrès logique de la conscience humaine dans le processus de libération qui est le sien.

  Néanmoins, cela revient une fois de plus à poser la question éthique. Or, ce n’est jamais ce plan qui est valorisé actuellement chez les personnes dites « surdouées ». Au contraire, ce à quoi nous assistons lorsque le diagnostic est très tôt posé c’est à la mise en route d’une machine infernale dont nous avons vue plus haut qu’elle consiste tant que cela est possible et accepté, à détourner les principes éthique. Ce détournement s’opère au profit d’une intelligence postulée qui est mise au service d’un contrôle de la production et des producteurs. Ainsi, il n’est pas rare dans les diagnostics précoces de l’élève reconnu comme surdoué, fort de sa présence en tête[1] de classe, conduisent à transformer le processus éthique viable en un détournement des aptitudes en vue de l’obtention d’un gain, d’un profit quitte à jouer contre le commun.

 

 

 

 

 

 

  1. Pour une compréhension matérialiste et dialectique de notre héritage humain.

 

  Toutes ces considérations ne font sens en revanche, que si l’on replace ce phénomène de douance dans un moment historique où il est propice qu’il apparaisse. En effet, de part une tendance trop idéaliste, y compris en science, de la compréhension du psychisme et par détestation de tout « historicisme », on ne cesse de réinventer la roue. Or, de surdoués, il y en a toujours eu. D’autant que nous ne confondons pas là ce qui relève du génie avec le phénomène de douance. La présence plus conséquentes de ce phénomène, outre qu’il est en grande partie du au plus nombreux tests réalisés, provient d’un processus à l’œuvre dans toute l’Histoire : c’est le progrès de l’humanité. Mais, fort d’antihumanisme et d’anti progressiste, et plutôt que de concevoir  l’Histoire dans ses moments et processus qui inscrivent en fond de l’humanité un progrès technique et humain, on en vient à oublier que la praxis évoluant, la psyché évolue aussi.

  Aussi, une génération qui grandit avec les moyens techniques que nous connaissons, en pleine révolution numérique, avec internet, Google Earth, Wikisource, etc. couplé à un ensemble de considérations pédagogiques et éducatives, ne peut que fort heureusement laisser entrevoir un développement plus important des aptitudes psychiques autrefois jamais stimulées. Comme le prouve alors les statistiques rapportées à l’échelle historique, le Q.I moyen pour revenir sur ce test, n’a cessé lui aussi d’augmenter au cours du siècle.

 Là-encore, point de miracle, mais une conséquence logique de processus dont on daigne voir l’existence, du fait de leur impact épistémologique et politique sans doutes trop déstabilisant pour une classe dominante qui souhaite conserver la totalité du gâteau.

En réalité, la pensée de demain viendra d’où on ne l’attend pas, c’est-à-dire qu’elle sera le fruit de conditions économiques, matérielles que nous connaissons, issue d’une crise qui nous incite à faire des choix, et contingente à une pratique épistémologique qui n’est plus en phase avec la quête d’universalité. Cette pensée pourra être efficiente et émergé en dehors des sentiers habituels battues (grandes écoles, universités, arènes politiques etc.). C’est cela peut-être qui effraie…

 

  1. La jalousie au fondement de la critique ?

 

  Un proverbe Chinois dit « les vérités qu’on aime le moins à entendre sont celles qu’on a le plus d’intérêt à savoir. » et à ce stade de la critique j’ose imaginer que les personnes, les groupes et institutions ayant établis leur pouvoir sur les bases précédemment décrites trouveront n’importe quel prétexte relevant de la psychanalyse de Bazard pour attaquer mon propos. C’est pourquoi, et bien que cette parenthèse s’écarte de l’analyse, je me permets de répondre à l’une des fausses critiques courantes, à la première personne.

  Certains n’hésitent pas à penser que la remise en cause de ce qui s’apparente à un problème politique, éthique et scientifique n’est que le fruit d’une frustration, d’une jalousie. Alors je rassure mes lecteurs sur ce point, si j’émets cette critique c’est justement parce que je ne m’élève pas contre les diagnostiqués, et encore moins contre les familles qui cherchent à juste titre des réponses, mais contre une pratique invasive et trop sûre d’elle-même. Cette pratique, j’en ai moi-même fait les frais ayant parfois réussi haut la main certains de ces tests auquel je n’accorde aucune importance. Mais, étant issue d’une classe populaire, cela n’a servi qu’à étendre la division sociale au sein de la famille, à terme. Or, plus jeune, le refus familial revendicatif par « bon sens », de me faire évaluer, pour me faire devenir « autre », m’apparaît aujourd’hui comme le seul don véritable qui m’a permis de me donner goût au travail plutôt qu’aux acquis illégitime.

  Aussi, je ne revendique et ne revendiquerai jamais aucune forme de douance, de même que j’insiste les familles à voir dans leur enfant sa particularité et à composer avec. La seule chose que je suis à même de revendiquer, c’est ma production, qui existe et qui elle peut abondamment être critiquée. Ce que j’ai construit, si petit soit il, est le fruit d’un travail long et acharné, qu’on souhaiterait passer sous silence pour que cela ne soit plus que du travail invisible.

 

  Quant à la nécessité de prendre en charge des adolescents en quête d’identité, c’est là le problème de n’importe quel adolescent, et il est même nécessaire que cette question se pose à lui. Il fut un temps où plutôt que d’employer une batterie de tests déconcertant, la littérature et la philosophie bien employée et enseignée répondait à une bonne partie de ces questions.

 

 

 

La problématique liée à la douance n’est que le reflet révélateur d’une pratique anthropologique plus profonde dont nous pouvons constater les effets sur bien des plans. En effet, c’est une discrimination objective qui tait son nom sous couvert de scientificité alors même qu’elle relève d’une pratique de domination et de négation envers une large frange de la population. La science cognitive pratiquée ainsi devient un outil d’exploitation légitimé.

  Or, nous devrions plutôt revendiquer une science dialectique de compréhension des processus à l’œuvre dans l’ensemble des dynamiques humaines. Ainsi, c’est l’universalité et le commun qui pourront reprendre leur place plutôt que l’asservissement de presque tous par quelques-uns.

 

Loïc Chaigneau pour mon site, I.C et Etincelles.

Le 03/09/2017

 

[1] Ignorant de la constance macabre dans le phénomène de notation… Phénomène dont tout élève qui entre en classe préparatoire prend conscience…

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